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Il est assez rare que l'on parle d'évasion fiscale dans les journaux, si ce n'est, comme ce fut le cas il y a peu, pour s'en prendre à des individus comme Gérard Depardieu. Il faut savoir qu'en matière d'évasion fiscale, les paradis fiscaux permettent chaque année à des individus fortunés et aux banques canadiennes et aux entreprises qui exploitent nos ressources naturelles d’éviter de payer des milliards de dollars en impôt.
Selon une estimation de l'année dernière, le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux perdent jusqu’à 80 milliards de dollars par année en raison de l’évitement, de l’évasion et de la fraude fiscales. Cette somme représente la moitié de nos dépenses gouvernementales en soins de santé.
Dans le cas des pays pauvres, les paradis fiscaux comme les Bahamas, Panama et les îles Cayman permettent aux entreprises exploitant les ressources naturelles de sortir les profits qu’elles y tirent de l’exploitation du pétrole et des produits miniers. Elles les transfèrent à des filiales qui n'existent que sur papier dans des paradis fiscaux où elles sont peu imposées ou ne le sont pas du tout. En gardant secrète l’information bancaire, les paradis fiscaux aident aussi les cartels de la drogue et les organisations criminelles internationales à blanchir de l'argent mal acquis.
Si nous sommes victimes des paradis fiscaux, au Québec et au Canada, c'est bien davantage le cas des pays en développement. Les pays africains perdent par exemple l’équivalent du montant total de leur budget de soins de santé à cause de l’évasion fiscale. La fuite illicite de capitaux qui sortent de l’Afrique équivaut aussi à plus de dix fois l’aide qui y entre. Entre 1980 et 2008, l’Afrique a par exemple reçu 50 milliards de dollars en aide, mais perdu 824 milliards de dollars en flux de capitaux sortants de façon illicite.
Le recours aux paradis fiscaux est un problème d’envergure et le Québec et le Canada ont intérêt à collaborer avec les autres gouvernements pour le résoudre. Le premier ministre canadien Stephen Harper, comme on le sait, n'a pas abordé la question, comme il devait le faire, lors du sommet du G20 à Mexico en juin dernier. J'espère donc que les Québécois et les Canadiens et les journaux et magazines écrits et électroniques parlent le plus souvent possible de ce grave problème d'évasion fiscale et de paradis fiscaux pour que l'on mette fin avant longtemps, ici et ailleurs, à cette funeste et monstrueuse fraude.
Le 23 janvier 2013
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