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La politique étrangère américaine entre le pragmatisme prudent d'Obama et l'idéalisme bottée de Romney

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le président sortant est en avance dans les intentions de vote au niveau local sur un adversaire en meilleure position au niveau national. Le républicain Mitt Romney a martelé, sans cesse, le thème de l’échec de la politique étrangère de son adversaire et celui-ci a tenté de définir son concurrent comme un homme du passé à la politique erronée et téméraire. Si le candidat conservateur est adepte d’une politique faite d’ultranationalisme et d’idéalisme botté, son adversaire est quant à lui un pragmatique prudent.

La campagne américaine pour les élections présidentielle et législatives du 6 novembre prochain bat son plein. À coup de dizaines de millions de dollars dépensés dans la publicité, chaque camp tente de définir son adversaire sous des traits négatifs. Après sa performance désastreuse lors du premier débat de Denver, le président sortant s’est rattrapé, le 16 octobre, à l’occasion de l’échange, à Hofstra, avec des électeurs dits ''indécis'' sélectionnés par la firme Gallup. À deux semaines du jour des élections, le duel des candidats Barack H. Obama et Mitt W. Romney, tenu à Boca Raton en Floride, a porté sur le thème de politique étrangère.

Le président sortant face au prétendant à la présidentiabilité

Barack H. Obama cherchait, le 22 octobre, à déstabiliser Mitt W. Romney pour consolider son avantage du deuxième débat. Son adversaire voulait quant à lui convaincre les électeurs de sa présidentiabilité à l’aide de la critique de la politique étrangère du président sortant. D’où l’agressivité du démocrate et la ''retenue'' du républicain. Tous les deux cherchaient à séduire les ''indécis'' et les États baromètres (les ''swing states''): Iowa, Ohio, Wisconsin, New Hampshire, Caroline du Nord, Virginie, Nevada, Colorado et Floride. Ces États clés peuvent faire la différence le soir du 6 novembre prochain.

M. Obama a réussi un tour de force. Avant lui, les républicains étaient parvenus à coller aux démocrates l’étiquette peu flatteuse de mollesse en termes de sécurité nationale. Sa lutte antiterroriste, avec l’assassinat d’Oussama Ben Laden, en mai 2011, et l’élimination de la plupart des éléments du premier cercle du chef d’Al-Qaïda ainsi que de dirigeants des ''franchises'' régionales de ce réseau terroriste, à l’aide notamment de drones, a mis en difficulté ses adversaires conservateurs.

Pris au dépourvu sur le terrain de sécurité nationale, les républicains cherchaient leur angle d’attaque sur un autre front, celui de la diplomatie. D’où leur empressement à sauter sur l’occasion fournie, le 11 septembre 2012, par l’attaque terroriste du consulat américain à Benghazi en Libye, pour essayer de semer le doute sur la politique étrangère du président sortant. Rappelons que cet assaut a coûté la vie, entre autres, à l’ambassadeur Christopher Stevens.

Lors du débat, Mitt Romney a martelé le message de «l’effondrement» de la stratégie moyen-orientale de son adversaire. Il lui a reproché d’avoir «laissé tomber» Israël, de s’être montré inactif dans le dossier syrien et d’avoir échoué dans le dossier iranien. Aujourd'hui, t-il répété, «l'Iran est quatre années plus proche d'une bombe nucléaire».

S’appuyant sur son statut de commandeur-en-chef sortant, M. Obama a adopté une stratégie communicationnelle en deux temps. D’abord, il a tenté de mettre en doute les qualités d’un concurrent dépeint sous les traits d’un homme du passé à la politique erronée, confuse et téméraire. Un candidat qui, à l’en croire, s’est montré de surcroît incapable de montrer en quoi sa politique étrangère serait meilleure (ou réellement différente) de la sienne en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Égypte… ou face à l’Iran ou au réseau terroriste Al-Qaïda et ses ''franchisés''. Le président sortant a ensuite répété le message d’avoir tenu plusieurs promesses en politique étrangère faites en 2008: l’élimination du chef d’Al-Qaïda, la fin de la guerre d’Irak et le retrait des soldats de ce pays, l’engagement, «de manière responsable», de la transition en Afghanistan…

L’exceptionnalisme américain à l’ère du post-''Siècle américain''

Mitt Romney est un faucon décomplexé. Il aimerait que le XXIe siècle soit un ''Siècle américain'' (à l'instar des faucons du défunt Think tank ''American Century'' et du Weekly Standard). Son équipe de politique étrangère comprend plusieurs néoconservateurs rescapés de l’ère Bush fils. Il a accusé son adversaire de présider au déclin des États-Unis et de pencher en faveur du «compromis» sur la scène internationale. À ses yeux, les États-Unis représentent la «plus grande force pour le bien que le monde ait jamais connue» et c’est au nom de cette «bonté» (!) qu’ils devraient avoir les coudées franches sur la scène internationale. Pour lui, conserver une supériorité militaire sur toutes les autres puissances serait le moyen d’y arriver. D’où son engagement à conserver, quoi qu’il arrive, un budget de la défense équivalant à au moins 4% du PIB. Mais, le président sortant avait en 2011 fait à ce chapitre davantage que ce que promet M. Romney. L'enveloppe budgétaire du Pentagone était alors de 711 milliards de dollars américains (soit 4,7% du PIB). Pour avoir les moyens de ses ambitions, il a également promis de recruter 100 000 nouveaux soldats. Et de menacer tous ceux qui oseraient remettre en question la prééminence de son pays sur la scène internationale d'être remis à leur place. La Russie, la Chine, l’Iran, entre autres, savent d’ores et déjà d'ailleurs tout le ''bien'' que pense d’eux un président Romney…

Face à un adversaire accusé d’avoir effectué «une tournée d’excuses» (''Apology tour'') au Moyen-Orient, le républicain a affirmé qu’il «n'y a pas à s'excuser pour la grandeur» de son pays. Pour rappel, il s’agit de la tournée en 2009 du président Obama en Arabie saoudite, en Égypte et en Turquie. Cette tournée tentait en fait d’améliorer l’image et les relations entre son pays et le monde islamique, après une présidence impériale d’un George W. Bush qui, à coup de guerres et de violations massives des droits humains, avait terni singulièrement l’image de son pays sur la scène internationale et alimenté l’antiaméricanisme dans le monde musulman. La main tendue le 5 juinau monde islamique, à l’occasion du discours historique du Caire, faisait partie des gestes destinés à améliorer l’image américaine dans la région. On était donc loin d’une «tournée d’excuses».

Le discours manichéen de M. Romney rappelle celui d'un autre faucon républicain quand il était au faîte de sa puissance. Mais il se trouve que G. W. Bush s'était finalement rendu compte des limites de la puissance militaire de son pays sur des terrains ''accidentés'' comme l'Irak et l'Afghanistan.

Non seulement M. Romney est en déphasage par rapport à un monde multipolaire de fait, mais également promet de facto des conflits avec plusieurs puissances moyennes qui sont pourtant vitales pour la sécurité dans plusieurs régions et donc pour l’intérêt des États-Unis. Aussi, il n’a tiré aucune leçon des débâcles irakienne et afghane en termes de limite de la puissance militaire de son pays. Encore, quand le financement d’une partie importante de la dette américaine dépend de la Chine, une administration américaine réaliste ne pourrait se permettre de se la mettre à dos… Enfin, dans un pays qui n’a pas encore réussi à sortir de la pire crise économique depuis la dépression des années 1930, la politique de défense promise par le candidat républicain ne pourrait que creuser le déficit du gouvernement fédéral.

Même si lui aussi s’abreuve à l’idée de l’exceptionnalisme américain, le président sortant est conscient du fait que la scène internationale a profondément changé en raison, entre autres, de l’émergence de nouvelles puissances et de la diversité de la nature des menaces à la sécurité. D'où son pragmatisme prudent dans un dossier comme celui du conflit syrien et dans sa cogestion (au sein du groupes des 5 + 1) du dossier du nucléaire iranien. Il sait aussi que la page du moment unipolaire est tournée et que la conservation pour son pays d’une pole-position ne pourra se faire sans le concours de quatre éléments au moins. D’abord, la reformulation du leadership américain sur de nouvelles bases dans un monde multipolaire de fait. Ensuite, la conclusion de partenariats stratégiques avec des puissances régionales émergentes (dont l'Inde, le Brésil, l'Afrique du Sud) auxquelles Washington déléguerait une partie de la gestion des équilibres fragiles de leurs zones respectives. Encore, la relance de l’économie et la réduction de la dette publique contractée à l’étranger. Enfin, un effort de nation-building à domicile, d’où l’accent mis par lui, entre autres, sur les grands travaux publics et l’éducation.

**

Le dernier débat entre les candidats démocrate et républicain leur a fourni une occasion d’or de s’adresser à des clientèles situées en dehors de leur base traditionnelle. Pour tenter de séduire par exemple la communauté juive, un électorat traditionnellement démocrate, Mitt Romney a, d’une part, reproché au président sortant le fait de ne pas avoir effectué de visite officielle en Israël et, d’autre part, tenté de se montrer très menaçant à l’endroit d’un Iran accusé de développer un programme nucléaire militaire. Accusation rejetée du revers de la main par la République islamique. Tout en rejetant, avec dédain, les reproches du Républicain, Barack Obama a quant à lui tenté de consolider son avantage dans les électorats féminin et hispanique et de rassurer Juifs et évangéliques sur son attachement à la sécurité d’Israël.

27 octobre 2012



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Il y a actuellement 1 réaction.

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America between a rock and a hard place
par Siham le 28 octobre 2012

I have, through my years, seen the ova office change many occupants, when in fact the different between them is minimal at best. They are all mere bodies, or actors in a world theatrical play whose script has already been written and done for.

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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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