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Observatoire des droits humains

L’interculturalisme – Un point de vue québécois, de Gérard BOUCHARD

Cela fait déjà un bon nombre d’années que la question de l’immigration occupe une place primordiale dans  l’actualité internationale. Elle est même devenue une priorité pour certains pays qui  cherchent constamment les moyens à mettre en œuvre pour « faciliter » l’intégration de la population immigrante.

Rappelons que ces thèmes, et bien d’autres similaires, font l’objet de nombreux débats dans différents lieux de la planète. Du côté du Québec, la réflexion collective initiée en 2007 avait un objectif clair : parler du « vivre-ensemble ». La Commission Bouchard-Taylor sur les pratiques d’accommodements raisonnables, qui porte les noms des deux experts chargés de mener cette enquête, a fait couler beaucoup d’encre et de salive…

Le sociologue et historien Gérard Bouchard, vient de publier un ouvrage intitulé   « L’interculturalisme – Un point de vue québécois aux Éditions Boréal ». Quels enseignements peut-on tirer de la lecture de ce livre ?

 

Connaître l’histoire du Québec

L’un des plus grand défis qui se posent aux personnes immigrantes, c’est l’apprentissage des us et coutumes de la société d’accueil. Dans ce registre, il faut bien évidemment inclure l’histoire des peuples originaires de la région où l’on veut habiter. De ce fait, il n’est donc pas surprenant de constater que cet ouvrage aborde, entre autres sujets, des faits historiques d’autant plus que ceux-ci peuvent, dans une certaine mesure, aider à comprendre les raisons pour lesquelles les gens agissent de telle ou telle manière.

En effet, comme le rappelle si bien l'auteur, un pan de l’histoire québécoise mérite d’être connu :

« Le Québec francophone (d’origine française ou canadienne-française) se signale par un autre héritage de son passé, à savoir un rapport difficile avec la religion catholique, cette religion, pour plusieurs, reste associée à une histoire négative, à des expériences de domination, d’oppression même (pensons au sort fait aux femmes), qui nourrissent une mémoire douloureuse et se traduisent aujourd’hui par une sensibilité très vive à l’égard  du religieux  — une sensibilité où se mêle une bonne part de suspicion et même d’hostilité. On le voit dans le débat sur la séparation de l’état et de la religion. Dans bien d’autres nations, cette séparation n’est guère plus qu’un aménagement d’ordre administratif ou fonctionnel. Mais au Québec, elle a pris une tout autre dimension, y acquérant le statut d’une valeur fondamentale. » (1)

Une chose est sûre, le portrait dressé par le chercheur peut dégager des pistes de solution pour répondre à certaines questions qui trottinent dans les méninges de celles et ceux qui obtiennent le certificat de sélection du Québec. Justement après les démarches administratives, il faut passer de la théorie à la pratique. Autrement dit, une autre étape commence, laquelle est caractérisée par la confrontation avec la réalité, la vraie réalité. Celle-ci est souvent différente — et de très loin ! — des « représentations » imaginées et entretenues avant l’arrivée sur les lieux …

Signalons en passant que les autorités gouvernementales québécoises mettent l’accent sur l’aspect positif de la diversité culturelle…

 

La diversité culturelle et l’intégration…

L’intégration professionnelle demeure au cœur des préoccupations des adultes issus de l’immigration qui remplissent les critères requis par la loi pour vivre au Québec. En 2012, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) publiait une étude sur la discrimination dans l’embauche à Montréal.  

En réaction à cette nouvelle, Kathleen Weil, qui fut à l’époque ministre de l’immigration et des Communautés culturelles,  avait réagi en ces termes :

« L’immigration et la diversité qui en résulte représentent un investissement pour notre société, un enjeu au cœur de notre avenir et, surtout, un enrichissement collectif. C'est d'ailleurs là le message de notre campagne de sensibilisation qui a pour thème Toutes nos origines enrichissent le Québec. Ces personnes de toutes origines ont contribué et contribuent plus que jamais à la prospérité du Québec. Nous convenons qu'il importe de consentir, ensemble, les efforts pour faire du Québec une société où toutes et tous ont une chance égale de réussir. »  (2)

On entend souvent dire que le monde est un « village planétaire ». Dans un tel contexte, la diversité culturelle et l’intégration retiennent l’attention de bien des gens. Nous allons insister sur « L’intégration » : de quoi s’agit-il au juste ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que les avis divergent quand vient le temps de définir ce concept. On peut poursuivre et  approfondir les questionnements. Quelle est la signification de « l’intégration » pour les personnes immigrantes ?  Quelle définition faut-il retenir ? Qu'en est-il des perceptions  des membres de la population « majoritaire » ?   

Bouchard n’a pas manqué de donner son opinion :

« En ce qui concerne l’immigration, l’intégration exige une volonté et un efforts mutuels de la part des membres de la société d’accueil et de la part des nouveaux arrivants. Je reprends ici à mon compte la définition que l’on trouve dans le rapport  Bouchard-Taylor (p.114-115), laquelle est fondée sur les notions de participation, de réciprocité, d’interaction, d’égalité, de respect des droits et d’insertion socio-économique. Encore une fois, selon cette conception, et à l’opposé d’une acceptation fréquente en Europe, la notion d’intégration est doc dépourvue de toute connotation d’assimilation. Pour plus de clarté, on pourrait parler d’intégrationnisme  pour désigner les formes d’intégration non respectueuses de la diversité. Il faut insister également sur la notion de réciprocité, l’intégration n’étant pas un processus à sens unique. La société d’accueil, de diverses façons, doit faciliter l’insertion et l’adaptation des immigrants. En retour, ces derniers acceptent de se conformer aux règles fondamentales qui gouvernent la société d’accueil, et de s’adapter  à ses institutions. » (3)

Et ce n’est pas tout : cette œuvre est composée de cinq chapitres. Cinq chapitres qui développent diverses thématiques, et il faut ajouter que tous se terminent par des conclusions.

En tant qu’immigrante, je me sers de tous les outils qui peuvent me permettre d’élargir mes horizons afin « d’apprivoiser » les mœurs d’ici. De ce point de vue, il fallait absolument que je me procure ce livre. Dans le cadre de ma maîtrise en science politique réalisée à l’Université du Québec à Montréal, j’ai présenté un mémoire sur les défis auxquels sont confrontées les Africaines qui s’établissent dans ma société d’accueil, le Québec, où j’ai pu faire mes propres expériences …

En même temps, je dois avouer que la lecture de cet ouvrage a apporté des éléments supplémentaires au bagage que j’ai accumulé au fil des années...

Pour conclure : il s’agit d’un livre très intéressant et enrichissant.

 

Gérard Bouchard, L’interculturalisme – Un point de vue québécois, Éditions Boréal, 2012, 288 pages.

 

À propos de l’auteur

Gérard Bouchard a été coprésident de la commission Bouchard-Taylor sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles. Il est un des penseurs les plus influents du Québec moderne. Il est l’auteur de nombreux livres, dont Genèse des nations et culture du monde, essai d’histoire comparée.

 

Notes 

(1)   L’interculturalisme – Un point de vue québécois, p. 23.

(2)   « Discrimination à l'embauche dans la région de Montréal - La ministre Kathleen Weil réitère que la diversité est une richesse pour le Québec et ses entreprises »,  www.micc.gouv.qc.ca, consulté le 20 décembre 2012.

(3)   Op. cit.,  p. 64.

Le 19 janvier 2013.



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La Chronique de Ghislaine Sathoud
par Ghislaine Sathoud, écrivaine

Originaire du Congo-Brazzaville, Ghislaine Sathoud, activiste des droits humains, vit et travaille au Canada. Son cursus académique s’est déroulé au Congo, en France et au Canada. Elle est diplômée en sciences politiques et en relations internationales. Dans son pays de résidence... (Lire la suite)

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