Dans les campements de bucherons, autrefois, c’est lors des veillées que se racontaient certaines histoires étranges et un peu inquiétantes auxquelles – bien sûr – pas un bucheron ne donnait foi… ou alors juste un petit peu…
Les loups-garous ne se rencontrent-ils pas de temps à autre au détour d’un bois ? N’arrive-t-il pas malheur à ceux qui défient l’Église et continuent à faire tourner leur moulin alors que se déroule la messe de minuit au village? Les aurores boréales, ces étranges lumières qui s’agitent dans le ciel par grand froid, ne sont-elles pas des marionnettes, agitées par on ne sait quelles mains ? N’est-il pas périlleux de pactiser avec le diable pour s’envoler sur les nuages dans un canot et passer la soirée avec des personnes éloignées et languies ? Tous ces contes de bonnes femmes, littérature transmise oralement durant des siècles, et dont on trouve différentes variantes en France et au Québec, ont dû être recueillis et mis par écrit pour ne pas disparaître totalement. Qui les connaît encore ? et qui oserait encore les raconter et leur donner crédit ? Ils constituent pourtant un très riche patrimoine culturel qu’il s’agit de conserver et de transmettre aux nouvelles générations pour éviter qu’elles ne soient coupées de leur origine.
C’est la mission que s’est donnée la compagnie Kléos : mettre en acte la devise du Québec « Je me souviens » en proposant des spectacles très actuels et destinés à revivifier la mémoire collective. Ainsi, les productions Kléos (« mémoire collective » en grec), en collaboration avec le Théâtre Denise-Pelletier de Montréal, offrent actuellement un spectacle drôle et relevé, destiné à tous les publics, et qui tourne autour de cette riche tradition populaire québécoise. Et pour faire le lien entre ce patrimoine oral et l’époque contemporaine, la pièce débute comme un morceau de rap déclamé par le conteur de l’histoire, Jos Violon, joué par Biz du groupe Loco Locass. « Cric, crac, cra, les enfants ! Sacatibi, sac-à-tabac, parli, parlo, parlons! Pour en savoir le court et le long, passez le crachoir à Jos Violon!… ». Les contes populaires se combinent à l’action, la musique et la danse pour un spectacle joyeux, magnifiquement orchestré grâce à huit artistes talentueux, des décors astucieux et des jeux de lumière éclatants.
La pièce, écrite par Victor-Lévi Beaulieu à partir des Contes de Jos Violon, de Louis Fréchette, de La Chasse-Galerie d’Honoré Beaugrand et des nombreuses versions de la légende de Rose Latulipe se situe entre un camp de bûcherons du haut de la rivière Saint-Maurice et la maison de Jos Violon où une Mi-Carême joyeuse et bien arrosée doit se fêter. La trop longue distance qui sépare les deux lieux sera franchie en canot dans les airs par un groupe de bucherons, et selon un autre mode de transport encore plus mystérieux par la jeune Rose Tulipe. Tous ces personnages colorés, Titipe Vallerand, le bègue amoureux, Titange, qui craint les loups-garous, Tom Caribou qui a subit une grosse frayeur, Coq Pomerleau qui joue du violon, Jos Violon le conteur et sa petite famille, Marie Latulipe, son désir de liberté et son attirance pour Satan qui sait si bien danser… réécrivent l’histoire mi réelle mi légendaire d’un pays dont on oublie parfois les dures conditions de vie avant l’époque moderne dans laquelle nous vivons.
La grande salle du Théâtre Denise-Pelletier était bondée pour la première, et composée de toutes les générations de spectateurs. Petits et grands se sont levés pour acclamer ce spectacle vivant et réjouissant que tout le monde devrait aller voir pour renouer avec les racines du pays où ils vivent.
La Chasse-Galerie, texte de Victor-Lévy Beaulieu d’après les contes de Louis Fréchette. Mise en scène de Stéphane Bellavance. Une création des productions Kléos en collaboration avec le Théâtre Denise-Pelletier. Avec Marie-Anne Alepin, Marc Angers, Biz, Mélissa Dion Des Landes, Danny Gilmore, Michel Savard, Marie-Eve Soulard La Ferrière et Denis Trudel.
Salle Denise-Pelletier, du 26 septembre au 26 octobre 2012, au théâtre Denise-Pelletier à Montréal.
Renseignements www.denise-pelletier.qc.ca
30 septembre 2012