Aristote aurait de quoi être pleinement satisfait. Sa règle canonique des trois unités de temps, de lieu et d’action pour un théâtre réussi (Cf. La Poétique), est parfaitement respectée dans cette pièce désormais classique, qui connait depuis plus de 50 ans de multiples variantes pour le théâtre, la télévision et le cinéma. Actuellement, c’est la version québécoise, magistralement interprétée par 12 très grands acteurs, qui nous est présentée au théâtre Denise-Pelletier à Montréal.
Dans un huis-clos étouffant au sens propre et figuré du terme, 12 hommes que rien ne destinait à se rencontrer, sont amenés, collectivement, à prendre la décision, sans doute la plus grave de leurs vies : envoyer ou non un jeune homme de 19 ans sur la chaise électrique.
Comme dans toute démocratie, un jury d’assises populaire a été désigné au hasard pour représenter le mieux possible la population de l’aire administrative où le crime a eu lieu. On ne s’étonnera pas que parmi les membres du jury enfermés dans cette salle du tribunal dont ils ne sortiront qu’une fois l’unanimité acquise, se rencontrent un horloger, un peintre en bâtiment, un publicitaire, un comptable ou un architecte. Ils sont d’âges, d’instruction, d’origines et de milieux différents. Ils ne se connaissent pas et se retrouvent tous ensemble, avec comme bagages leurs histoires personnelles, leurs problèmes du moment, leurs préoccupations égoïstes... Ont-ils vraiment conscience de l’enjeu de ce moment de leur existence? Un seul parmi les 12, ressent le poids de sa responsabilité. Il ne croit pas l’accusé innocent. Il veut juste prendre le temps d’en parler pour ne pas regretter de s’être prononcé trop hâtivement. Sans doute les faits présentés au procès, auquel ils viennent tous d’assister, accablent l’accusé. Deux témoins de bonne fois, l’un auditif et l’autre visuel, ont reconnu l’assassin. L’accusé n’a aucun alibi convaincant et il venait tout juste d’acquérir le couteau à cran d’arrêt retrouvé dans le corps de son père. Le père et le fils s’étaient encore insultés et battus comme chaque jour. Comment ne pas admettre qu’arrivé à l’âge où on se révolte contre son père, le fils ait mis fin aux mauvais traitements répétés qu’il endurait depuis sa naissance? L’affaire semblait bien mériter d’être classée. Tout convergeait pour accuser le jeune homme et le condamner à la peine prévue pour un crime avec préméditation, la peine capitale.
Au-delà du débat sur la peine de mort qui, heureusement, a disparu du paysage de nombreux pays dont le nôtre, c’est un débat sur la responsabilité de chacun face aux événements susceptibles de surgir dans sa vie qui est génialement exposé dans cette pièce. À travers un texte admirablement construit, qui fait douter le spectateur lui-même et le conduit peu à peu à réviser son jugement, des dialogues et un jeu d’acteurs qui nous permettent de découvrir progressivement 12 hommes aux histoires et aux personnalités différentes, avec leurs fractures personnelles, et qui peuvent facilement glisser du côté de la lâcheté ou encore s’amender et poser des actes responsables, cette pièce réussit parfaitement son ambition. Dans un décor très réussi, une belle mise en scène et des acteurs tous excellents, cette pièce donnée au théâtre Denise-Pelletier, distraira, passionnera et fera réfléchir tous les publics, y compris celui des jeunes. Un spectacle qu’il ne faut pas rater.
Mise en scène de Jacques Rossi. Avec Jacques Baril, Edgar Fruitier, Stéfan Perreault, Olivier Courtois, Jean-Marie Moncelet, Sylvio Archambault, Dany Michaud, Yves Bélanger, Marcel Pomerlo, Jean-François Boudreau, Jean-Bernard Hébert et Vincent Bilodeau
Salle Denise-Pelletier du théâtre Denise-Pelletier à Montréal, du 14 novembre au 18 décembre 2012. Renseignements http://www.denise-pelletier.qc.ca/
17 novembre 2012