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Moonrise kingdom, le temps de l’amour, le temps des copains et de l’aventure…

par
Columniste de Tolerance.ca

Moonrise kingdom, le temps de l’amour, le temps des copains et de l’aventure…

US, 2012, réalisé par Wes Anderson, scénario de Wes Anderson et Roman Coppola, avec Jared Gilman, Kara Hayward, Bill Murray, Frances McDormand, Edward Norton, Bruce Willis.

Sur l’île de New Penzance au fin fond de la Nouvelle-Angleterre, dans une société rigide à bien des égards, le début du mois de septembre 1965 voit souffler un vent de douce folie entre deux univers nullement destinés à se rencontrer. D’un côté, il y a la famille Bishop, un couple de bourgeois névrosés, mari et femme avocats (Bill Murray et Frances McDormand), avec leurs quatre enfants : Suzy (Kara Hayward), 12 ans, et ses trois jeunes frères qui, dans l’improbable traversant tout le film, semblent avoir presque le même âge sans toutefois être des triplets. De l’autre, le camp scout Ivanhoé avec Ward, son dévoué chef de camp (Edward Norton), et sa dizaine d’éclaireurs disciplinés dont un se détache du lot, Sam Shakusky (Jared Gilman), grain de sable perturbateur d’un engrenage trop bien huilé, de qui le désordre va advenir mais peut-être au profit de tous.

Wes Anderson propose un conte vintage, totalement décalé, tourné un peu comme un vieux film d’animation aux couleurs délavées, à la fois drôle et tendre, et doté d’un casting non seulement prestigieux mais qui détonne aussi du genre dans lequel ces acteurs sont généralement employés.

Dès le générique d’ouverture et jusqu’à celui de la fin (qu’il ne faut surtout pas louper – avis aux spectateurs trop pressés de quitter la salle quand le film est terminé), ce réalisateur génial qui ne néglige aucun détail, nous transporte dans son univers fantaisiste et enfantin dans le sens le plus noble du terme. La première scène nous fait découvrir la vie de la famille Bishop et sa grande maison, propre et organisée, telle les tableaux au point de croix qui ornent ses murs. La caméra la sillonne comme si c’était une de ces maisons de poupées dépourvues de mur latéral pour pouvoir en envisager toutes les pièces. Tout y est coloré sauf la vie qui n’y est pas très heureuse. Le couple ne s’entend pas et Laura n’a rien trouvé de mieux que d’utiliser un porte-voix quand elle a besoin de parler à Walt, son mari, dont elle s’est détournée au profit du capitaine Sharp (Bruce Willis), le shérif du coin, un célibataire à la vie triste et monotone.

Dans le petit camp scout, Sam Shakusky, toujours son chapeau sur la tête, est un bon éclaireur, intelligent et doué pour la survie. Mais sans raison particulière, ses camarades ne l’aiment pas. Il leur semble peut-être différent. Est-ce parce que, orphelin, il vit dans une famille d’accueil qui, bizarrement aussi, même si elle admet qu’il est vraiment un bon garçon, ne souhaite plus l’avoir sous sa protection? Ce qui est sûr, c’est que doté d’une grande détermination pour la vie, Sam va rencontrer l’amour en la personne de la dépressive Suzy, une drôle d’oiselle dont il va avoir le coup de foudre en visitant les coulisses d’un spectacle ennuyeux. Après quelques lettres échangées, les deux préadolescents vont fuguer pour suivre l’ancien itinéraire migratoire et accidenté des Indiens Chickchaw. Mais alors qu’une tempête menace et va mettre les enfants en danger, tout le monde part à leur recherche et c’est la vraie aventure qui commence.

[photo]

Pour Wes Anderson, il semble bien que le seul ouragan capable d’imposer le respect à tous les protagonistes du film, soit celui de l’amour réel et authentique de Sam pour Suzy et de Suzy pour Sam. Au-delà de l’amour protecteur ou pas que l’on peut trouver dans une famille, famille génitrice ou d’adoption, celle des scouts, de l’assistance sociale ou de n’importe quel groupe, il y a l’amour entre deux êtres dont le hasard a bien voulu croiser les chemins. Cet amour là est si précieux qu’il suscite une certaine révérence, même de la part de ceux – hostiles ou non – qui n’ont pas la chance d’être touchés par lui.

Wes Anderson a apporté le plus grand soin non seulement aux images mais aussi à la bande sonore. Les enfants bien éduqués écoutent des disques qui leur expliquent les œuvres du répertoire classique en relation avec les instruments de l’orchestre, et Suzy a emporté non seulement ses livres préférés mais aussi son disque favori, celui de Françoise Hardy qui dit ce qu’il en est dans le cœur des deux enfants : C’est le temps de l’amour, le temps des copains et de l’aventure, quand le temps va et vient on ne pense à rien malgré ses blessures…

Film présenté en ouverture du Festival de Cannes en mai 2012. Actuellement à Montréal, au cinéma Ex-Centris en version originale sous-titrée français.

19 juin 2012



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Sophie Jama est chargée de cours au Doctorat en Études et pratiques des arts de l'UQAM. Elle est titulaire d’un doctorat en ethnologie, d’une maîtrise en sociologie ainsi que d’une maîtrise en littératures comparées. Elle... (Lire la suite)

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