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La réélection d’Obama. La victoire de l'Amérique des ethnies

par
Professeur associé, Université de Cleveland, Ohio

Il y a quelques semaines, j’ai commis dans cette chronique,  mon opinion sur l’importance des débats dans la conquête du pouvoir politique. J’y notais alors qu’à la suite des campagnes, les débats étaient incontournables pour la conquête du pouvoir. Insistons que jusqu’aujourd’hui c’est l’Amérique blanche libérale qui débattait l’Amérique blanche conservatrice sous les regards de l’Amérique des ethnies.

En cette année électorale de 2012 c’est l’Amérique des ethniques qui oppose l’Amérique de l’argent pour faire réfléchir libéraux et conservateurs.

Mes amis et collègues qui ont lu mon opinion me l’ont opportunément rappelé. L’Amérique change. Les ethnies se font sentir comme me le rappelle mon amie Emma Sepulveda dans son Why Latinos support Obama [Pourquoi Les Latinos soutiennent-ils Obama ?, 2012). En attendant l’éveil de l’Afrique et de l’Asie, voici que les Latinos orientent l’avenir. Si Obama a gagné en 2012, c’est en grande partie a cause des Latinos. Demain, l’Afrique et l’Asie !

Ce surgissement de l’Amérique des ethnies ouvre les portes à l’Amérique de l’État fort et providentiel. Pour mieux dire, l’ouragan Sandy au détour des campagnes a scellé le sort du nouvel État. Cet État doit être au diapason de l’Amérique diversifiée, une Amérique qui considère que la  précarité de la vie commande l’avènement du nouvel État, un État soucieux de tous, cet État que soutient Christ Christie, le bouillant gouverneur de l’État du New Jersey. La surprise de 2012 c’est Sandy qui a uni Barack Obama et Christ Christie et projeté l’avenir. Les USA doivent désormais compter avec les ethnies plus qu’avec les fortunes.

Qu’on le veuille on non, le milliardaire Mitt Romney a perdu les élections quand dame nature a surgi au détour de cette élection. L’orgueilleux milliardaire a vu alors le président, mon président aux cotés de Chris Christie rappeler aux républicains qu’il y a une place pour l’État dans nos vies. Seul l’État peut être en tout temps aux cotés des sinistrés. Seul l’État peut, sans arrière-pensée voler au secours de tous. L’État n’est et ne doit être l’ennemi de personne. Obama et Christie ont alors, parcourant l’État de New Jersey sinistré, envoyé un message fort : L’État compte.

Message que mes concitoyens d’Ohio comprennent depuis que l’État, au très fort de la crise de 2008, avait par la voix du président dit non à la banqueroute. Le jour ou Obama opta pour  l’intervention de l’État, il assura sa réélection. La prise de conscience du pouvoir de l’État, un État créateur d’emploi, un État justicier, est fondamental dans un pays où le capitalisme sauvage a, jusques aujourd’hui, élevé les 1% au zénith du bien-être, au détriment des 99%. En prenant le parti de l’intervention de l’État, Obama choisissait le camp des indignés. Il réorientait les ambitions politiques.

Plus précisément, on doit entrer en politique pour servir. On saisit l’arène pour être aux cotés des faibles, des démunis. Telle est la fonction du nouvel État. Je ne pense pas que les fondateurs ont tout vu, tout compris, et tout prédit. Alexandre Hamilton, John Jay, Washington et les autres n’avaient pas vu les vannes de l’Afrique s’ouvrir pour les USA. Les pères fondateurs n’avaient pas vu l’Amérique latine crevant les frontières de la nation. Non. L’Amérique change. Et doit changer conséquemment notre vision du monde, notre vision des USA. Africains, Latinos, Asiatiques est en train de changer le visage des USA. L’ère du nouvel État a commencé en 2008. En élisant un certain Barack Hussein Obama il y a quatre ans, mes concitoyens donnaient, pour ainsi dire, la voix aux Africains, aux Latinos, bref à la marée montante des USA d’aujourd’hui. Des USA de Mano Gino Bili, Noah. Le visage de l’Amérique change. Est demeuré qui croit encore en George Wallace !

Pour bien dire, l’État, s’il a un sens doit être aux cotés des démunis. George W. Bush comme Mitt Romney, nés dans l’avoir, peuvent convoquer notre constitution pour vomir l’État, oser le conduire comme une possession. On l’a vécu à nos dépens. On l’a souffert à nos dépens. En huit ans de pouvoir Bush, l’argent a annihilé le pouvoir de l’urne. Avec Rove et la machine de Wall Street, l’argent se proposait de voler un deuxième mandat du peuple, se proposait d’installer Romney aux commandes. Les minorités ethniques disent non.  Elles disent non aux deux guerres à crédit. Les minorités ethniques s’unissent à l’Amérique sage pour éradiquer les taxes au profit de 1%. Non. Une nation a besoin des revenus pour marcher. Une nation a un devoir envers ses citoyens. Une nation ne saurait se laisser mener par le pouvoir de l’argent. Et c’est bien ce message que nous vivons avec la victoire de 2012. La victoire de Barack Obama, plus qu’une revanche, est, une option nouvelle, celle des nouveaux États-Unis d’Amérique. Elle tient compte des 99% indignés, ces immigres lésés, ces latinos, ces Africains, Cubains, Haïtiens ignorés qui curent les chiots et caniveaux, ramassent les fruits dans les vastes plantations du sud. Ces 99% indignés ont fait bouger notre pays pendant des mois. Pendant des mois ils s’étaient levés comme un bloc contre Wall Street, le pouvoir de l’argent, cette monstruosité qui manipule nos représentants à Washington. L’élection de Barack Obama en 2008 sonnait le glas à  cette vision obsolète des USA.

Carl Rove, les frères Kosh, mais aussi les Bill Burton du président Obama ont, pendant plus d’un an, orchestré la marche de notre démocratie. Ils ont, en cette ultime heure, dépensé des centaines de millions pour Mitt Romney et Barack Obama. Mais le peuple a dit non. Vox populi vox Dei ! Le pouvoir de l’argent a été annihilé au profit du pouvoir du bulletin. Voici que le citoyen ordinaire, voici que le contribuable de mon Cleveland dit non au pouvoir de l’argent !

Regard fixé sur mon président larmoyant disant adieu à ses supporteurs, j’ai murmure un proverbe bien de chez moi : Quand on bat un enfant, on lui laisse le droit de pleurer ou de ne pas pleurer. Telle est l’image que m’a envoyée Obama lors de son dernier discours de campagne. Le voyant en larmes, je me suis dit que les peuples sont Dieu malgré tout. Le voyant larmoyant, je me dis après tout que mon pays est exorcisé du pouvoir du dollar sur le pouvoir du bulletin.

7 novembre 2012



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Le point de vue de Gilbert Doho

Gilbert Doho est professeur associé (Associate Professor) au département des Études françaises et le directeur fondateur des Études ethniques, Case Western Reserve University, Cleveland, Ohio.  Il est spécialisé dans le théâtre français du 20ème siècle, dans les études francophones, dans le cinéma... (Lire la suite)

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