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Les patriotes et la souveraineté citoyenne

par
écrivaine

Le « printemps érable » du Québec a fait fleurir maintes discussions salutaires pour notre bien-être collectif, et celle sur l’état de notre nation, démocratiquement parlant, a été l’une des plus importantes d’entre toutes, malgré les lieux communs qui font surface pendant de tels remue-méninges. Dans ce domaine comme dans bien d’autres, l’expérience du passé ouvre des pistes de réflexions insoupçonnées pour dépoussiérer des concepts dont l’application est beaucoup plus large que la définition étroite et figée que nous lui avons donnée au fil du temps.

Qu’est-ce qu’une démocratie? On pourrait en jaser pendant une éternité sans réussir à s’entendre, tellement l’utopie est difficilement réalisable. Mais les pratiques démocratiques, elles, sont plus aisément définissables, de même qu’un idéal de citoyenneté. Il fut un temps où le Québec, comme bien d’autres nations, se garrochait avec un empressement édifiant dans l’aventure de la souveraineté. Cette période, vue depuis mon 21e siècle où nos institutions démocratiques ne semblent plus que l’ombre d’elles-mêmes, m’apparaît comme un âge d’or de la souveraineté citoyenne. Une plongée dans cette époque agit comme un bain qui, pour peu qu’on ait l’esprit ouvert, rafraîchit diablement les idées!

Au début du 19e siècle, alors que les valeurs aristocratiques et leur cortège de privilèges tenaient encore le haut du pavé, les législatures étaient considérées comme des temple des libertés, et il allait de même en Bas-Canada. Comme un plaisantin l’écrivait dans La Minerve du 30 janvier 1834, les adulateurs du pouvoir avaient soin de clamer la maxime préférée des gouvernements monarchiques à tendances despotiques : que veut le Roi, veut la loi. À l’opposé, les hommes à principes voulaient – à défaut d’une république – vivre sous un gouvernement appliquant cette maxime : que veut la loi, il faut que le Roi veuille.

Dans cette optique, le peuple canadien – comme les habitants de la Province of Quebec étaient alors nommés – surveillait étroitement ses intérêts, confiés à ceux qu’il avait élu en Chambre d’Assemblée. Cette dernière était son mandataire; si les commettants acceptaient de se départir d’une certaine part de leurs avoirs au profit de la caisse commune, c’était à la condition qu’on leur rende des comptes. Alors, cette part était minime; il n’y avait pas encore d’impôt direct et c’étaient des taxes et des perceptions diverses qui remplissaient les coffres. Et pourtant, la vigilance était de rigueur, d’autant plus que cet argent passait fréquemment du trésor public à des poches particulières, grâce aux bons soins d’une caste de hauts fonctionnaires, protégés du gouverneur et de son entourage d’hommes puissants.

Cette vigilance s’articulait concrètement de bien des manières, mais en premier lieu sur l’estrade électorale. Il faut savoir que la plupart du temps, les hommes qui acceptaient de se présenter comme députés ne faisaient que répondre aux souhaits pressants des membres de leur communauté, lesquels affirmaient ne connaître personne de mieux qualifiés qu’eux pour remplir cette tâche. Il n’y avait pas encore de salaire attaché à cette fonction; au contraire, le député s’exposait à des débours pour vivre à Québec jusqu’à quelques mois par année.

Sur l’estrade électorale, le candidat devait faire une profession de foi politique. Il devait se positionner clairement par rapport aux grands enjeux de l’époque, qui peuvent se résumer à la lutte contre la corruption de l’élite au pouvoir, et il devait laisser cette profession de foi le guider pendant toute la durée de son mandat. Les députés patriotes qui ont constitué la majorité de la chambre basse, pendant les années 1830, étaient des hommes à principes qui ne considéraient pas cette fonction comme une sinécure. Ils étaient des militants, des battants, des pourfendeurs de l’injustice et de la perversion.

Peut-on en dire autant de nos jours? Quand on réfléchit à la « crise sociale » des derniers mois au Québec, la réponse frappe de plein fouet. D’autant plus si on a été élu sous la bannière du Parti libéral du Québec… Comme l’a si bien écrit le chroniqueur Marissal (La Presse, 4 juin 2012), nulle voix parmi les « juristes, avocats, recteurs et anciens journalistes » qui constituent autant de députés libéraux ne s’est élevée pour contester la pertinence de la loi 78 et remettre en cause la gestion du conseil des ministres dans toute l’affaire de la hausse des frais de scolarité, et plus largement, pour questionner la philosophie qui justifie l’entêtement sans bornes du gouvernement québécois actuel.

À l’orée du 19e siècle, les habitants du Bas-Canada ne l’auraient pas entendu de cette oreille. Un tel mépris de l’opinion publique n’aurait pas été toléré. Si un député déviait des principes qu’il avait professé sur l’estrade électorale, ou s’il entérinait, par son silence, des abus de pouvoir, il risquait fort d’être désavoué. Tout d’abord, à la fin de chaque session parlementaire, le député revenait vivre parmi ses commettants, qui étaient généralement des hommes libres, même à cette époque de « bourgs pourris », de patronage et de corruption électorale. Cette proximité était un frein puissant aux compromissions de toute nature.

Mais surtout, les hommes abilités à voter tenaient des assemblées, au cours desquelles ils adoptaient des résolutions pour guider ceux qui acceptaient de les représenter en parlement. En temps de crise, comme dans la foulée de la fusillade de mai 1832, ces assemblées étaient fréquentes. Pendant ces années-là, une structure mouvante, mais solidement enracinée, s’est mise en place, formée à la base par des comités de paroisses, et qui envoyaient des délégués au comité central du comté électoral. Dès l’automne 1832, il y a même eu une Confédération des Cinq Comtés recouvrant toute la région du Bas-Richelieu, afin de donner davantage de poids aux récriminations des Canadiens. Cette association élargie a perduré jusqu’à la fameuse assemblée de Saint-Charles d’octobre 1837, au cours de laquelle un sixième comté s’est greffé.

Au cœur de ce magnifique mouvement : un sentiment aigu de justice sociale, comme du rôle que la Chambre d’Assemblée du Bas-Canada avait à jouer pour faire prospérer cette valeur alors chère au cœur des Canadiens. Qu’en reste-t-il au 21e siècle? Nos élus, sauf exception, sont des ronds-de-cuir, gestionnaires à la petite semaine, sauf pour nous faire gober des projets grandiloquents. Nos élus ne semblent plus servir à grand-chose, car l’État est une gigantesque machine qui fonctionne sans eux… Nous-mêmes sommes de bien tièdes commettants. Nous avons laissé grandir, entre eux et nous, un fossé de plus en plus large. Qu’est-il advenu des notions d’imputabilité et de responsabilité? De ce sentiment d’empathie qui devrait être à la base de tout engagement social?

Si vous voulez en savoir davantage sur une période de l’histoire du Québec aux pratiques démocratiques fascinantes, celle des patriotes, je ne peux faire autrement que de vous recommander chaudement mon plus récent roman, Le pays insoumis : Les chevaliers de la croix (tome 1).

6 juin 2012



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Il y a actuellement 3 réactions.

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À nos casseroles!
par Marie-Maude le 7 juin 2012

Ah!  Le meilleur geste démocratique collectif semble encore plus clairement être, au vue de cet article, d'élir une femme ou un homme  "du peuple".

 

 

Vive le Québec Libre !
par Claude Sicotte le 8 juin 2012

Merci ma cousine, je reviens à notre cause qui est l'indépendance du Bas Canada, devenu par la force le Québec, j'ai consacré plus d'un an de ma vie pour le financement du film 15 février 1839, ce qui fût fait, j'ai un bon instrument démocratique qui existe depuis 14 ans, une coopérative de solidarité, qui est sur la glace mais que je peux faire revivre en tout temps la COSACQ (COOPÉRATIVE DE SOLIDARITÉ DES ARTS ET DE LA CULTURE DU QUÉBEC)

À bientôt

Claude

 

Menbre des patriotes inconnu du pays insoumis.
par dragonvolant le 12 juin 2012

chere annemarie. je viens tout juste de terminer ton article .........jadere a 100% a ton article.intellectuellement je suis dans ta voie................yves

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La Chronique de Anne-Marie Sicotte, écrivaine

C’est en fouillant et en éclairant le passé qu’Anne-Marie Sicotte, romancière à succès, laisse libre cours à son insatiable curiosité pour l’âme humaine. Gratien Gélinas a été son premier sujet de recherche et, depuis, elle a publié une dizaine... (Lire la suite)

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