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Québec, élections 2012. Pauline Marois et les inquiétudes des Anglo-Québécois

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

À un jour des élections générales, les sondages donnent encore le Parti québécois gagnant. Une issue qui inquiète la communauté anglo-québécoise. Deux thèmes en particulier l’irritent: la politique de l’identité du PQ et le projet de référendum sur la souveraineté de la province.

Après neuf années de gouvernement libéral, les électeurs s’apprêtent, semble-t-il, à se tourner du côté du Parti Québécois pour former le prochain gouvernement provincial. Cette issue inquiète la minorité anglo-québécoise qui représente une partie importante des habitants de 24 des 125 circonscriptions électorales que compte la province. Deux sujets en particulier attisent ses passions. D’abord, la politique de l’identité du parti de Pauline Marois. Ensuite, le projet de tenir un référendum sur l’avenir du Québec par rapport au reste du Canada.

La politique de l’identité québécoise…

De nombreux anglophones reprochent à la chef du PQ de vouloir introduire une Charte sur la laïcité, durcir la Loi 101 et empêcher les francophones et les allophones de fréquenter les cégeps et les écoles professionnelles anglophones. Compromettant à terme l’avenir de la minorité anglophone au Québec.

Plusieurs francophones s’inquiètent dans leur cas de ce qu’ils perçoivent comme un recul de la langue française dans la métropole québécoise. Ils sont par exemple mécontents de voir des employés dans de nombreux commerces leur répondre en langue anglaise. À cela s’ajoute la question toujours à l’ordre du jour de la langue d’affichage. Des inquiétudes qu'un parti comme celui de Pauline Marois ne peut se permettre d'ignorer, du moins de minimiser.

Dans l’esprit de la chef péquiste, l’extension de la portée et des domaines d’application de la Loi 101 va de pair avec, entre autres, la réservation des écoles professionnelles et des cégeps anglais aux seuls anglophones. Cette mesure législative devrait, pense-t-elle, empêcher l’anglicisation des Québécois. Mais pour éviter de s’aliéner l’appui de parents francophones et allophones inquiets à la perspective de la disparition des écoles passerelles, elle a promis la révision du programme d’immersion en anglais en vue de l'améliorer sensiblement.

La volonté affichée par Pauline Marois de renforcer la Charte de la langue française traduit des craintes réelles, entre autres, chez le PQ de voir le phénomène de transferts linguistiques s’opérer de plus en plus et graduellement au détriment de la langue française, en particulier à Montréal. Une appréhension minimisée par d’autres.

Tout en voulant empêcher les non-anglophones de souche de fréquenter les institutions d’éducation anglaises, la chef péquiste s’est engagée à aider celles-ci à se doter des moyens nécessaires à leur épanouissement et au soutien de leur mission éducative et de formation professionnelle auprès des anglophones de souche.

La promesse péquiste de l’adoption d’une Charte de la laïcité dite intégrale consacrant la neutralité de l’État, y compris au niveau de l’interdiction du port par les fonctionnaires de signes religieux dits ''ostentatoires'', n’est pas du goût de tout le monde. Si certains y voient un signe de fermeture et de stigmatisation des membres de certaines minorités religieuses (dont les femmes musulmanes portant le foulard islamique), d’autres la perçoivent comme une menace pour les signes extérieurs du fondement catholique de la société québécoise.

La chef péquiste a tendu la main aux anglophones et les a appelés à voter pour son parti. Pour les rassurer, elle a cru bon, d'une part, leur promettre qu’un gouvernement péquiste serait «respectueux» de leurs droits et, d'autre part, leur rappeler son rôle dans la modification constitutionnelle de 1996 qui a non seulement permis la déconfessionnalisation des commissions scolaires (au grand dam d’une partie du clergé catholique), mais également leur redéfinition sur des bases linguistiques. Mais est-ce suffisant pour les gagner à son camp? Le doute est permis.

… et le projet du référendum

La minorité anglaise craint également qu’un gouvernement péquiste tienne un nouveau référendum sur la souveraineté du Québec. Pour rappel, le PQ avait organisé à deux reprises des référendums sur cette question. Le premier en 1980 à l’époque du gouvernement de René Levesque. Le second en 1995 sous le gouvernement de Jacques Parizeau. Entre ces deux rendez-vous, l’appui à la souveraineté s’était considérablement accru. Suscitant l’inquiétude du reste du Canada et des fédéralistes québécois, dont une large majorité parmi les anglophones.

Cette année encore, cette minorité craint que l’arrivée du PQ au pouvoir ne se traduise par l’organisation d’un troisième référendum. Une possibilité qui n’a pas été évacuée par la chef péquiste.

Pour se démarquer de celle qui était son ancienne camarade et collègue et tenter de s’attirer les faveurs de la communauté anglophone, François Legault a cru bon réitérer l’engagement de son parti, la Coalition Avenir Québec, de mettre «à jamais» de côté la question du référendum sur la souveraineté du Québec. Un engagement qui lui a valu le soutien des quotidiens: le «National Post», le «Globe and Mail» et «The Gazette». Sans oublier celui de figures publiques de cette communauté.

Mais le Premier ministre sortant a mis en doute la sincérité de la promesse de son adversaire caquiste qui demeure, à l’en croire, un «souverainiste». Cette affirmation est, en partie au moins, due à la crainte de Jean Charest de voir la minorité anglaise, une clientèle traditionnelle de son parti, le bouder et se tourner vers son adversaire conservateur. Contribuant non seulement à sa défaite électorale, mais également à une fin précipitée de sa carrière politique.

**

Le mardi 4 septembre, la communauté anglo-québécoise prendra part au choix du prochain gouvernement provincial. Le PQ ne devrait pas compter de manière réaliste sur un appui massif en sa faveur de la part de cette minorité pour les raisons analysées ci-dessus. Il est également fort probable que les déclarations de foi du chef libéral dans le soutien indéfectible de cet électorat à l’égard de son parti se révèlent de pure forme. Même si la CAQ est loin d’avoir une machine solide pour sortir le vote, elle devra en revanche attirer une partie du vote anglophone. Aidant à la consolidation de ses gains en vue de la prochaine bataille électorale qui pourrait survenir rapidement en cas d'élection d'un gouvernement péquiste minoritaire.

3 septembre 2012



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Un ton juste
par Pascal Lévesque le 3 septembre 2012

Merci Monsieur Enhaili,

Ça fait du bien de lire un article qui pose les enjeux d'une question aussi délicate, sans enflure, ni artifice politique, ni propos incendiaire.

On sent que vous avez beaucoup de respect pour vos lecteurs. Vous leur résumez les positions légitimes de chacun sans pour autant trancher, ayant l'humilité de leur laisser ce privilège. Beaucoup de 'bloggeurs', éditorialistes et même certains journalistes ne peuvent résister à cette tentation d'affirmer ex cathedra, guidés parfois par la main qui les nourrit ou l'idéologie qui les habite. Tout au plus, vous suggérez que sur un aspect, le doute est possible. Et douter raisonnablement, c'est très sain!

On sous-estime trop souvent le pouvoir des mots. Ceux-ci peuvent inciter à la haine ou à la raison. Et sur une question soulevant autant les passions que celle des droits linguistiques au Québec, la voix calme et posée de la raison devra prévaloir.

 

Monsieur
par Jean Binette le 3 septembre 2012

Voici le témoignage d'une amie anglophone, m'apprenant qu'elle voterait pour le Parti Québécois. Pour bien transmettre ses raisons, elle m'a envoyé son message en anglais. En résumé, elle votera pour le Parti Québécois parce qu'elle est persuadée que seul le Parti Québécois peut faire avancer les choses sur le plan de l'environnement et que pour elle, la protection de la langue française ne l'effr

aie pas. Cette dame travail pour la protection de l'environnement depuis des décennies et elle sait que nous ne pouvons pas attendre plus longtemps avant d'agir. 

Merci Shelley Kath pour ce témoignage. 

Jean Binette, membre de l'équipe de Richard Leclerc

"Bonjour Jean,

I am voting Parti Québécois this time around, even though I am an anglo, and they can count me in as one of the solid voters who will not be changing their minds on election day. My reasons are simple, and I summarize them below. 

Please excuse the fact that I've written this in English, but in this message it is important for me to express myself very precisely, and until I improve my French (working on it), I'm afraid I can do this best in English for the moment.
I've been working on environmental issues for many years, first in the U.S., where I grew up, and then in Québec, and like many "true blue"* but mature and realistic environmentalists, I choose to vote in a way that I believe will...

A) do the best for the environment, and

B) do it the soonest (because as we all know, the environment needs protecting sooner rather than later...just look at the melting ice cap in the Arctic, and extreme weather everywhere!)

(* A "true blue" environmentalist, in my view, is a person whose care and concern for the planet is sincere, rather than strategic).

Thus, I do not vote totally idealistically (eg for the Parti Vert), because sadly I know they will not realistically win soon enough to protect the environment, and I put my desire to see the environment protected above my desire to use my vote to make an idealistic statement. I believe there are many people like me among the voting population, because this is the natural stance of a true blue environmental voter, who sees the need for change right now. 

I am voting PQ, because while I may not have always agreed with everything the party has ever done on the environment or in general, I believe the PQ is the most progressive party on environmental issues compared to the other two contenders currently engaging as challengers in this race in any realistic way. (When the planet is burning up and the environment is degrading rapidly, we must order "off the menu" instead of asking the chef to prepare a dish that may not be ready for years!)

In short, I think the Parti Québecois will do the best for the environment, the soonest.

Who am I as a voter in Québec : 
I have absolutely no problem living in a predominantly French-speaking province -- in fact, I actually enjoy it very much -- and if I had been born here as a francophone, I have no doubt that I would have the same attitude and approach toward preservation of the French language as one sees in PQ policies. In fact, if it were not for a terrifically heavy work schedule and being a single mom, I would gladly have improved my French sooner. But since my son is just starting secondary school and lives most of his life in French, and since I would like to broaden my own engagement in Québec society, I still fully plan to improve my French.

In parting, I will say what I''ve said on numerous occasions to anglo friends, relatives, and colleagues: in the many years I've lived here in Québec, I can count on the fingers of one hand the number of times I've been treated coldly or poorly because I'm an anglophone -- and that's way less than I've experienced in the U.S. just for not speaking with the local accent in a particular state! Québec is now my home, and the overwhelming majority of francophones I've met - whether for a minute or much longer -- have made me feel very welcome. All of my friends and family who have visited from the U.S. have had the same experience.That is the reality of my life here.

Cordialement,

Shelley Kath, Montreal"
Élection 2012
par Billardine le 4 septembre 2012

Jean Charest est le meilleur. Je suis fière de vous. Vous avez la volonté et surtout la capacié de faire de la province du  Québec le joyau du Canada.   J'ai une fille de 2 ans par l'héritage que vous aurez laissé au Québec ma fille sera encore plus fière du Québec. Comme je l'avais dit vous êtes un grand orateur ce n'est pas tout mais c'est un atout même sur le plan international, vous pourriez attirer les investisseurs internationaux. Vous êtes sincère, vous ne changez pas d'idée à tout bout de champ, vous vous attachez à vos convictions tout en ayant une grande ouverture d'esprit. Vous n'êtes certes pas de ma génération mais vous êtes tout de même  jeune par vos idées. Vous êtes tout ce qu'il faut au Québec.  Jean Charest est incontournable. On dit que Jean Charest n'est pas bon.,  Mais qu'est ce que vous proposez. Qui dit mieux!!! Je suis une immigrante, je suis fière du Québec et surtout parceque j'ai un vrai premier Ministre qui saura mener la province du Québec à bon port. 

Jean Charest il faut que vous soyez réélu. Vous êtes le meilleur.

 

Bravo Madame
par bouchard charvot le 5 septembre 2012

le Quebec ne doit pas se laisser bouffer par les anglophones! ils ont mon soutien

 

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