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France: Le "duel" au débat de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle de 2012

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le 2 mai 2012, les Français avaient rendez-vous avec le débat de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle entre les candidats Nicolas Sarkozy et François Hollande. Un ''duel'' qui a tourné à la défaveur du président sortant. L’homme de gauche a quant à lui montré combien il ne correspondait pas à l’image dans laquelle voulait l’enfermer la droite. Ruinant l'avant dernière chance du chef de l’UMP de succéder à lui-même.

Au soir du dimanche 22 avril, jour du premier tour de l’élection présidentielle de 2012, le président sortant a assisté à l’échec de sa stratégie électorale. Il n’a donc pu bénéficier de l’effet de la prime du sortant. Son adversaire socialiste lui a volé la vedette. Pour inverser les tendances révélées par les enquêtes d’opinion, le candidat Sarkozy devait à tout prix sortir gagnant du "duel" cathodique qui allait l’opposer, le 2 mai, à François Hollande.

Un "duel" à l’avantage de "l’homme normal"

À quatre jours du scrutin, les Français avaient rendez-vous avec une tradition de l’élection présidentielle. Le débat télévisé animé par les journalistes David Pujadas et Laurence Ferrari a vu les candidats Nicolas Sarkozy et François Hollande s’affronter pendant un peu plus de deux heures et demie. Avec en prime plusieurs surprises de taille.

Les partisans de Nicolas Sarkozy s’attendaient à ce que leur "champion" fasse mordre la poussière à celui que le président sortant ne cessait de dépeindre, non sans délectation, de "nul". Ils pensaient que son agressivité et son énergie débordante allaient lui permettre de dominer le débat cathodique et de combler ainsi son retard.

En sous-estimant son concurrent, le président sortant s’était enfermé dans le piège de l’autosatisfaction. Se privant par conséquent de bien préparer le débat. Malgré cette posture arrogante, le candidat de l’UMP donnait, à son corps défendant, l’impression d’avoir intégré, mentalement, la défaite à venir. Il avait d’abord multiplié les appels du pied à l’électorat du Front national. D’ailleurs, le fait de pousser chaque jour un peu plus loin la "droitisation" de sa campagne pouvait en quelque sorte être interprété comme un aveu d’impuissance à contrer le concurrent socialiste.

Ensuite, le langage corporel. Face à un concurrent socialiste assis droit au fond de son siège, signe d’assurance, le chef de la droite se tenait sur le bord de sa chaise, sur la défensive, l’air tendu et inquiet. Au point de faire un lapsus, en parlant de son adversaire, «Il a dit qu’il serait un président extraordinaire si les Français le choisissant» (sic) (1).

Enfin, l’homme de gauche prenait les plis de la posture présidentielle quand le président sortant faisait piètre figure.

À coup sûr, François Hollande a été la révélation du débat. À la satisfaction de l’électorat de gauche. Plusieurs dirigeants socialistes et sympathisants du parti de la Rose craignaient qu’il ne trébuche, qu’il s’enferme dans un des pièges que devait lui tendre le président sortant, ou pire qu’il ne s’effondre... Mais il n’en était rien!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour s’imposer face au chef de la droite, l’homme de gauche devait atteindre trois objectifs essentiels. D’abord, éviter de se laisser dominer par lui. Ensuite, montrer qu’il maitrisait ses dossiers. Enfin, montrer (par conséquent) qu’il correspondait au profil de la fonction présidentielle.

Le concurrent conservateur a tenté un moment de jouer au maître face à un écolier. Mais,  c’était sous-estimer la combativité du député de Corrèze. Celui-ci lui a non seulement retourné le "compliment" à plusieurs reprises, mais en plus chaque fois que le président sortant assénait un chiffre, il le contestait aussitôt. Privant son adversaire de tout espace. Aussi, les différentes manœuvres destinées à faire sortir l’homme de gauche de ses gonds se sont révélées vaines. La démoralisation du chef de l’UMP était tel qu’il a donné l’impression, vers la fin du débat, d’être absent. Son concurrent en a profité pour déclamer, tranquillement, son long propos "Moi, Président de la République, je serais…". S’il n’a pas réagir à ce qui avait toutes les apparences d’une annonce de rupture avec son style et sa vision de gouvernance, c’est peut-être qu’il s’était déjà résigné à la défaite. On était donc loin de la performance du candidat Sarkozy en 2007 face à la candidate de "la saine colère".

François Hollande devait ensuite convaincre les électeurs qu’il maîtrisait ses dossiers notamment en matières économique et sociale. C’était crucial pour lui dans la mesure où il partait avec le handicap de n’avoir jamais été ministre. Exercice cathodique visiblement réussi. Pour enfoncer le clou, il s’est servi des différentes parties du débat pour se montrer impitoyable avec les approximations du président sortant et le renvoyer au mauvais bilan de son quinquennat (et même aux cinq années en arrière où il était, à plusieurs reprises, ministre de Jacques Chirac). Cette méthode lui a permis à la fois de rendre son projet plus crédible et de miner un peu plus la posture présidentielle d’un adversaire dépeint comme déconnecté de la réalité des Français: «Vous êtes toujours content de vous, ce qui est d’ailleurs extraordinaire. Quoi qu’il arrive, quoi qu’il se passe, vous êtes content. Les Français le sont moins mais vous, vous êtes content.»

Pour faire échec à ce plan, Nicolas Sarkozy a vainement tenté de riposter ou de se servir de déclarations de camarades socialistes défavorables à plusieurs axes du projet du candidat socialiste, dont la TVA sociale et le contrat de génération. Mais celui-ci a tourné en dérision cette démarche.

Pour pouvoir convaincre les électeurs de sa présidentiabilité, François Hollande devait rapidement prendre l’ascendant sur son adversaire au moment du débat. D’où son empressement, d’entrée de jeu, à tenter de l’amener sur son propre terrain.

C’est sur les questions de l’immigration que Nicolas Sarkozy paraissait plus à l’aise que son concurrent. L’air décomplexé, il n’a épargné aucun sujet susceptible de lui attirer des voix frontistes: la viande halal, la burqa, la laïcité, le communautarisme, l’immigration illégale, la "régularisation massive" des sans-papiers, le regroupement familial, le vote des électeurs non-Européens aux élections locales, etc. Mais pour ne pas laisser son adversaire se tirer à bon compte sur ce dossier crucial, le chef de gauche a montré combien son projet était loin de correspondre à l’image dont se fait son adversaire.

Avec son slogan du "changement, c’est maintenant", François Hollande a défini son adversaire comme un homme du passif. En le contraignant à la défensive, il l’a obligé à passer le clair du débat à critiquer le projet du socialiste au lieu de développer le sien.

À en croire le favori des sondages, son adversaire serait incapable d’assumer ses responsabilités advenant sa réélection. Il lui a également reproché son absence d’autocritique et son autosatisfaction au moment même où la situation économique et sociale du pays n’était pourtant pas reluisante. «En fait, vous n’avez jamais tort, vous avez toujours raison!» Et pour enfoncer le clou: «Avec vous, c’est toujours la faute des autres. Très simplement, ce n’est jamais de votre faute. Vous trouvez toujours des boucs émissaires.»

Face à un concurrent accusé d’avoir "opposé" et "divisé" le peuple français durant son quinquennat («Si vous avez le sentiment que, pendant cinq ans, vous avez rassemblé les Français et que vous ne les avez pas opposés, divisés, je vous donnerai quitus. Mais je sais que les Français n’ont pas eu ce sentiment»), le chef socialiste s’est présenté comme un candidat du rassemblement de «tous les Français». «Je n’oppose pas les vrais travailleurs et les faux, les salariés du public et du privé. Nous sommes tous français.»

Si le président sortant paraissait excédé, M. Hollande a fait montre d’un calme olympien.

Lors de ce débat, la stratégie sarkozienne s’est révélée inefficace à contrer la marche du leader socialiste vers les allées de l’Élysée. À la grande surprise de plusieurs de ses camarades.

**

Le candidat Nicolas Sarkozy comptait sur le débat télévisé pour tenter d’inverser les tendances observées jusqu’alors. Mais il s’est montré incapable de déstabiliser son concurrent. François Hollande a quant à lui su profiter du "duel" cathodique pour imposer son rythme à son débatteur et l’a amené sur son propre terrain. Le favori des sondages a ainsi pu marquer les esprits de nombreux téléspectateurs en y distillant sa présidentiabilité.

6 mai 2012



1)- Pour lire la transcription du débat entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, voir:

http://francoishollande.fr/actualites/script-du-debat-entre-francois-hollande-et-nicolas-sarkozy-le-2-mai/


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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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