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Siham Jihad Byah: ''Je demeure républicaine!''

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Siham Jihad Byah est une activiste marocaine vivant aux États-Unis, connue sur le réseau social Facebook sous le nom de Siham Tinhinam Jihad. Elle s’est fait connaître à la faveur du ''Printemps arabe'' au Maroc. C’est en sa qualité de premier porte-parole du Mouvement des républicains marocains que nous nous sommes entretenu avec elle, via Facebook, sur les raisons de ses conflits avec la direction de ce mouvement. Entrevue réalisée par Aziz Enhaili pour Tolerance.ca®.

Tolerance.ca: Comment êtes-vous arrivée à rejoindre le ''Mouvement des républicains marocains'' (MRM)?

Siham Jihad Byah: Après l'annonce de la naissance au Maroc du Mouvement du 20 février en 2011, de nombreux militants, qui luttaient séparément, chacun dans son milieu, ont commencé à se faire connaître du public grâce à leur travail sur le terrain. Ceci a facilité la création de nouveaux réseaux. Ce réseautage a permis à plusieurs militants de travailler ensemble et de confronter leurs idées. Une partie d’entre nous sont des républicains et une autre formée de partisans de la monarchie parlementaire. Ceux d’entre nous, dont moi-même, qui ne croyaient nullement à la viabilité de l’option de la monarchie parlementaire ont appris à se connaître. Une minorité d’entre nous a abordé la question de mettre en place une entité avec comme objectif l’abolition de la monarchie et son remplacement par un système de gouvernement démocratique où le président de la République serait élu par le peuple pour un mandat limité dans le temps. Nous avons donc discuté de ce projet entre nous. Nous nous sommes à cet effet servis d’outils de communication comme Skype et des chambres de discussion privées (''chat room'') comme Paltalk sur invitation seulement. Au début, nous avons parlé des objectifs et de la mission d’un tel mouvement ainsi que du nom à lui donner. Nous étions conscients que se donner officiellement un nom affichant notre opposition au régime monarchique marocain nous donnerait du poids et de la visibilité. Mais, nous savions combien était long le bras de services secrets marocains connus de longue date pour leurs impitoyables représailles…

Nos discussions nocturnes étaient passionnantes et passionnées.

Avec le temps, on sentait proche le moment de naissance de quelque chose qui devait, me semblait-il alors, faire une différence. J’étais à la fois très heureuse et excitée de pouvoir joindre ma contribution à celle de gens avec lesquels je partageais le même rêve de débarrasser enfin notre bien aimé peuple de la dictature royale. C’était ma conviction profonde.

Finalement, nous avons décidé de nous donner le nom de ''Mouvement des républicains marocains'' (MRM). Juste après, on a œuvré d’arrache-pied pour élire un bureau dirigeant parmi les membres vivant au Maroc et à l’étranger. C’est dans ce cadre que j’ai été élue comme porte-parole officiel du MRM.

Tolerance.ca: Pouvez-vous nous parler brièvement du profil du ''Mouvement des républicains marocains''?

Siham Jihad Byah: Le MRM est un mouvement et non une organisation. Comme c’est de création récente, il n’a pas de quartier général. C’est encore virtuel.

Le MRM comprend des membres vivant dans différentes régions du monde. Du Maroc aux États-Unis, en passant par l’Europe. Mais en raison de l’absence d’une réelle liberté d’expression au Maroc, beaucoup de personnes dans ce pays n’osent pas afficher leurs sympathies républicaines.

Le jeune âge du mouvement nous a forcés à mettre notre énergie sur son enregistrement là où on pouvait le faire. Malheureusement, cela n’a pas encore été fait dans un pays important comme la France.

Tolerance.ca: Comment fonctionne le ''Mouvement des républicains marocains''?

Siham Jihad Byah: Cette question pose un vrai problème. Comment fonctionne-t-il ou plutôt comment devrait-il fonctionner? C’est d’ailleurs cette question qui m’avait amené à appeler les autres membres dirigeants à une réunion. Pour être franche, je dirais que son fonctionnement est guidé par l’arbitraire et des décisions chauvines et unilatérales prises uniquement par quelques personnes. À cela s’ajoute d’autres travers, dont l’absence de compte-rendu des rencontres et la non-tenue de réunions sur une base régulière. On n’a jamais respecté ni les procédures de vote, ni les propositions et encore moins les règlements intérieures. C’était le règne du chaos total. Pour vous mettre dans le bain, je vous donne un exemple parlant. Chacun de nous devait participer à un projet vidéo. C’était durant l’été dernier. Juste avant la ''cérémonie d’allégeance'' (bay’a) des notables au roi Mohamed VI. Chacun de nous avait fait ce qu’il devait faire et envoyé une vidéo à qui de droit. Ô combien était notre surprise quand nous avions découvert une vidéo postée sur un site de nouvelles en ligne. Le problème, c’est que personne ne nous l’avait montré avant sa mise en ligne pour avoir notre accord. Comme si cela n’était pas suffisant, le seul dirigeant du mouvement qui y figurait était son vice-président. C’est lui qui avait personnellement piloté le projet de la vidéo et en avait exclu tous les autres membres. Il a en plus fait le montage avec l’aide de personnes inconnues de nous et qui ne nous avaient jamais été présentées. Tout ce ''beau monde'' étaient là pour parler en notre nom de la bay’a, alors qu’on ne les connaissait même pas et qu’on avait déjà envoyé nos propres contributions au projet de cette vidéo…

Tolerance.ca: Qu’est-ce qui a mis le feu aux poudres de vos relations avec les membres de la direction du ''Mouvement des républicains marocains''?

Siham Jihad Byah: Plusieurs de mes appels à des réunions étaient restés vains. Pour ne rien arranger aux dysfonctionnements du mouvement, n’ont jamais été engagées les procédures de son enregistrement en France, en Belgique ou en Italie, où pourtant se trouvent nombre de nos membres. Comme si cela n’était pas suffisant, j’ai appris deux nouveaux éléments d’importance. D’abord, que le MRM avait décidé d’annoncer, pendant la manifestation devant le château de Betz, la facilitation du projet de formation d’un ''gouvernement de transition''. Ensuite, que certains membres du MRM allaient se coopter pour y siéger!!! Ce qui laisse songeur, c’est de voir qu’il avait suffi que quelques personnes le suggèrent dans une ''chambre de discussion'' (chat room) pour que la décision soit prise aussitôt de le faire à cette occasion. Mais pourquoi cette précipitation? Est-ce dû à un manque de maturité politique?

Il y a un mois, j’ai été insultée, lors d’une session de discussion (chat room), car je m’opposais encore une fois à cette initiative. De mon point de vue, il s’agissait d’une affaire interne au MRM et qu’il fallait la discuter en interne et la soumettre au vote des membres.

Après l’échec de l’initiative de Betz, j’ai vainement appelé à une réunion. Même si je l’avais contacté plusieurs fois, le président a tout simplement refusé d’y prendre part. Le lendemain, j’ai appelé à une nouvelle réunion consacrée cette fois, en partie, à sa destitution pour incapacité à faire son travail convenablement.

Cette réunion a eu lieu. Certains membres y ont assisté et son compte-rendu figure dans mon communiqué de presse rédigé juste après. Si ces membres ont fait valoir que ma demande souffre d’un vice de procédure (absence de proposition dûment rédigée en ce sens avant le début des travaux de la rencontre), le président et son épouse m’ont quant à eux copieusement insulté. Le dénommé Hassan, un islamiste proche et obligé de ces derniers, s’est joint à eux et a tenté d’être encore plus abject qu’eux à mon égard. D’autres participants ont fait de même.

Au lieu de faire son travail de manière professionnelle, l’animateur de la rencontre a non seulement laissé faire ce déferlement d’attaques personnelles en bas de la ceinture (ce qui est en soi une faute gravissime), mais en plus il m’a informé qu’il accepterait que je demeure au sein du MRM si je renonce à mon poste de porte-parole officiel. Ce que j’ai refusé fermement. Juste après, il a joint sa voix au concert des insultes.

De la part des personnes qui s’étaient senti visées, ces attaques personnelles étaient en fait une manœuvre destinée à me faire taire car je mettais en péril leurs agendas cachés et les gains purement personnels escomptés par eux de démarches dénuées de la moindre transparence. Évidemment, j’étais consciente du fait que ma démarche les mettant à nu n’allait pas leur plaire. D’ailleurs, je m’attendais à ce que leurs réactions et représailles soient du même acabit que lors de la réunion dont j’ai parlé ci-dessus.

Tolerance.ca: À la lumière de ce que vous venez de raconter, quelle est la suite des choses pour vous par rapport au ''Mouvement des républicains marocains''?

Siham Jihad Byah: Je demeure républicaine et continue de croire dans la mission et l’engagement du MRM en faveur de la démocratie, de la justice sociale, de l’égalité et surtout de la chute de la monarchie pour qu’enfin le peuple ait droit au chapitre.

Pour le moment, le mouvement ne s’est pas encore doté d’un bureau politique. Comme membre fondateur, je demeure attachée au mouvement et à sa mission. Évidemment, notre mouvement a connu un recul qui s’est soldé par la dissolution de facto de l’ancien bureau politique. La prochaine étape devrait être celle de sa reconstruction sur de bonnes bases démocratiques et modernes. Évidemment, si des élections devaient avoir lieu dans le futur, je me présenterais comme candidate.

Entrevue réalisée par Aziz Enhaili pour Tolerance.ca®.

10 novembre 2012



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