Gino Levesque est auteur et éditeur. Son roman intitulé « Je ne le répéterai pas» a été adapté au cinéma. Il sied de rappeler que le Festival des films du monde de Montréal sélectionna ce film lors de l’édition de 2010. Il a bien voulu s’entretenir avec nous.
1)Pouvez-vous vous présenter brièvement et nous parler de vos activités littéraires ?
Qui suis-je? Cette simple question me plonge dans une crise existentielle. Je suis un obsédé textuel. J’aime jouer avec les mots et j’adore faire l’amour avec la langue, j’en suis l’amant, ce qui m’amène à pratiquer avec passion, la création extrême. Ma démarche d’écriture est Oulipienne. OuLiPo, acronyme pour OUvroir de LIttérature POtentielle. J’ai un tempérament curieux, j’ai donc acquis du savoir dans plusieurs domaines d’études, je possède, en autre, une formation scientifique. Je peux me décrire comme un pataphysicien qui exerce l’écriture à contrainte, un chercheur qui explore les possibilités du langage. Par mes recherches, attiré par le défi et avide de découvrir l’originalité, je m’aventure, là où personne n’est encore allé, afin d’opérer un renouveau sur le plan formel et conceptuel, avec pour objectif de pouvoir offrir une dimension supplémentaire à l’expérience même de lecture.
En parallèle, je gouverne une maison d’édition indépendante et je donne des conférences (Les mots et le cerveau), ces quelques mots sont un indice de la teneur de cette dernière. J’y présente également différentes facettes sur la carrière d’auteur et d’entrepreneur, tout en développant sur ma démarche de création. Lors de ces rencontres, j’expose mes recherches et les élabore en établissant un rapport direct entre le développement de l’intelligence et l’acquisition du vocabulaire.
2) Vous avez publié un roman intitulé « Je ne le répéterai pas » : de quoi est-il question ?
Ce best-seller, est une première dans l’histoire de la littérature. Et son titre est évocateur, car, cette création d’exception est un roman très particulier dans lequel tous les mots sont différents. Je ne le répéterai pas, est une prouesse littéraire dans laquelle il n’existe aucune répétition du vocabulaire. Tous les noms, les verbes, les adverbes et les adjectifs dans cette histoire intrigante à l’ambiance mystérieuse, ne sont utilisés qu’une seule fois.
Ce roman procure une expérience de lecture incomparable et provoque une explosion cérébrale. Jamais encore, jusqu’à aujourd’hui, le cerveau n’a eu le plaisir de lire autant de données différentes dans un tel condensé cohérent. Ce livre dépasse l’envergure du simple roman, beaucoup plus qu’un divertissement, il entre dans la sphère de l’utilitaire. En créant ce temple qui rend hommage à la langue, j’ai inventé un véritable accélérateur pour l’apprentissage du langage, ce roman est un instrument pédagogique puissant. Cette pluralité du vocabulaire augmente le niveau d’activité cérébrale, les zones responsables de la faculté du langage et la mémoire fondamentale qui est la mémoire sémantique, seront stimulées à un degré encore jamais atteint. Nombreux sont les bienfaits engendrés par la lecture ce livre. Comme exemple, je soulignerai le fait qu’il peut, ralentir le processus de dégénérescence causé par la maladie de l’Alzheimer, accélérer la guérison d’un individu atteint d’un problème neurolinguistique, améliorer la verbo motricité et la diction, accélérer l’apprentissage d’une langue, augmenter les capacités mémorielles. C’est de la neuroscience, la lecture de ce roman rend plus intelligent.
3) Votre œuvre a fait l’objet d’une adaptation cinématographique. Une adaptation qui a connu un franc succès puisque ce film a été sélectionné en 2010 dans le cadre du Festival des films du monde de Montréal. Quels furent les défis à relever pour porter cette fiction à l’écran ?
On dit qu’une image vaut mille mots. Je souhaitais vous en offrir 24 par secondes. Afin d’établir une cohésion entre les lettres et l’image, je me suis métamorphosé en cinéaste, pour réaliser mon premier film. Je ne le répéterai pas, c’est du cinéma d’auteur. Pour produire cette adaptation cinématographique de mon roman éponyme, j’ai scénarisé mon record mondial, de manière à pouvoir mettre en scène les personnages qui figurent dans cet exploit littéraire. Pour faire ce parallèle entre l’écriture et la forme picturale, j’ai transféré du livre à l’écran, les protagonistes de mon roman, en utilisant, l’objectif de la caméra, comme un miroir dans lequel se reflète l’essence des caractères. En matérialisant ainsi les acteurs de mes écrits, j’ai franchi les frontières du récit et crée un prolongement de ma vision initiale de romancier. Je me suis investi à produire ce film qui se veut, non seulement un complément au roman, mais surtout, une invitation à la lecture.
4) Peut-on affirmer que le cinéma, par rapport au livre, peut permettre de toucher un plus large public ?
Peu importe le médium choisi, même si un film peut attirer l’attention sur un roman, c’est souvent la qualité et la visibilité d’une campagne publicitaire soutenue et véhiculée à travers les médias, qui permet d’informer un large public. Il existe aussi des alternatives, comme aller à la rencontre du public. Au cours des dernières années, j’ai participé à plus d’une soixantaine d’évènements littéraires (Salons du livre), régionaux, nationaux et à l’international (Salon du livre de Paris, Salon du livre de Bruxelles) pour promouvoir les plaisirs de lire : Je ne le répéterai pas. La rencontre avec le lectorat a pour moi une grande valeur. Ce qui donne véritablement un sens à ma démarche, c’est de voir les yeux qui vont se poser sur ses mes écrits.
5) Avez-vous un dernier mot à adresser aux personnes qui liront cet entretien ?
Je vous souhaite un excellent divertissement lors de votre lecture et c’est avec grand plaisir que je vous offre un extrait tiré du roman. Extrait p.1 * Insouciant, ne lisez pas ce livre… …que j’ai eu l’audace d’écrire. Oui, je me rappelle parfaitement. Impossible d’oublier les premières lignes de cet obsédant manuscrit qui commençait par cet avertissement résonnant encore en moi, comme un écho subtil qui se répercute intérieurement sur les limites de ma conscience. Une recommandation qui me prévenait du risque encouru par la lecture de cette chose que je serrais au creux de mes mains tremblantes. À défaut de renoncer immédiatement et de la bannir, réticent, je persistais, car j’hésitais à la détruire en la déchiquetant en milliers de lambeaux, ou à la brûler pour la réduire en cendres, car les mots, par leur apparition, s’insinuèrent à travers les filtres de ma volonté, me liant à eux dans un rapport inimaginable. Comme une escadrille d’aiguillons aiguisés, les corrosifs caractères, imprimés dans cet ouvrage inqualifiable, mitraillèrent ma rétine. Ils perforèrent ma membrane jusqu’à mon encéphale et y injectèrent plusieurs millilitres d’encre noire indélébile.
Propos recueillis par Ghislaine Sathoud
Le 14 juin 2012.