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Syrie: Projet de résolution occidentale devant le Conseil de sécurité de l’ONU

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le Conseil de sécurité des Nations unies se réunit ce jeudi à New York pour se pencher sur un projet de résolution occidentale destiné à faire cesser les violences en Syrie. La Russie ne devrait pas à cette occasion renoncer à son projet initial d'utiliser son droit de veto pour faire capoter l'initiative occidentale. Pour se justifier, elle ne manquera pas de se servir à l'appui de sa démarche diplomatique de la récente décapitation d'éléments clés du sommet de l'appareil de sécurité nationale du régime de son client Assad.

La crise politique syrienne dure depuis le 15 mars 2011. Le régime tyrannique en place se refuse à lâcher prise. Mais au lieu de briser l’élan révolutionnaire de son opposition, la machine assadienne à tuer en masse n’a fait que renforcer sa détermination. Le bouclier diplomatique russe au Conseil de sécurité de l’ONU lui a permis jusque-là de se prémunir contre toute résolution de sanctions onusiennes. Prenant le contre-pied du projet de résolution russe du 10 juillet 2012, les membres occidentaux du Conseil de sécurité ont le lendemain présenté un projet alternatif.

Un projet occidental de résolution assortie de menace de sanctions onusiennes

Cinq pays occidentaux membres permanents et non-permanents du Conseil de sécurité (respectivement les États-Unis, la Grande-Bretagne la France, le Portugal et l'Allemagne) ont d’abord proposé de renouveler «le mandat de la Mission de supervision de l'ONU en Syrie (Misnus) pour une durée de 45 jours, sur la base des recommandations» du secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon. Mais cette proposition de sauvetage de la MISNUS, qui vient à échéance le 20 juillet prochain, lui accorde moins de temps que ne le fait le projet russe

L’Occident a également accordé à Damas un délai de 10 jours suivant l’adoption de sa proposition de résolution pour cesser ses attaques à l’arme lourde, retirer ses troupes des villes et de leurs zones environnantes et les cantonner dans leurs casernes. Des exigences qui reprennent des dispositions de sortie de crise du plan de Kofi Annan, l’envoyé spécial de l’ONU-Ligue arabe à Damas. À défaut d’un «respect total» de ces termes dans le délai imparti, le Conseil de sécurité «imposera immédiatement les mesures prévues par l'article 41 de la Charte de l'ONU» (cf. dépêche de Reuters).

Il s’agit du troisième article du Chapitre VII de la "Constitution" onusienne. Il prévoit «l'interruption complète ou partielle des relations économiques et des communications ferroviaires, maritimes, aériennes, postales, télégraphiques, radioélectriques et des autres moyens de communication, ainsi que la rupture des relations diplomatiques». Autrement dit, l’Occident a fait cette fois le choix non de «l'emploi de la force armée», mais plutôt des sanctions diplomatiques et économiques. Cette approche est destinée à convaincre la Russie et la Chine de ne pas opposer leur veto à son projet de résolution. Ces deux membres permanents du Conseil de sécurité se sont opposés à deux reprises à des projets de résolution menaçant de soumettre Damas aux sanctions internationales.

Pour éviter d’être taxés de partialité, les auteurs de ce projet de résolution ont également demandé aux deux parties en conflit, le régime et son opposition, de se conformer de manière urgente aux dispositions et du plan Annan et de la réunion le 30 juin à Genève du "Groupe d’action pour la Syrie" (GAPS). Ce qui revient, d’une part, à cesser immédiatement «toute violence armée» et, d’autre part, à engager le processus de transition politique.

Mais cela dit, l'Occident est conscient du prix à payer pour Damas en cas d'application stricte du plan Annan. Ce à quoi se refuse Moscou.  Sans oublier le conflit d'interprétations entre lui et la Russie des dispositions du GAPS. Ce qui n'est pas de nature à arranger les choses dans ce dossier. 

Un moyen d’intensifier la pression sur Damas

La démarche occidentale au Conseil de sécurité rejoint la demande depuis Genève de Kofi Annan invitant les membres de cette institution décisionnelle à intensifier leurs pressions sur le pouvoir et son opposition pour qu’ils mettent un terme au conflit.

Il était initialement prévu que le Conseil de sécurité se prononce ce mercredi 17 juillet sur le projet occidental de résolution. Mais ni Paris, ni Berlin, Lisbonne ou Londres et encore moins Washington ne comptaient sur le ralliement de Moscou ou de Pékin à leur initiative. Tous savaient que les manœuvres de Poutine étaient destinées à faire ralentir la machine diplomatique internationale, tout en donnant l’illusion de s’activer pour résoudre la crise politique syrienne. D'ailleurs, le régime Assad s’est servi de ce bouclier diplomatique pour s’offrir plus de temps et tenter de mater l’opposition. Pour ces raisons, l’Occident s’attendait à un double veto sino-russe. Tout en prévoyant à son tour de battre le projet de résolution russe présenté lui aussi à l’étude au Conseil de sécurité.

La visite du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, au président chinois Hu Jintao ne devrait pas non plus, sauf surprise de dernière minute, faire changer Pékin de politique hostile à toute intervention étrangère dans les affaires intérieures des nations souveraines.

L’alarmisme de Kofi Annan lors de sa rencontre à Moscou avec le président russe n’a nullement permis le moindre assouplissement de la position de Vladimir Poutine dans le dossier syrien. Tout au plus, il a réitéré son soutien au plan Annan, un plan mort-né. Mais d’un autre côté, l’envoyé international a convaincu le Conseil de sécurité de remettre le vote de la résolution occidentale au lendemain en tablant sur un compromis dont l'atteinte nous semble irréaliste.

**

Avec la décapitation ce 18 juillet d'éléments clés du sommet de l’appareil de sécurité nationale du régime syrien, le président Assad sort très affaibli. Son absence toute la journée des caméras de télévision de son pays n’arrange pas ses affaires. Refusant tout affaiblissement supplémentaire de son client, Moscou cherchera, sauf surprise de dernière minute, à empêcher demain l’adoption du projet de résolution occidentale. D’ailleurs, son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a annoncé les couleurs. Il a pris prétexte de ce qui s’est passé aujourd’hui à Damas pour avertir que l’adoption d’un tel projet de résolution reviendrait à «un soutien direct à un mouvement révolutionnaire». Une éventualité que son pays ne pourra envisager. Tout en ajoutant que «l’ONU n'a aucun rapport avec ça». La Russie pourra compter sur l’appui des Chinois. À l'image de ce qui s'est produit récemment à deux reprises.

 18 juillet 2012



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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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