En 1989, le Canada s'était fixé comme objectif d'éliminer la pauvreté chez les enfants pour l'an 2000. Non seulement nous n'avons jamais atteint cet objectif, mais le taux de pauvreté chez les enfants est même plus élevé au Canada qu'il ne l'était alors.
En 2009, 13,3 % des Canadiens âgés de moins de 18 ans vivaient dans une famille dont les revenus étaient inférieurs à la moitié du revenu médian national, explique le rapport. Cette proportion est pratiquement identique à ce qu'elle était vingt ans plus tôt... en 1989.
C'est ce que nous révélait cette semaine la récente étude de l'UNICEF "Mesurer la pauvreté des enfants", qui compare leur état de pauvreté dans 35 pays riches. Selon l'étude, le Canada arriverait ainsi au 24e rang sur ces 35 pays en matière de lutte à la pauvreté chez les enfants.
Si ce résultat permet au pays de se classer devant des nations comme le Japon (27e avec 14,9 %), l'Italie (29e avec 15,9 %) et les États-Unis (avant-dernier avec 23,1 %), il le laisse toutefois bien en dessous de la moyenne des pays étudiés (11,5 %) et à des années-lumière des meilleurs, comme l'Islande (1er avec 4,7 %), la Finlande (5,3 %) et tous les autres pays d'Europe du Nord (7,3 % ou moins). L'Allemagne (8,4 %), la France (8,8 %), l'Australie (10,9 %) ou encore le Royaume-Uni (12,1 %) font aussi tous mieux que lui.
En fait, le portrait de la situation serait probablement plus sombre encore si les données les plus récentes ne remontaient pas à 2009. Cette absence de statistiques récentes sur les enfants pauvres est un signe du manque d'intérêt du gouvernement fédéral pour ce problème. On mesure chaque trimestre le rendement financier des entreprises; ne serait-ce trop exigé que d'accorder plus d'intérêt aux enfants - et aux femmes et aux hommes - qu'aux entreprises?
Comme le rappelait aussi les Nations Unies plus tôt ce mois-ci dans un rapport sur le droit à l'alimentation, la pauvreté et la faim sont bel et bien des réalités canadiennes. Quelques 900 000 Canadiens comptent chaque années sur les banques alimentaires pour se nourrir et l'écart entre les riches et les pauvres ne cesse de croître.
Or, on sait que les politiques publiques ont un impact important sur la prévalence et la gravité de la pauvreté dans les familles et chez les enfants. C'est d'ailleurs le cas au Canada, où la fiscalité, les prestations pour enfants et autres services aux familles permettent de réduire le taux de pauvreté des enfants de 25,1 % à 13,3 % une fois passés les impôts et transferts. Aux États-Unis, l'action timide de l'État ne permet de diminuer le taux de pauvreté que de deux petits points de pourcentage (de 25,1 % à 23,1 %). En Irlande - qui a fait de la lutte contre la pauvreté des enfants une priorité absolue -, on parvient, au contraire, à faire tomber le taux de pauvreté de plus de 40 % à seulement 8,4 %. Ces plus ou moins grands succès dépendent de l'efficacité des moyens adoptés, mais aussi des ressources financières qui y sont consacrées, note l'UNICEF. Or, avec l'équivalent de seulement 1,4 % de son produit intérieur brut (PIB), les dépenses publiques canadiennes en faveur des familles apparaissent bien chiches en comparaison de la moyenne de 2,2 % dans les 35 pays étudiés et les 3,7 % consacrés par la France.
Cette situation n'est pas acceptable et il est temps pour le Canada de faire des enfants sa priorité lors de la planification des budgets et de l'utilisation des ressources nationales, en "périodes économiques difficiles" ou non. Il en a largement les moyens comme le rappelaient les Nations Unies dans leur rapport publié au début de mai.
Le gouvernement Harper nous indique clairement mois après mois qu'il a comme véritables priorités l'aide aux grandes entreprises et l'augmentation soutenue des dépenses militaires. Il devra comprendre sous peu que ces valeurs ne sont pas celles des Québécois et des Canadiens et qu'à défaut de se soucier du sort des siens et des enfants de son pays il risque de ne plus "régner" trop longtemps!
Le 1er juin 2012