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Le journal Le Monde et «L’Anglais», le dernier roman de Denise Bombardier

par
Ph.D., Université de Montréal, Directeur, Tolerance.ca®

«L’Anglais», le dernier roman de l’auteure et commentatrice québécoise, Denise Bombardier, publié chez Robert Laffont à Paris, fait l’objet d’une critique virulente dans le journal Le Monde.

«L'Anglais nous est vendu comme un roman, mais ne nous laissons pas berner, nous avertit Éric Chevillard dans sa chronique du prestigieux journal parisien, Le Monde.  C'est du vécu, poursuit-il. Du vécu à la petite semaine, du vécu heure par heure, du vécu non cuvé : tout le morceau dans son jus. La littérature, il faut la comprendre, a choisi de ne pas s'en mêler. Par pudeur sans doute, la narratrice ne nous livre que ses initiales : D.B. Le lecteur se perd en conjectures (David Bowie? Dino Buzzati? Daniel Barenboïm?). A en croire la quatrième de couverture, nous allons lire un véritable conte de fées moderne qui prouve que le grand amour n'a pas d'âge !  Et, en effet, la vulgarité du slogan rend assez bien compte de la chose.»

Citant la narratrice du roman qui déclare que pour la première fois de sa vie, elle vivait l’amour en silence, Chevillard conclut : «Et sans doute eût-il été sage de persévérer dans ce non-dit et de laisser s'épanouir cet amour dans le secret des cœurs : il y avait là certainement un beau livre à ne pas écrire.» (1)

Et vlan !, à madame Bombardier si adulée dans le monde culturel québécois et si peu critiquée au Québec lors de la sortie de ses livres publiés en France. On est heureux pour certains auteurs québécois, également très lus au Québec et encensés par certains médias bien de chez nous, qu’ils ne soient pas publiés en France et qu’ils soient ainsi épargnés d’une lecture critique qu’on risque de poser sur leurs œuvres.

Car la critique littéraire, celle qui s’écrit dans nos grands journaux et qui commente les oeuvres québécoises, semble avoir des liens trop étroits aujourd’hui avec les réseaux de distribution et d’édition pour être en mesure d’être réellement objective, sans compter qu’elle suit aussi les courants à la mode et qu’elle craint les groupes de pression. Et dans un milieu journalistique et littéraire trop restreint, qui est propre au Québec, composé souvent en plus de pigistes dont les écrits ne doivent pas déplaire à leurs chefs de pupitre, on comprend que les «critiques littéraires» de chez nous n’osent pas trop se démarquer en se mettant à dos un auteur «reconnu». Dans une émission de télévision récente, un chroniqueur québécois précisait même qu’il se trouverait dans une situation embarrassante de critiquer un auteur alors qu’il risquait de le côtoyer dans un dîner d’amis.  

On se souviendra d’ailleurs d’un certain article de l’ancien président de l’Union nationale des écrivains québécois et ex-chroniqueur littéraire à La Presse qui, dans ce même journal, osa critiquer vertement un autre ouvrage de madame Bombardier auquel il attribuait la visibilité dans les librairies à une entreprise de marketing plutôt qu'à ses qualités littéraires. On sait que suite à cette critique, le chroniqueur dut abandonner sa collaboration hebdomadaire à La Presse…     
  
Cela dit, et quoique cela soit rafraîchissant de voir – enfin ! – une icône québécoise critiquée par un écrivain – un vrai !, Chevillard est l’auteur de plus de trente livres -, on est déçu toutefois que le chroniqueur du Monde connaisse si peu les auteurs québécois. Il regrette que Réjean Ducharme et Gaétan Soucy publient si peu ces derniers temps. Il cite L'Avalée des avalés (paru chez Gallimard en 1966) et  La Petite fille qui aimait trop les allumettes (Boréal, 1999). Et il nomme aussi Olivier Kemeid, qui est plutôt un dramaturge qu’un romancier. Mais pas un mot sur Dany Laferrière, Catherine Mavrikakis, Perrine Leblanc, Nicolas Dickner…          

Quant à madame Bombardier, rappelons à son crédit que dans sa chronique au journal le Devoir, elle pose chaque semaine un regard aiguisé et très critique sur la société québécoise. 

Note

1. La Chronique d’Éric Chevillard,  Dans le précipice,  Le Monde, vendredi 18 mai 2012, p. 8. (Introuvable sur le Net.)

21 mai 2012



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Le Bloc-Notes de Victor Teboul

Victor Teboul est écrivain et le directeur-fondateur du magazine en ligne Tolerance.ca ®, fondé en 2002 afin de promouvoir un discours critique sur la tolérance et la diversité. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont des romans et des essais, et de nombreux... (Lire la suite)

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