En 2008, j’ai porté mon regard sur les campagnes qui constituent un aspect important de la course pour les postes des élus aux USA. On est homme/femme politique véritable au pays de John F. Kennedy et autres Ronald Reagan, Bill Clinton, quand on a une idéologie, un plan véritable pour le développement de sa communauté, de son état, de sa nation. Plus les offres sont nombreuses et différentes en qualité et en nature, mieux prononcé sera le choix.
Les campagnes sont un lieu non seulement de vente de son programme, mais surtout de soi-même. L’Américain(e) ne donne sa confiance qu’à celui/celle qu’il/elle sait compétent(e), apte à la fonction visée.
Le face à face entre les candidats est une autre mesure sans pareil. Il nous révèle les tempéraments, la mesure humaine de l’homme. Car si lors des campagnes on est seul à parler aux foules du reste éloignées du locuteur, lors des débats on affronte, confronte, et se faisant, on s’étale en étalant sa face cachée, ses hideurs. Le premier des trois débats pour les Américaines de 2012 a mis à nu deux hommes que tout éloigne.
On attendait ce moment depuis les Conventions pendant lesquelles le Démocrate, Barack Obama, et le Républicain Mitt Romney avaient officiellement accepté leurs nominations comme candidats pour la Maison Blanche. On y avait glosé beaucoup pour chacun des candidats, les épouses en tête. Véritables forum des dithyrambes, les Conventions auraient projeté favorablement le candidat démocrate qui, depuis lors, avait le vent en poupe. Le président sortant était en tête de tous les sondages. Ceux-ci constituent la mesure de l’acceptation ici et maintenant de tout politique aux Etats-Unis. Les uns et les autres minimisent leur impact, mais au fond, on jubile ou fulmine selon la direction du vent des sondages. Pendant des semaines, le président Obama avait fait balancer le cœur de ses concitoyens qui, pour la grande majorité, boudaient le millionnaire Romney, né avec un compte bourré de dollars.
Cependant, depuis le 1er débat, l’Amérique est en émoi. On parle beaucoup de la mauvaise performance d’Obama. On affirme ici et là que l’homme est apparu détaché du devoir. On parle d’un Obama fatigué, pire d’un Obama paresseux au terme de quatre ans de pouvoir, incapable de tenir le débat contre Romney. Obama aurait perdu non sur le fond, mais sur la forme. Depuis le 1er débat Romney aurait le vent en poupe.
Et pourtant, la coudée d’avance qu’enregistre Obama sur Romney s’observe à la fois sur le plan national et à l’échelle des États. Elle est encore plus prononcée dans les États pilotes qui souvent déterminent les victoires aux présidentielles, notamment l’Ohio et la Floride. Cet écrasement n’est dû ni à l’économie qui tarde à reprendre avec vigueur, ni à l’entrain d’Obama. Plutôt, il est dû aux maladresses d’un cynique fils à papa, millionnaire dès sa conception. Cette maladresse est apparue clairement dans les déclarations privées du candidat Romney qui suggérait que 47 % de ses compatriotes ne sont ni plus ni moins que de pauvres gueux, de minables jouisseurs qui attendent tout de l’État. Pire, lors du débat Romney s’est attaqué à Emo, cet oiseau symbole de la générosité et de l’amour pour les démunis. En déclarant au modérateur, Jim Lehrer, qu’il fermerait PBS, la chaine publique qui diffuse Sésame Street, l’émission pour enfant d’où figure Emo, Romney maculait un peu plus sa candidature.
Reste que la mauvaise performance d’Obama à ce premier débat suscite quelques questions. Est-il encore l’homme de l’espoir ? Est-il le candidat qui finira par sortir l’Amérique des années de galère que le pays traverse depuis la présidence de George W. Bush? Si oui, comment interpréter sa mauvaise performance devant 70 millions de téléspectateurs? A la veille du 2nd débat, ces questions que se posaient à la nation. Mieux, celles fondamentales persistaient : qui d’Obama ou de Romney a une vision les USA de demain ? Qui d’Obama ou de Romney prendra les gouvernails des USA pour le bonheur non de quelques-uns mais de tous? Qui des deux permettra à la classe moyenne de prospérer à nouveau?
Le débat d’hier soir a vu deux pugilistes en action, deux poids lourds de la politique américaine. A peine a-t-on donné la victoire au candidat sortant que déjà, les yeux sont tournés vers le IIIème et dernier débat.
Le IIIème et dernier, j’en suis convaincu, conduira au désaveu de l’un ou à la consecration de l’autre. Quels qu’en soient les résultats pour les présentes présidentielles américaines, les débats nous rappellent le poids de la palabre comme outil efficace pour choisir nos gouvernants.
17 octobre 2012