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Une cérémonie en souvenir des victimes israélo-palestiniennes

par Einat Levy

Jérusalem – Yom Hazikaron, la Journée israélienne en souvenir des soldats morts au combat et des victimes de crimes de haine a lieu chaque année entre la Journée en mémoire de l’extermination et de l’héroïsme, et le jour anniversaire de l’Indépendance. Ces dates dessinent une trajectoire importante de l’histoire du peuple juif et de l’Etat israélien marquant le passage de la destruction à la rédemption.

La Journée du souvenir est une de ces dates dans l’histoire juive israélienne, à l’occasion de laquelle le temps s’arrête afin que chacun puisse prendre part aux différentes cérémonies qui se tiennent à travers le pays.

Depuis sept ans, une cérémonie alternative du souvenir israélo-palestinienne a lieu le soir de Yom Hazikaron. Contrairement à la commémoration traditionnelle qui ne rend hommage qu’aux victimes israéliennes, la cérémonie conjointe célèbre les victimes des deux camps du conflit et, en mémoire de ceux qui ont péri, demande que le conflit se termine. Cette année, pour la première fois, j’ai décidé de participer à la cérémonie alternative. Le choix n’a pas été facile.

Mais pourquoi est-il aussi difficile de commémorer ensemble les victimes israéliennes et palestiniennes ? Je me suis heurtée à un dilemme : assister à la cérémonie conjointe ou continuer de ne pas partager la partie la plus « sacrée » de ce conflit. Mon intuition me disait qu’il était encore trop tôt pour prendre part à la cérémonie alternative, ma raison, que des victimes des deux camps voulaient que ce conflit se termine.

Qu’avais-je à craindre, au juste ? Peut-être avais-je peur de ne plus me sentir appartenir à la société juive d’Israël. Peut-être avais-je peur de reconnaître que nous ne sommes pas uniquement les victimes des Palestiniens, que nous sommes aussi responsables des injustices qui leur sont infligées. Une cérémonie conjointe reconnaît une souffrance commune. Elle reconnaît aussi le fait que nous sommes des victimes tout autant que nous en faisons.

Une douzaine de manifestants nous attendaient à l’entrée. Ils s’exclamaient « mort aux gauchistes », et « traîtres, partez ! », le drapeau israélien ondoyant au milieu de leurs cris. Je me suis demandé comment il était possible que ce même drapeau puisse être le symbole d’idées aussi opposées. Au début, je n’arrivais pas à les regarder dans les yeux. Mais finalement, la curiosité a eu raison de moi ; je me suis alors rappelée qu’il existait des gens pour qui cette cérémonie était un crime abominable.

Les sociétés qui font face à des conflits sans issue recourent souvent à un paradigme qui se fonde sur une distinction claire entre le bien et le mal. Et la cérémonie nationale illustre bien cette perception. Selon cette vision du monde, nous sommes d’éternelles victimes confrontées aux terroristes et aux Arabes.

De nombreux faits et expériences m’ont pourtant amenée à adopter un point de vue plus complexe. Par le passé, je m’opposais également à une cérémonie israélo-palestinienne. Je le faisais intuitivement, en dépit de l’absence de raison logique pour ne pas le faire. Je sais aujourd’hui que mon intuition était fausse.

La cérémonie alternative a eu lieu à Tel Aviv et elle a rassemblé 2000 personnes. Malheureusement, de nombreux Palestiniens qui souhaitaient s’y rendre ont dû renoncer à le faire, en raison de la fermeture de points de contrôle en Cisjordanie.

L’événement s’est déroulé en hébreu et en arabe, avec des intervenants Israéliens et Palestiniens. Des familles endeuillées des deux camps ont courageusement partagé l’histoire de leur perte avec le public. « Nous devons cesser de glorifier et justifier la mort. Nous devons cesser de rendre légitimes les guerres, les attaques terroristes, la violence et les injustices de l’Occupation », affirme Ayelet Harel, une intervenante israélienne qui a perdu son frère aîné durant la guerre du Liban en 2006. Moira Djilani, une femme palestinienne qui a perdu son mari en 2010 choisit de sanctifier la vie en ces termes : « La tragédie de la vie n’est pas la mort en soi. C’est le fait d’accepter la mort autour de nous en restant les bras croisés. »

La logique du conflit est orientée vers la survie. Or, la tendance naturelle des êtres humains ne consiste pas à préférer la mort à la vie. En essayant de résoudre cette dissonance, la cérémonie nationale glorifie l’héroïsme et place ceux qui ont péri dans des guerres au sommet de la pyramide de la morale sociale. Cette glorification vise à assurer que la société dans son ensemble soit prête à faire des sacrifices pour défendre l’Etat.

En rendant hommage à l’héroïsme d’un camp, c’est aux sentiments de colère et à l’envie de vengeance que l’on touche, ce qui a pour conséquence de perpétuer le conflit. La cérémonie alternative, en revanche, commémore de manière équitable les victimes. Son message principal : le caractère sacré de la vie est bien supérieur au caractère sacré de la mort.

J’ai quitté la cérémonie en me sentant plus forte. Cette année, contrairement aux années où j’assistais à des événements traditionnels, je ne me suis sentie ni dévastée, ni désespérée, ni effrayée, mais soutenue dans la conviction que nous pouvons nous unir pour empêcher la commémoration de futures victimes et mettre une fin au conflit – en hommage à ceux qui ont sacrifié leurs vies.

***

Einat Levy a servi en tant qu’officier dans les Forces de défense d’Israël pendant cinq ans. Elle poursuit actuellement un Master à l’Université hébraïque de Jérusalem et participe au Forum de familles israéliennes et palestiniennes endeuillées.
 

© Common Ground -


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Il y a actuellement 2 réactions.

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Bravo, Einat!
par Neil Caplan le 23 mai 2012

These activities demand bravery and personal commitment, and should be encouraged by us all.

Thank you :)
par Einat le 21 août 2012

Thank you Neil,

I've just seen your reply :) and I agree with you, when you said that itshould be encouraged by all. personally I can tell you I've been having a very complex debate with some of my friends about the the proper age in which such a ceremony should be held. should it be embraced in general or only after we consolidated our identity enough till we are strong enough to challenge our perceptions? or should it happen before specially before every 18 years old people is being drafted to the army, so we could at least make sure we acknowledge the humanity of the other side before that, and not just move directly from visiting the etermination camps in Poland to holding weapons in uniforms.

so maybe my answer is already clear :)

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