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Québec, élections 2012. Le premier débat des quatre chefs

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Pour éclairer les Québécois sur leurs programmes respectifs, quatre chefs politiques ont débattu pendant deux heures. L’occasion de confronter différentes visions dans quatre domaines. Si aucun des débateurs n’a gagné (ou perdu) cette manche, Françoise David s’est démarquée dans une joute qui s’est révélée une première à plusieurs titres.

La campagne électorale bat son plein au Québec. Plusieurs sondages d’opinion donnent déjà le Parti libéral du Québec du Premier ministre Jean Charest battu aux urnes par le Parti Québécois de Pauline Marois. À deux semaines du scrutin du 4 septembre prochain, les Québécois ont assisté sur les ondes de Radio-Canada/RDI/Télé Québec au premier débat des chefs. Une première à plus d’un titre.

Quatre thèmes pour un débat électoral

Les journalistes Anne-Marie Dussault et Emmanuelle Latraverse ont convié Jean Charest (Parti libéral du Québec), Pauline Marois (Parti québécois), François Legault (Coalition Avenir Québec) et Françoise David (Québec solidaire) à se pencher sur quatre thèmes: l’économie, la gouvernance, les politiques sociales et l’identité et la question de la souveraineté.

Enjeux économiques

D’entrée de jeu, le chef libéral a vanté les réalisations économiques de son gouvernement en temps de crise. Il a rappelé la baisse des impôts pour la classe moyenne. Il a aussi affirmé l’augmentation du revenu disponible des Québécois par rapport à 2003, année du retour des libéraux au pouvoir. Affirmation rejetée par le chef Caquiste pour qui la période 2003-2012 a vu la dette croître et le Québec reculer de la quatrième à la neuvième place canadienne en termes de revenu disponible. Mais M. Charest a cru contrer cette attaque en comparant la situation québécoise à celle moins reluisante au reste du Canada, aux États-Unis et à l’Union européenne.

Le Premier ministre sortant a aussi assuré que le Québec était le «paradis des familles (au Canada) parce qu'on a augmenté substantiellement les allocations». M. Legault a quant à lui promis aux familles une baisse d’impôt de l’ordre de 1000 dollars. Il s’est également engagé à ne pas hausser les impôts, les taxes et les tarifs des services publics. Ce que Pauline Marois a mis en doute.

Au niveau des ressources naturelles, la péquiste a accusé le libéral de dilapider les ressources naturelles, ce contre quoi le concerné s’est défendu. Elle a également promis d’aller chercher auprès des compagnies privées une «juste part» en termes de redevances minières et d’en allouer une première moitié «au financement des programmes sociaux» et la seconde au «remboursement de la dette» publique quand les chefs libéral et caquiste ont promis d’en consacrer «la totalité au paiement de la dette». Au nom du principe cher à Legault de «l’équité entre générations».

Tout en se disant favorable au «développement du Nord», la chef péquiste a estimé que le Plan Nord de M. Charest ne permettait pas d’amener des redevances suffisantes au Québec. Un tort qu’elle s’est engagée à corriger. Mais le chef libéral lui a rétorqué que son gouvernement ira «chercher la part qui nous revient».

Face à une Françoise David tout-environnementaliste (un clin d’œil à l’électorat Vert), Mme Marois a promis une gestion responsable et une indépendance énergétique et s’est engagée à mener des évaluations environnementales avant de prendre toute décision dans le domaine énergétique.

Même si elle a affirmé que ses promesses coûteront moins cher (soit 992 millions de dollars) que celles de ses adversaires et accusé le chef caquiste de ne pas «savoir compter» et d’avoir «une pensée magique», elle était pourtant sur la défensive tout au long du débat en raison d’avoir gardé secret son cadre financier.

La gouvernance

Pour remédier à ce que l’animatrice Latraverse a qualifié de «bris de confiance envers la classe politique», les trois adversaires du chef libéral se sont entendus avant toute chose sur la nécessité de changer de gouvernement.

Comme il fallait s’y attendre, le Premier ministre sortant a été la principale cible des attaques de cette partie du débat et il s’y était visiblement préparé. À ceux qui lui ont reproché d’avoir traîné les pieds avant de former la commission Charbonneau d’enquête sur la corruption dans l’industrie de la construction et la collusion avec le milieu politique, M. Charest a d’abord dit que son gouvernement a agi et promulgué des lois, avant d’accuser Mme Marois et M. Legault d’avoir été membres du seul cabinet touché par un problème d’éthique «dénoncé dans la commission Moisan», a-t-il dit. Si on pouvait s’attendre à ce qu’il se défende de toute accusation de collusion ou de corruption, ses adversaires n'ont pas été mordant au point de le déstabiliser. Cela dit, Mme David a présenté son parti comme celui de «l’intégrité et de la transparence». M. Legault s’est quant à lui présenté comme celui qui peut faire «le ménage» pour se débarrasser pour toujours de la corruption puisque, a-t-il dit, son parti «a les mains libres». Mais peut-on vraiment éradiquer totalement et éternellement la corruption dans un système politique?

Au niveau des propositions de réforme de la vie politique, les chefs de la CAQ et du PQ ont proposé de limiter les dons individuels aux partis à 100 dollars. La co-porte-parole de QS a proposé de plafonner les dépenses électorales à 4 millions de dollars par parti et d’introduire la proportionnelle dans le système électoral.

Tout en se disant œuvrer pour un mandat majoritaire, les chefs du PLQ et du PQ ont dit qu’ils respecteront le verdict des urnes en cas de gouvernement minoritaire. Mais le chef de la CAQ s'est montré fermé à l'idée de gouverner avec un «Parti libéral corrompu et un Parti québécois aux mains attachées avec les syndicats». Ce serait donc des ententes à la pièce. Ce qui est loin de garantir une stabilité politique et augure du déclenchement rapide d’une nouvelle élection générale. La co-porte-parole de QS s’est quant à elle montrée réaliste, en disant que son parti appuiera «tout projet de loi progressiste, écologique et bon pour la souveraineté du Québec». Ce qui revient à concéder d’avance la victoire aux autres partis.

Les politiques sociales (éducation, santé)

M. Legault a pris ici un engagement fort: garantir un médecin de famille à chaque Québécois au cours de la première année de son mandat. Comment pourra-t-il tenir promesse et faire ce que le Premier ministre sortant n’a pas réussi à réaliser en 9 ans de gouvernement? Pour lui, l’augmentation de la rémunération des médecins de famille devrait les inciter à soigner plus de malades, contribuant donc à résorber le problème des listes d’attente qui s’allongent dans les urgences. Affirmation dont a douté la péquiste, qui elle promet d’y arrive à la fin d’un premier mandat de quatre ans. Elle s’est engagée également à «travailler en amont» pour tenter de faire en sorte que les citoyens «tombent moins malades», aussi à donner la priorité à l’accès des personnes âgées à des soins à domicile et des enfants aux centres de la petite enfance.

Le chef caquiste a aussi mis l’accent sur la réorganisation du travail pour réaliser des gains de productivité. Il a promis de réduire le nombre des agences de santé. Ce contre quoi s’est élevée Mme David qui a estimé qu’une telle mesure «ne règle rien». La même qui s’est inquiétée de l’intrusion croissante du secteur privé dans un système de santé public. Face à quoi le Premier ministre sortant a dit son attachement à un système dont le caractère public et universel présente «un avantage social et économique» indéniable.

M. Charest a également affirmé que si le système de santé n’a pas encore réussi à fournir un médecin de famille à tous les Québécois, c’est la faute aux coupes sombres effectuées par le gouvernement Bouchard au nom du principe de déficit zéro. Un cabinet dans lequel, a-t-il rappelé, siégeaient Mme Marois et M. Legault.

Au niveau de l’éducation, Mme David a rappelé l’engagement de son parti en faveur de la gratuité scolaire. Mais est-ce réaliste dans le contexte nord-américain? M. Charest a quant à lui défendu son bilan et sa gestion d’une crise scolaire muée en crise sociale et qui pourrait coûter à son parti le pouvoir le 4 septembre prochain.

Question nationale et identité

Comme il fallait s’y attendre, la question de la souveraineté du Québec et (donc) des relations avec le reste du Canada a divisé les débateurs. D’un côté, les souverainistes Marois et David, de l’autre le nationaliste Legault et le fédéraliste Charest.

Si le Premier ministre sortant était plus dans son élément lors de la partie ''économie'' du débat, la chef de l’opposition officielle l’était plus dans le domaine de la politique de l’identité. Ce qui n’a rien d’étonnant pour un parti comme le sien. Pour elle, son adversaire libéral s’est mis «à genoux» devant le gouvernement fédéral conservateur alors que son ancien camarade du PQ a renoncé «avant même de combattre» de mauvaises politiques pour le Québec. Mme David n’était pas en reste puisqu’elle a estimé que ce «gouvernement est le plus réactionnaire, probablement, de l'histoire du Canada». Rendant, selon elle, «la souveraineté plus nécessaire» encore pour pouvoir «protéger la langue et la culture» et porter le projet social et économique de QS. La chef du principal parti souverainiste a quant à elle bondi sur l’occasion pour dire également sa conviction indépendantiste et sa volonté de rétablir le rapport de force avec le gouvernement fédéral, de rapatrier tous les pouvoirs encore aux mains d’Ottawa et d’œuvrer enfin à convaincre une majorité de Québécois de choisir la souveraineté.

M. Charest a défendu le bilan de son gouvernement face à Ottawa quand M. Legault a dit qu’il était (comme une majorité de Québécois) «tanné des chicanes» de 30 ans entre fédéralistes et souverainistes qui n’ont que trop duré. À la place, il a proposé de travailler ensemble pour «faire le ménage» et améliorer la situation de la population. Pour lui, les Québécois ne veulent pas de référendum.

Les trois chefs ont également reproché au gouvernement Charest de ne pas avoir protégé adéquatement la Charte de la langue française. Pour y remédier, Mme Marois a estimé qu’il est de la responsabilité du gouvernement et de l’État québécois de veiller à ce que l’on puisse «vivre et se développer en français». D’où la promesse de l’adoption d’une «nouvelle Charte de la langue française». De son côté, M. Legault a promis la création d’un Office de la langue et l’abolition des écoles passerelles qui permettent aux élèves non-anglophones de passer des écoles secondaires françaises aux cegeps anglophones.

Débat à l’ombre de primeurs et d'une surprise

Le débat des chefs a duré deux heures. C’était l’occasion d’assister à plusieurs nouveautés. La première fois que quatre chefs, dont deux non élus (Legault et David), s’affrontaient sur la scène provinciale au Québec. La première fois aussi que deux femmes (Marois et David) concouraient aux côtés de deux hommes. Avec la possibilité que la première devienne la future première Première ministre de l’histoire du Québec.

Même si aucun des débateurs n’est véritablement sorti vainqueur de la joute, Mme David s’est révélée la surprise de la soirée. Elle a performé au-delà des attentes initiales portées par sa candidature. Elle a fait preuve de maîtrise de soi et de moins de partisannerie que ses trois adversaires. Mais cela dit, elle est grosso modo restée dans les généralités. Peut-être parce qu’elle est convaincue que son parti ne formera pas le prochain gouvernement.

Même s’il n’était visiblement pas très à l’aise au débat (c’est son premier), M. Legault a quand même su imposer son message de lutte contre la corruption au cœur du débat électoral. Un succès indéniable.

M. Charest a joué à fond la carte de l’expérience, de la bonne tenue économique et de la fermeté face à la ''rue''. Il a su manoeuvrer et a tenu le choc des attaques croisées de ses concurrents. Ce qui est loin d'être négligeable. 

Mme Marois avait l’obligation de faire mieux que tous les autres. Arrivant en tête des sondages (notamment chez les francophones), elle devait montrer qu’elle était prête à remplacer le Premier ministre sortant. Pour conforter son avance, elle a notamment tenté de miner la crédibilité de son ancien camarade et principal concurrent. D’où sa manoeuvre visant à le définir comme un «comptable avec une pensée magique». Lui qui n’a cessé de la dépeindre comme une «reine du statu quo» et donc une politicienne incapable de faire les réformes qui s’imposent pour relancer le Québec.

**

Même si leur débat a duré deux heures, les chefs ont donné l’impression d’effleurer les quatre thèmes examinés et non d’aller en profondeur. En raison de ce qui s’est passé lors du «Printemps érable», on se serait attendu à ce que l’éducation occupe assez de place dans le débat, mais il n’en était rien. Cela dit, deux visions se sont affrontées au niveau de la gestion des affaires publiques: une vision interventionniste de l’État (David et Marois) versus une autre valorisant l’individualisme et l’entreprise privée (Legault et Charest).

 23 août 2012



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