Regard sur nous et ouverture sur le monde
Indépendant et neutre par rapport à toute orientation politique ou religieuse, Tolerance.ca® vise à promouvoir les grands principes démocratiques sur lesquels repose la tolérance.
RECHERCHER: 
Chargement
Regard sur nous et ouverture sur le monde
Indépendant et neutre par rapport à toute orientation politique ou religieuse, Tolerance.ca® vise à promouvoir les grands principes démocratiques sur lesquels repose la tolérance.
Observatoire des droits humains
Recevez gratuitement notre Newsletter !

France - Algérie. Au-delà de la Reconnaissance de la vérité…la Responsabilité

par
Professeur associé, Université de Cleveland, Ohio

Devant les représentants d’un peuple encore dans «omni-niant crachat» un président français a enfin crument reconnu : «Mais cette amitié, pour vivre, pour se développer, elle doit s’appuyer sur un socle, ce socle, c’est la vérité. Cette vérité, nous la devons à tous ceux qui par leur histoire, par leur histoire douloureuse, blessés, veulent ouvrir une nouvelle page.

Nous la devons à la jeunesse, à toutes les jeunesses, qui veulent avoir foi en leur avenir, et donc qui veulent savoir d’où elles viennent. Rien ne se construit dans la dissimulation, dans l’oubli, et encore moins dans le déni. La vérité, elle n’abîme pas, elle répare, la vérité, elle ne divise pas, elle rassemble.

Alors, l’histoire, même quand elle est tragique, même quand elle est douloureuse pour nos deux pays, elle doit être dite. Et la vérité je vais la dire ici, devant vous. Pendant 132 ans, l’Algérie a été soumise à un système profondément injuste et brutal, ce système a un nom, c’est la colonisation, et je reconnais ici les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien. Parmi ces souffrances, il y a eu les massacres de Sétif, de Guelma, de Kherrata, qui, je sais, demeurent ancrés dans la conscience des Algériens, mais aussi des Français. Parce qu’à Sétif, le 8 mai 1945, le jour même où le monde triomphait de la barbarie, la France manquait à ses valeurs universelles.»

La vérité n’est pas sélective. Elle n’est pas simple constat. Elle ouvre les yeux pour que les uns et les autres assument leurs responsabilités. La mienne c’est de rappeler a la France qu’une portion de son histoire, ou disons comme tous, de l’histoire entre la France et ses colonies ne saurait être « belle » comme Hollande l’a laissé entendre à Dakar. Le colonialisme c’est une autre forme de barbarisme. C’est la monstruosité que reconnait enfin un président français 60 ans après Aimé Césaire du Discours sur le colonialisme. Parce que « scientifiquement » justifiée par une cuvée d’anthropologues, d’ethnologues, et autres cranologues, la colonisation de l’Afrique était déjà le Nazisme en marche. Quelle est donc cette vérité que nous livre Hollande après Césaire si elle prend le chemin de l’euphémisme ?

Pire, quelle est donc cette vérité si Hollande prend soin de la dépouiller de l’obligation de responsabilité ? Le socle pour le futur n’est-il pas un vulgaire dé pipé lorsqu’il prend la forme poncepilatisme ? Car saisissons-nous fermement la Justice lorsque nous disons publiquement, « Oui, je suis l’assassin d’hier » pour dire en fait «  laissons passer le paiement du crime? » Est-il logique de dire, « Oui, je suis le larron d’hier » pour pérorer, « je garde les fruits de mon crime » ? Bordeaux, Nantes et autres portes de sortie des négriers et autres aventuriers de l’empire me rappellent que la France s’est bâtie sur le sang de l’autre.

Je crains que depuis son élection, de Dakar à Alger en passant par Kinshasa, Hollande nous tient un double discours, teinté de demi-vérité. Comme je l’ai dit dans cette colonne, Hollande continuera la françafrique.

Plus qu’une simple reconnaissance, la vérité sur le colonialisme français doit s’accompagner d’actes de réparation. Il en fut ainsi pour le Nazisme français. Si le lobby juif est si puissant en France au point d’orienter la politique française, c’est parce que la réparation ne fut pas seulement morale. Elle fut aussi, identitaire, politique, et financière. Et l’Africain d’Algérie, du Mali, du Gabon, bref, tous ces «Harkis » des colonies qui choisirent de rester en métropole après le 8 mai 1945 ? Le problème majeur de la France d’aujourd’hui est celui de tous ces « Harkis » et de leurs progénitures.

M’inquiète encore plus le destin du continent : Quand donc s’arrêtera le pillage ? A quand la fin véritable de la françafrique ?

Comment considérer autrement le socle de demain lorsque le président qui opte pour la demi-vérité, le refus de responsabilité, fait un voyage historique avec pas moins de 200 affairistes dont Renault dans sa valise ?

A travers la péroraison du Premier Ministre algérien, j’entends encore comme par le passé, les mêmes ânonnements que nous entendons de la bouche de nos tyranneaux locaux au passage des hommes politiques français : “L'Algérie et la France vont procéder à la signature de 7 à 8 accords touchant plusieurs secteurs dont la défense, l'industrie, l'agriculture, la culture, l'enseignement et la formation." Vive la France qui a des idées ! Mais qu’en tirera le peuple algérien, la jeunesse algérienne ? L’illusion ou la lucidité qui n’a jamais quitté Hollande, jeune fonctionnaire de l’ENA en stage à l’ambassade de France en Algérie en 1978 ?

Diplomate ou coopérant, Hollande qui parle des visas comme processus d’humiliation, ce fonctionnaire d’hier et d’aujourd’hui sait pour quoi et pour qui bat son cœur. Il sait qu’entre les nations il n’y a pas d’amitié  mais des intérêts. Raison de plus pour moi d’angoisser.
Car l’option d’ouvrir les archives pour que la vérité soit enfin vulgarisée, mise à la disposition de tous. Mais qui en aura accès ? Quelle politique la France a-t-elle prise pour que ces archives, pour la plupart en France, soient mises à la disposition des penseurs du continent ? Ne courons pas le risque de laisser aux pirates d’hier la main mise sur les éléments du socle de demain ? Si le président se refuse la repentance et la réparation, que dire de l’armée de ses compatriotes au service du déni de vérité ?

22 décembre 2012

 



Réagissez à cet article !
Pour écrire votre réaction, nous vous encourageons à devenir membre de Tolerance.ca® ou de vous identifier si vous êtes déjà membre. Vous pouvez poster une réaction sans devenir membre, mais vous devrez compléter vos informations personnelles pour chaque réaction.

Devenir membre (gratuit)   |   S'identifier

L'envoi de votre réaction est soumis aux règlements et conditions de Tolerance.ca®. Vous devez lire Les règlements et conditions de Tolerance.ca® et les accepter en cochant la case ci-dessous avant de pouvoir soumettre votre message.
Votre nom :
Courriel :
Titre :
Message :
 
  J'ai lu et accepté les règlements et conditions de Tolerance.ca®.

© 2013 Tolerance.ca® Inc. Tous droits de reproduction réservés.

Toutes les informations reproduites sur le site de www.tolerance.ca (articles, images, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par Tolerance.ca® Inc. ou, dans certains cas, par leurs auteurs. Aucune de ces informations ne peut être reproduite pour un usage autre que personnel. Toute modification, reproduction à large diffusion, traduction, vente, exploitation commerciale ou réutilisation du contenu du site sans l'autorisation préalable écrite de Tolerance.ca® Inc. est strictement interdite. Pour information : info@tolerance.ca

Tolerance.ca® Inc. n'est pas responsable des liens externes ni des contenus des annonces publicitaires paraissant sur Tolerance.ca®. Les annonces publicitaires peuvent utiliser des données relatives à votre navigation sur notre site, afin de vous proposer des annonces de produits ou services adaptées à vos centres d'intérêts.





Cet article fait partie de

Le point de vue de Gilbert Doho

Gilbert Doho est professeur associé (Associate Professor) au département des Études françaises et le directeur fondateur des Études ethniques, Case Western Reserve University, Cleveland, Ohio.  Il est spécialisé dans le théâtre français du 20ème siècle, dans les études francophones, dans le cinéma... (Lire la suite)

Lisez les autres articles de Gilbert Doho
© Droits réservés. Tolerance.ca® Inc.