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Renvoyer le PLQ dans l'opposition

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Après une campagne électorale de 34 jours, les Québécois sont conviés aux urnes pour choisir leur nouveau gouvernement. Le PLQ est promis pour une défaite aux mains du PQ. Un changement dû à plusieurs facteurs.

Le Québec a été durant plusieurs mois le théâtre d’une crise étudiante de grande ampleur. Ce qui a été au début un conflit gérable entre le gouvernement et le mouvement étudiant sur l’opportunité (ou non) d’augmenter les frais de scolarité a fini par se muer en crise sociale majeure. Ce ''Printemps érable'' s’est ajouté à une atmosphère déjà alourdie du fait d’allégations de corruption et de collusion entre le monde politique et les milieux de la construction. C’est dans ce contexte social tendu que le Premier ministre Jean Charest a déclenché les élections générales au début du mois d’août. En pleine période estivale.

Une campagne loin d’être tranquille

De la vingtaine des acteurs en lice, quatre formations politiques ont su s’imposer sur la scène électorale et risquent, le soir du 4 septembre, de monopoliser ensemble la totalité des 125 sièges de l’Assemblée nationale, soit le Parti québécois (PQ), la Coalition Avenir Québec (CAQ), le Parti libéral du Québec (PLQ) et Québec solidaire (QS). Deux partis souverainistes (PQ et QS) et de gauche et deux formations fédéralistes de centre droit (PLQ et CAQ).

La campagne du chef libéral est partie au début sur des chapeaux de roue. Mais, la roue s’est coincée en cours de route. M. Charest pensait avoir bien rodé son message. Il croyait que la crise sociale était son allié et qu’elle devait lui permettre d’imposer son message de ''la loi et de l’ordre''. Il se voyait par conséquent s’imposer comme le champion de de la stabilité politique et sociale au Québec. Mais, non seulement son plan n’a pas fonctionné, mais en plus il ne s’est pas adapté à temps à la nouvelle situation. À la place, il s’est enfermé dans son propre piège. Effet de l'usure du pouvoir, peut-être.

La campagne de la chef péquiste n’était pas non plus de tout repos. Il y a eu plusieurs cafouillages en cours de route. Contrairement aux autres partis politiques, elle a attendu jusqu’aux lendemains du débat des chefs pour publier son cadre financier. Allant à l’encontre de la tradition en la matière. Elle n’a pas non plus trouvé les mots justes pour parler de la conception de son parti de la laïcité ni préparé adéquatement sa candidate dans Trois-Rivières à la tempête qu’allaient déclencher ses propos controversés et naïfs sur la présence du crucifix à l'Assemblée nationale sur les ondes de l’émission ''Desautels'' de la radio de la Société Radio-Canada. Suscitant une réaction intempestive du controversé maire de Saguenay, Jean Tremblay. Ses hésitations sur les référendums d’initiative populaire ont été elles aussi mal accueillies par une partie de sa base souverainiste.

Le chef de la CAQ a incontestablement réussi le pari d’imposer ses deux thèmes phares au cœur du débat électoral: faire le ménage au Québec et la lutte contre la corruption. Mais les sorties de son ''Eliot Ness'' ont desservi l’image de la CAQ et de François Legault. L’impression que cela laisse est que s’il ne se contrôle pas, Jacques Duchesneau risque de cesser d’être un atout pour son chef pour devenir un ''boulet'' pour la CAQ.

Les coporte-parole de QS, Françoise David et Amir Khadir ont mené une bonne campagne. La prestation de la première lors du débat des chefs a surpris le Québec. Elle a à cette occasion fait montre de moins de partisannerie que les trois autres et a su éviter les attaques personnelles. Ce débat lui a permis de présenter le programme de son parti et de gagner en notoriété.

Gouvernement péquiste et retombées dans le reste du Canada

Après 34 jours de campagne électorale, le directeur général des élections a convié les Québécois à voter ce 4 septembre.

Avec comme toile de fond la crise sociale, on devrait s’attendre à un taux de participation assez élevé. D’ailleurs, le mouvement étudiant et collégial n’a pas hésité à afficher ses couleurs. Il s’était fortement mobilisés contre la réélection des Libéraux. En faisant acte de trêve durant la campagne, les étudiants ont fait très mal à la stratégie libérale de ''la loi et de l’ordre'' et l’ont rendu inopérante.

Pauline Marois devrait être réélue sans difficulté et son parti former le prochain gouvernement. Elle deviendrait par la même occasion la première femme Premier ministre de l’histoire du Québec. Ce succès est le fruit de plusieurs facteurs. D’abord, l’usure d’un gouvernement impopulaire et autour duquel planent des soupçons de corruption et de collusion avec les milieux de la construction. Ce que le Premier ministre sortant a toujours niés. Ensuite, la combinaison d’au moins deux primes. Premièrement, la prime à la primeur historique. De nombreuses électrices (et électeurs) ne devraient pas manquer l’occasion d’envoyer cette fois à la tête de l’État québécois une femme. Corrigeant une ''anomalie'' canadienne et clamant plus tard leur contribution à cette primeur. Deuxièmement, la prime au gagnant. C’est connu, les électeurs aiment être du côté du gagnant. Le fait que de nombreux sondages prédisaient souvent l’arrivée en tête du PQ devrait inciter plusieurs électeurs à choisir le ''bon cheval''…

Faute d’une machine bien implantée aux quatre coins de la province et bien ''huilée'', la CAQ ne pourra pas provoquer l’effondrement du PLQ et encore moins former le prochain gouvernement. Mais cela dit, M. Legault devra s’estimer satisfait. Lui qui en un an à peine a réussi le tour de force de mettre en place un nouveau parti politique et d’imposer deux de ses thèmes au cœur du début public.

Si son parti devra éviter l’effondrement lors de ces élections, Jean Charest devra tirer les conclusions de la défaite libérale. Il n’est pas exclu par exemple qu’au cours de son discours ce soir (ou demain ou encore dans quelques jours) il annonce sa démission du poste de chef du PLQ et même son retrait de la vie politique québécoise. Mais cela ne signifie nullement la ''fin'' de la carrière de cet animal politique. Cela dit, les libéraux lui seront gré d’avoir laissé le PLQ en meilleur état qu’il était en 2003, année de son arrivée à sa tête.

QS devra quant à lui consolider ses positions.

Avec l’élection d’un gouvernement péquiste, la question du Québec devra revenir sur le devant de la scène à Ottawa. Les adversaires du Premier ministre conservateur, Stephen Harper, pourraient, opportunément, l’accuser d’avoir échoué à affaiblir les souverainistes. En raison des faiblesses structurelles des conservateurs au Québec, le chef du Nouveau parti démocratique, Thomas Mulcair, devrait devenir ''Capitaine Canada'' en cas de tenue d’un troisième référendum sur la souveraineté du Québec.

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Au lendemain du dévoilement des résultats de l'élection générale, plusieurs défis devront se poser à la classe politique. Aux ajustements nécessaires à la nouvelle carte politique de l'Assemblée nationale devraient s'ajouter d'inévitables ajustements au sein de chaque formation politique. Les ''caribeaux'' ne manqueront pas de se faire entendre haut et fort pour que leur combat en faveur de la souveraineté du Québec soit à l'ordre du jour d'un gouvernement péquiste. Ce qui ne manquera pas à coup sûr de déclencher une levée de bouclier de la part du PLQ et de la CAQ.

4 septembre 2012



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