Après une tournée, à juste titre, très remarquée en France, la troupe québécoise Ubu se produit à Montréal au TNM pour présenter Les Femmes savantes de Molière. Dans de très beaux décors et une atmosphère rafraichissante de station balnéaire des années 50, douze excellents acteurs incarnent les personnages du vieux Molière avec une légèreté et une jeunesse qui font entendre le texte dans toute son actualité et son humour. Les propos donnent à penser, les personnages à rire. Un vrai moment de plaisir.
Le travail de Denis Marleau montre, si besoin est, à quel point la mise en scène d’une pièce de théâtre vieille de 350 ans peut modifier l’impression qu’on en a. Rien n’a vieilli dans le texte de Molière, ni la langue, ni l’humour, ni les réflexions philosophiques sur le savoir, la pédanterie et le plagiat, mais aussi et surtout sur l’amour, les rapports familiaux ou ceux du couple… Chacun des personnages est traité avec drôlerie et tendresse. Même les plus ridicules nous sont rendus attachants : le trois fois sot Monsieur Trissotin, la désopilante Bélise convaincue de son charme irrésistible ou le débonnaire Chrysale, trop faible pour résister au vouloir de son épouse despotique. En filigrane, c’est peut-être de l’éternelle difficulté d’être une femme dont traite la pièce de Molière. Armande, la jeune fille courtisée par Clitandre en aura fait les frais. Elle ne s’est consacrée qu’aux « beaux feux de la philosophie » et la voici dépitée d’observer que le jeune homme s’est détourné d’elle pour s’attaquer à sa jeune sœur Henriette qui, elle, ne l’a pas éconduit. Trop tard pour la pauvre Armande, qui s’est voulue fidèle à la voie désignée par Philaminte, la mère dont le dernier des soucis est le bonheur de ses filles. Henriette n’en a pas trop subi les effets dévastateurs, heureusement. Elle et Clitandre ont pour projet de se marier. Reste quand même à convaincre Philaminte, justement, dont les nuisances n’ont pas dit leur dernier mot.
En dépit du titre de Molière, Les Femmes savantes, on aurait tort de penser que la pièce traite de l’inutilité pour les femmes de s’instruire, au contraire. Henriette est bien plus philosophe qu’Armande, sa sœur ainée. Elle possède en plus l’intelligence du cœur et le sens de la vie. Elle sait surtout ce que le verbe « aimer » veut dire. Il n’est pas question de critiques du savoir mais plutôt des pédants, des tricheurs et autres plagiaires sans noblesse.
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Un spectacle excellent et pour tous les publics, qui donnera aux plus jeunes le goût de la langue dans toute son élégance, du savoir et de l’intelligence.
Les Femmes savantes de Molière, une coproduction Ubu compagnie de création, Les Châteaux de la Drôme, Le Manège.Mons/Centre dramatique, mise en scène de Denis Marleau avec Carl Béchard, Nicolas Boivin-Gravel, Henri Chassé, Estelle Clareton, François-Xavier Dufour, Noémie Godin-Vigneau, Denis Lavalou, Muriel Legrand, Sylvie Léonard, Bruno Marcil, Christiane Pasquier, Samuel Roy.
Au Théâtre du Nouveau Monde de Montréal, du 2 au 27 octobre 2012.
5 octobre 2012