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Québec, élections 2012. Quand Jacques Parizeau embarrasse la chef du Parti québécois

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

La campagne de la chef du Parti québécois est loin d’être une réussite. L’appui accordé par Jacques Parizeau au chef d’Option nationale est une mauvaise nouvelle de plus pour elle. Un indice du manque de confiance d’une partie de l’électorat traditionnel du PQ dans la sincérité de l’engagement souverainiste de Pauline Marois.

L’ancien Premier ministre péquiste Jacques Parizeau a l’habitude de participer au débat public. À chacune de ses sorties publiques, il ne laisse personne indifférent. Au sein de ses partisans comme parmi ses adversaires politiques. Si les uns le décrient comme ''une belle-mère'' au caractère ombrageux, d’autre l’encensent comme une conscience de la nation québécoise. C’est dire l’importance de cette figure politique dans le paysage québécois. Une importance qui ne s’est pas démentie malgré le fait qu’il ait quitté le pouvoir il y a presque 20 ans dans le sillage de la controverse suscitée par ses déclarations sur l’influence de ''l’argent et du vote ethnique'' sur l’issue du référendum de 1995.

L’appui de Jacques Parizeau au candidat Jean-Martin Aussant

Comme il fallait s’y attendre, M. Parizeau a fait irruption dans la campagne électorale. Mais pas dans le sens qu’aurait espéré la chef du PQ.

Le samedi dernier, l’ancien chef du PQ et ex-Premier ministre a accordé son appui à la candidature de Jean-Martin Aussant dans la circonscription de Nicolet-Becancour. Tout en demeurant membre du Parti québécois. Son épouse a annoncé, via son compte Twitter (twitter.com/LapointeLisette), que «J Parizeau appuie JM Aussant parce qu'il tient à ce qu'il soit à l'Assemblée nationale». Une annonce qui s'est rapidement diffusée sur la Toile grâce, entre autres, au compte Twitter d’Option nationale (ON). D’ailleurs, le chef de la jeune formation indépendantiste s’en est saisi pour la présenter comme un geste qui «donne des ailes» non seulement à sa seule campagne, mais à ON dans son ensemble.

Le lendemain de son premier twitt, Lisette Lapointe en a rajouté une couche. Elle a envoyé un nouveau où, de manière subliminale, après avoir félicité les «centaines de militants d’Option nationale pour le grand blitz dans N-B (Nicolet-Becancour, ndlr) pour JMA (Jean-Martin Aussant, ndlr)», a annoncé qu’elle «a voté» la veille… et qu’elle leur souhaite une «bonne fin de campagne».

Comme si cette annonce n’était pas suffisante à plonger dans l’embarras la campagne de la chef péquiste, on a appris également que M. Parizeau avait apporté une contribution financière de 200 dollars à la caisse de campagne du chef d’Option nationale.

Le chef de la toute jeune formation indépendantiste a fait partie des quatre anciens députés péquistes (Lisette Lapointe, Louise Beaudoin et Pierre Curzi) qui avaient, le 7 juin 2011, claqué la porte du caucus du PQ et siégé comme indépendants à l’Assemblée nationale. Le motif officiel de leur départ? L’appui apporté par leur chef Pauline Marois au projet de loi 204. Pour le rappel, le maire de Québec, Régis Labeaume, et son partenaire et PDG de l'entreprise Quebecor, Pierre Karl Péladeau, avaient réclamé de l’Assemblée nationale qu’elle adopte d’urgence un projet de loi mettant à l’abri de toute future poursuite judiciaire leur entente sur la gestion d’un amphithéâtre à construire pour accueillir de nouveau à Québec une équipe de hockey de la Ligue nationale. Mais selon ses détracteurs, cette entente contrevient à la Loi sur les cités et villes. Le gouvernement Charest a finalement retiré le projet de loi 204. Au grand dam de MM. Péladeau et Labeaume.

La méfiance des ''caribous'' de Pauline Marois

L’irruption de M. Parizeau dans la campagne électorale a forcé la main à la chef du PQ. Elle devait réagir rapidement et porter le débat à un niveau plus large. D’où son insistance sur l’idée que changer de gouvernement libéral passe inévitablement par un vote massif le 4 septembre prochain en faveur de son parti. Son appel au ralliement autour d’elle des souverainistes et des progressistes traduit sa nervosité face à la possibilité d’un gouvernement minoritaire. C'est aussi une tentative de limiter l’élan de tiers-partis souverainistes qui pourraient gruger une partie de son électorat traditionnel. À ceux qui pourraient être tentés par l'idée de porter leur dévolu sur un autre parti par déception de son style de leadership ou par méfiance à son égard, elle a énuméré les éventuelles conséquences néfastes sur leurs intérêts ou revendications, en cas de non élection d’un gouvernement majoritaire péquiste.

Le geste de l’ancien Premier ministre péquiste à une dizaine de jours des élections générales et la participation active de son épouse à la campagne du chef du parti concurrent du PQ traduisent un malaise profond au sein des milieux souverainistes. D'ailleurs, plusieurs indépendantistes doutent de la volonté de l’actuelle chef péquiste de tenir un référendum sur la souveraineté en cas d’élection d’un gouvernement majoritaire péquiste. Ils la soupçonnent de vouloir en fait davantage gouverner que de tenir un référendum sur l'avenir politique du Québec.

Ses tergiversations à ce chapitre dans le passé n’ont fait que renforcer les doutes de plusieurs ''caribous'' (les ''pures et dures'' du PQ) sur la sincérité de son engagement à ce chapitre. Son ambiguïté au cours de la présente campagne sur les référendums d'initiative populaire n'a fait à son tour qu'ajouter au doute de ceux qui étaient d'avance sceptiques à son égard. Rendant sa position encore plus difficile.  

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Pauline Marois a cette fois des chances réelles d'entrer dans l'histoire du Québec comme la première femme Première ministre d'un gouvernement québécois. Mais si elle se sert de différents registres rhétoriques pour se donner une majorité à l'Assemblée nationale au lendemain du 4 septembre prochain, une formation souverainiste comme Québec solidaire préfère quant à elle une formule ou un gouvernement péquiste minoritaire se fait aiguillonner par de nombreux élus solidaires détenant la balance du pouvoir. Mais est-ce vraiment réaliste pour un tiers-parti comme QS d'imaginer se trouver le soir de la journée de l'élection dans cette position?

28 août 2012



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