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Syrie: La démission de Kofi Annan de la mission conjointe de l’ONU-Ligue arabe

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Kofi Annan vient de jeter l’éponge. L’ancien Envoyé spécial conjoint de l’ONU et de la Ligue arabe en Syrie démissionne de son poste. Les réactions ''attristées'' des uns et des autres ne peuvent cacher le blocage de la diplomatie internationale dans la résolution de la crise damascène qui dure depuis 16 mois.

Kofi Annan avait agi comme médiateur de l'ONU et de la Ligue arabe en Syrie depuis le 23 février 2012. Son plan de paix en six points prévoit: la cessation des hostilités entre les forces loyalistes au régime Assad et celles opposées à son maintien au pouvoir, la libération des détenus, le respect des libertés civiques de tous les Syriens, l’accès libre au pays des agences humanitaires et des médias internationaux, et la mise en place d’un dialogue politique inclusif basé sur la volonté du peuple syrien. Lobjectif de cette démarche diplomatique est d'arriver à mettre en place un processus de transition politique devant mettre un terme au conflit et permettre ainsi le retour à la paix et à la sécurité dans un pays dont la souveraineté et l’intégrité territoriale devront être préservées. Mais ce plan n’a jamais été mis en place. Les trois visites de M. Annan en mars, mai et juillet sur place et ses rencontres avec le président Bachar Al Assad n’ont pas pu débloquer la situation sur le terrain.

«Je n'ai pas reçu tous les soutiens que la cause méritait…»

Le mandat de Kofi Annan devait expirer le 31 août prochain. Mais au lieu de chercher à le renouveller, il a préféré jeter l’éponge. Son successeur à la tête du Secrétariat général des Nations unies a annoncé avec regret, aujourd’hui, jeudi 2 août, dans un communiqué (cf. site Internet de l’ONU, SG/SM/14441) la nouvelle de démission de son prédécesseur et Envoyé spécial conjoint pour la Syrie.

Lors d’un point de presse tenu ce jeudi, Kofi Annan a justifié sa décision, en affirmant ne pas avoir obtenu: «tous les soutiens que la cause méritait.» Tout en pointant d’un doigt accusateur les «divisions» au sein du Conseil de sécurité de l’ONU. D’ailleurs, le patron de l’ONU n'était pas en reste. Ban Ki-moon n’a pas non plus mâché ses mots aujourd’hui. Il a déclaré lui aussi que «les divisions persistantes au sein du Conseil de sécurité sont devenues un obstacle à la diplomatie» au point de rendre extrêmement difficile «le travail de tout médiateur». Une désapprobation à peine voilée du veto sino-russe à trois reprises aux projets de résolution présentés devant le Conseil de sécurité.

Même si Ban Ki-moon a annoncé dans le même communiqué travailler avec le patron de la Ligue arabe pour nommer rapidement un nouveau Envoyé spécial conjoint en Syrie, il sait que le mandat de cette mission d’observation, dont les effectifs ont été réduits de moitié, est menacé. Le Conseil de sécurité a prévu à ce propos d’y mettre un terme le 19 août prochain si d’aventure les conditions sécuritaires et politiques en Syrie ne s’amélioraient pas. Mais à la lumière de la situation sur le terrain, il serait très surprenant que ces conditions s’améliorent d’ici là.

Des regrets, des regrets…

Aussitôt la décision de Kofi Annan annoncée, la Russie a déclaré la regretter. Comme si elle voulait se défendre d’une quelconque responsabilité dans son avènement, son ambassadeur à l’ONU, Vitali Tchourkine, a rappelé que son pays avait soutenu les «efforts» de l’illustre démissionnaire. Mais il n'a pas fallu attendre longtemps pour voir les États-Unis entrer dans la danse et accuser Moscou et Pékin d’en être les responsables.

Damas a elle aussi annoncé regretter le geste de l’ancien secrétaire général de l’ONU. Tout en accusant les pays qui veulent le départ de Bachar Al Assad d’être responsables de l’échec de la mission de Kofi Annan. Mais les regrets damascènes ne peuvent tromper personne quant à la sincérité du régime des Al Assad.

**

En présentant sa démission, le prix Nobel de la paix reconnaît l’échec de sa mission en Syrie. Un échec qui était pourtant inscrit dans les tables de son plan. Sans parler de l’opposition ferme au Conseil de sécurité des Russes et des Chinois à tout projet de résolution contraignant leur allié à Damas. Confortant le dirigeant syrien dans sa politique jusqu'au boutiste. Condamnant d'avance à l’échec la démarche de l’ancien Envoyé spécial. En raison de la détérioration de la situation politique et sécuritaire allant crescendo en Syrie, l’ONU aurait mieux fait, non d’allonger la durée de sa mission d'un mois supplémentaire, mais d’y mettre un terme dès la dernière réunion consacrée au Conseil de sécurité à cette crise.

2 août 2012



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Il y a actuellement 1 réaction.

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ONU dans les cordes
par decrauze le 3 août 2012

 

Oui, il fallait un coup d’éclat pour bien faire comprendre à la communauté internationale que sa léthargie indigne. Kofi Annan, peut-être le meilleur secrétaire général qu’ait connu l’ONU, et sans conteste le plus charismatique, n’a pas pu insuffler la dynamique nécessaire pour mettre fin à ce chaos entretenu. Chine et Russie sont directement responsables, mais face à ces mastodontes politico-économiques on se plie aux tergiversations. Pas très olympique, ce monde, Cf. http://pamphletaire.blogspot.fr/2012/08/en-vrac-lactu-alitee.html

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Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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