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To Rome with love : une nouvelle ville européenne pour Woody Allen

par
Columniste de Tolerance.ca

To Rome with love, de Woody Allen (2012) avec Woody Allen, Roberto Benigni, Alec Baldwin, Penelope Cruz, Jesse Eisenberg, Ellen Page, Greta Gerwig, Judy Davis, Alison Pill, Fabio Armilata…

Projeté au cinéma Excentris à Montréal, en version originale anglaise, avec sous-titres français.

 

Woody Allen a-t-il loupé son dernier film, To Rome with love, comme l’affirme bien souvent la critique ? Ce n’est pas mon avis. J’ai beaucoup ri, du début à la fin, pour cette nouvelle comédie du grand metteur en scène dont le personnage principal n’est pas un acteur mais de nouveau une ville européenne. Et c’est ce qui donne à réfléchir. Ainsi, après s’être attaqué à Londres, à Barcelone et à Paris, Woody Allen nous confie sa vision personnelle – vue de l’Amérique lointaine – de Rome comme symbole de ce qu’il estime être l’Italie, ses habitants et sa culture. À la manière des films à sketches de la grande époque du cinéma italien, il raconte quatre histoires censées être puisées parmi les centaines qui se déroulent simultanément dans cette ville mythique.

Le ton est donné dès la première scène du film. Au centre d’une place encombrée par le trafic automobile, un policier dont le rôle est de régler la circulation, ne fait en réalité que se tortiller, tel un dandy dans son pantalon moulant et sa chemise cintrée.  On entend au loin un bruit de tôle brisée. L’accident a eu lieu, le fonctionnaire de la police ne sert à rien. Mais c’est lui qui, de son piédestal, est le mieux placé pour observer ce qui se passe dans la ville. À lui de conter les quatre histoires d’amour sans relations entre elles que nous présente Woody Allen. Rome devient le carrefour de quatre récits parfois caricaturaux et prétendument caractéristiques de l’Italie. Un petit employé de bureau sans intérêt qui du jour au lendemain répond au besoin quasi amoureux de stars des Italiens et des ses chaînes de télévision à la Berlusconi; un étudiant en architecture américain qui bien que vivant dans la ville du trompe l’œil, tombe amoureux d’une pure comédienne; un couple de jeunes mariés du sud de l’Italie profonde dont les valeurs se trouvent bouleversées par la mise en contact avec les mœurs de la capitale et un petit patron de pompe funèbre, beau père d’un beau garçon amoureux d’une jeune Américaine, qui se révèle un chanteur d’opéra exceptionnel à chaque fois qu’il se trouve sous sa douche.

A-t-on affaire à des clichés? Celui de la célébrité démesurée aussi bien qu’éphémère de la personne la moins intéressante qui soit ou, pire, l’idée selon laquelle tous les Italiens sont des chanteurs d’opéra pour peu qu’on accepte de les écouter au moment où ils se savonnent…  Sans doute plusieurs des gags utilisés par Woody Allen m’auraient tout à fait irritée s’ils n’avaient pas été de sa signature. Et j’ai craint, un moment, être devenue tellement inconditionnelle de son cinéma que j’en perdais tout esprit critique. En y réfléchissant, je sais que ce n’est pas le cas. Ce que Woody Allen présente atteint au contraire le plus haut niveau d’authenticité qui soit, et c’est là la clé de sa réussite. Ce qu’il montre dans le film, en effet, c’est l’histoire d’un personnage fictionnel, Rome, à travers les fantasmes personnels du Woody Allen que les amateurs de cinéma fréquentent depuis des années à travers ses créations et avec toute son histoire d’individu et d’artiste dont une part se retrouve aussi dans le rôle qu’il tient justement dans le film. Midnight in Paris adoptait la même perspective, tout comme Vicky Cristina Barcelona et Match point. Mais c’est dans To Rome with love que Woody Allen prend peut-être le plus de risques d’être mal compris. Il ne prétend pas parler de Rome en général. Il procède à des associations libres sur le nom de « Rome » qu’il traite comme un rêve qu’il aurait fait.  Surgissent alors Roberto Benigni et Ornella Muti, des séjours et des voyages d’Américains dans l’une des plus anciennes villes d’Europe, des rencontres de jeunes Américaines avec des Italiens si beaux qu’ils portent le prénom de Michelangello, des artistes qui s’ignorent mais dont la voix mérite d’être écoutée religieusement et bien d’autres choses encore. To Rome with love est l’ensemble des associations libres de Woody Allen sur le rêve qu’il se fait de Rome, ville ouverte à toutes les formes d’amour. Les images et les propos ne sont évidemment pas à prendre au premier degré et c’est ce qui fait tout l’humour et l’intérêt de ce metteur en scène toujours aussi audacieux et génial.

24 août 2012



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Sophie Jama est chargée de cours au Doctorat en Études et pratiques des arts de l'UQAM. Elle est titulaire d’un doctorat en ethnologie, d’une maîtrise en sociologie ainsi que d’une maîtrise en littératures comparées. Elle... (Lire la suite)

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