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Venezuela: La victoire en demi-teinte de l’inoxydable Hugo Chavez

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Hugo Chavez polarise la société vénézuélienne. Son style populiste, le caractère confus de son "socialisme du XXIe siècle" et son antiaméricanisme forcené plaisent aux uns et indisposent les autres. Malgré les différentes manœuvres de ses adversaires, il a conservé une certaine popularité. Bien qu’elle soit encore taboue, la question de sa succession ne tardera pas à se poser.

Hugo Chavez (58 ans) est au pouvoir depuis 13 ans. Sans discontinuer. Il s’est récemment présenté devant les électeurs pour briguer un quatrième mandat de six ans. Même si sa réélection n’était pas une grande surprise, la question de l’état de santé (et donc de l’avenir politique) de celui qui se dit remis du cancer se pose. Aussi, la campagne électorale a montré la division de la société vénézuélienne.

Un Chavez qui polarise le pays

Hugo Chavez ne laisse personne indifférent dans son pays. Et pour cause. Le lieutenant-colonel a fait son entrée sur la scène vénézuélienne une première fois en 1992, à la faveur d’une tentative de coup d’État raté. Une fois amnistié, il s’est présenté comme candidat et a remporté l’élection présidentielle de 1998 grâce aux suffrages de 56% des électeurs. Il est réélu une première fois en 2000 (59,76%) et une seconde en 2006 (62,84%) pour des mandats de 6 ans. Entre-temps, une alliance de facto a réuni des secteurs de la classe moyenne urbaine et de la grande bourgeoisie pour provoquer la chute du fondateur de la "République bolivarienne du Venezuela". Une appellation adoptée suite au référendum constitutionnel de 1999. Forte de cette coalition, la droite a vainement tenté de le renverser, une première fois, à l’aide d’un coup de force (2002) et une seconde par le biais d’une procédure référendaire (2004: 54% des voix contre). Elle a également tenté de paralyser son gouvernement à l’aide d’abord d’une grève (en 2003) dans un secteur pétrolier incontournable puisqu’il fournit 95% des recettes à l'exportation et la moitié du budget de l'Etat. Elle a ensuite tenté de délégitimer le gouvernement Chavez en boycottant les élections législatives de 2005. Lui permettant à son corps défendant une mainmise totale sur l’Assemblée nationale.

Les programmes sociaux lancés en 2002 dans les domaines de l’éducation, de la santé et de l’alimentation et étendus récemment au logement ont gagné au président vénézuélien l’appui des classes populaires. La rente pétrolière lui a également permis d’enrayer l’analphabétisme et de réduire significativement les taux de pauvreté et de pauvreté absolue de pans entiers de la population. Faisant baisser le niveau de pauvreté de 67% (1997) à 27,4% (en 2011).*

Jusqu’à l’année 2007, date du référendum sur la limitation du nombre des mandats du président, l’opposition allait de revers en revers. Mais elle s’est montrée incapable en 2009 de convaincre les électeurs de priver Hugo Chavez de briguer un nouveau mandat. Cela ne l’a pas empêché, l’année suivante, de faire une percée non négligeable aux élections législatives (64 sur 165 sièges en jeu).

Si l’opposition a reproché à Hugo Chavez son populisme, son antiaméricanisme, ses alliances internationales et l’utilisation de la rente pétrolière pour financer les coûts de son État-providence, des pans entiers de la population lui savent gré pour, entre autres, avoir utilisé des fruits du labeur de l’entreprise pétrolière PDVSA (Petroleos de Venezuela SA) pour améliorer sensiblement leurs conditions de vie.

L’élection présidentielle du 7 octobre 2012

Au-delà du caractère politique classique de la joute électorale, l’enjeu revêtait cette fois une dimension personnelle particulièrement forte pour le premier concerné. À cause de ses ennuis de santé (deux opérations et de lourds traitements médicaux à Cuba), il fallait qu’il se prouve qu’il était encore en mesure de gagner, cette fois plus que les autres. Si le type de son cancer et son état réel demeurent secrets d’État, une chose est sûre: on n’avait jamais vu Hugo Chavez aussi diminué au cours des campagnes précédentes. Ce qui met en doute la sincérité de son affirmation de rémission complète du cancer. Mais, ce même état en faisait un candidat plus sympathique.

Le président sortant faisait face à un adversaire qui a réussi à fédérer derrière lui un large éventail des forces de l’opposition. S'il s'est engagé à rendre «irréversible la révolution socialiste», une promesse susceptible de polariser encore davantage le pays, son principal adversaire, le gouverneur Henrique Capriles Radonski (40 ans), a quant à lui plaidé en faveur de la réconciliation entre la droite et la gauche et promis un modèle de gestion centriste. Mais est-ce réaliste dans le contexte politique actuel? Il a également promis un changement de politique étrangère au niveau diplomatique et économique.

Dans cette perspective, le rapprochement promis avec les États-Unis (premier partenaire commercial du pays et débouché de 75% des exportations vénézuéliennes de brut), devrait se faire au détriment des partenaires russes, chinois et iraniens et mener à la révision des contrats pétroliers.

La campagne électorale s’est déroulée sans incidents majeurs. L’opposition a pu faire sa campagne normalement. Si le camp du président sortant s’est largement appuyé sur les médias traditionnels, les partisans de Henrique Capriles Radonski ont fortement investi les nouveaux médias. Ce dernier a eu un accès libre aux médias et pu tenir ses meetings.

Près de 19 millions (soit 18 903 937) de Vénézuéliens étaient conviés aux urnes pour arbitrer entre la continuité "chaviste" et le changement de cap.

Le taux de participation a dépassé légèrement les 80% et le taux de bulletins blancs ou nuls 1,89%. Cette forte mobilisation a donné au scrutin un caractère quasi référendaire sur l’œuvre du président sortant.

Sur 14 618 875 suffrages exprimés (98,1%), Hugo Chavez a récolté 55% des suffrages (soit 8 062 056 voix) contre 44% pour son principal adversaire. Le président sortant a donc remporté son pari et gardé son siège. Même si le taux élevé de participation lui a permis d’augmenter le nombre de ses suffrages par rapport à la dernière élection présidentielle, son avance sur son principal adversaire n’est que de onze points. Il ne l’a devancé que d’un peu plus de 1,5 millions de voix.

Même si l’opposition est déçue de l’issue du scrutin, elle sait gré à Henrique Capriles Radonski d’avoir réussi à réduire l’écart qui la séparait de sa ''bête noire'' en 2006 (4 292 466 voix contre 7 309 080 suffrages (62,8%) pour le ''leader bolivarien'') et en 2000 (37,5% contre 60%). Enregistrant donc le meilleur score d’un opposant au président sortant. Ces résultats successifs montrent l’usure du pouvoir d’Hugo Chavez et posent la question de l’avenir de son œuvre. Se servira-t-il du temps qui lui est encore alloué pour préparer sa succession? Ou au contraire persistera-t-il à refuser qu'on lui fasse de l'ombre?

**

Maintenant que l’élection présidentielle est terminée, la question de succession d’Hugo Chavez ne tardera pas à se poser. Son mauvais état de santé devrait contrer son plan initial de longévité politique. Mais à court terme, il serait mieux inspiré de saisir la perche que lui a tendue M. Radonskiau au moment de concéder la victoire à son adversaire. D’ailleurs, il a aussitôt demandé à l’opposition de poser des gestes allant dans ce sens. Le fera-t-elle? Et à quelles conditions?

10 octobre 2012



*Cf. CIA World Factbook, 2011.


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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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