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France: Scénarios du premier tour de l’élection présidentielle de 2012

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le 22 avril 2012, un peu plus de 44 millions de Français inscrits sur les listes électorales sont attendus dans 85 mille bureaux de scrutin pour voter en faveur d’un des dix candidats à l’élection présidentielle. Au soir de la journée du vote au premier tour, un de deux scénarios examinés ici aura la faveur de ces électeurs.

Le dimanche 22 avril 2012, la France vote. L’enjeu est de taille. Reporter au pouvoir le président sortant, Nicolas Sarkozy,  pour cinq ans supplémentaires, ou permettre à un de ses neuf concurrents de devenir le septième président de la Ve République. Le bilan du président-candidat (UMP) en politique domestique est loin d’être reluisant. Sous son mandat, la France s’est enfoncée dans la crise économique. Sa dette publique a augmenté en cinq ans de 500 milliards d’euros. Des agences internationales de notation, dont Moody’s, ont baissé la cote française de triple A à AA+. Cette décote de la note française rend le crédit sur les marchés internationaux plus onéreux et dément les promesses du président sortant de garder la cote nationale intacte. Les chômeurs présentent presque un million de plus. Poussant de plus en plus de jeunes et de cadres bien formés ou expérimentés à s’expatrier aux quatre coins de la planète. Le pouvoir d'achat et la croissance, deux thèmes-phare de la campagne sarkozienne en 2007, ont connu une stagnation. La tendance des délocalisations d’entreprises s’est accélérée. Le bilan en termes de sécurité publique et de lutte contre l’immigration illégale est mitigé. Les revenus élevés et les grosses fortunes ont été choyés au moment où la classe moyenne voyait son fardeau fiscal s’alourdir…

Pour inverser la tendance qui se dessine de sondage en consultation et qui le donne perdant au second tour, le chef de la droite dite républicaine n’a pas hésité à rejouer le coup de 2007. Il s'est servi de questions comme l’insécurité ou la lutte contre l’immigration illégale… dans l’intention de séduire encore une fois l’électorat de l’extrême droite. Mais depuis 2007, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts... Au lieu de voter à l'époque en faveur de Jean-Marie Le Pen, le chef du Front national (FN), de nombreux électeurs de cette formation xénophobe d’extrême droite avaient préféré faire acte de vote stratégique. Ils avaient donc choisi le candidat de droite le mieux placé pour se faire élire et dont des accents du discours politique leur rappelaient le leur. Cela s'appliquait au profil de M. Sarkozy.

Cinq ans plus tard, cet électorat s’est senti trahi par les promesses non-tenues du candidat Sarkozy. Aussi, la succession dynastique bien orchestrée à la tête du FN, l’arrivée par conséquent à sa direction de Marine Le Pen, la fille du leader historique frontiste, et le succès enregistré de sa stratégie de dédiabolisation de la formation d’extrême droite ont convaincu cet électorat de retourner au Front.

Pour séduire de nouveaux électeurs et garder les anciens, la campagne de Marine Le Pen est faite d’un mélange de thèmes traditionnels et de sujets nouveaux. À titre d’exemple, la lutte contre ce qui est habituellement présenté comme une déferlante immigrante menaçant une identité française prétendument éternelle et non-changeante côtoie un plaidoyer en faveur des thèmes de la dé-mondialisation de la France et donc de la sortie de la zone Euro et le retour du franc français, et de la défense de la laïcité, de l’identité et de la nation face aux menaces mortelles que seraient le multiculturalisme et l’islam. Le succès politique du vrai-faux débat sur la question de l’étiquetage de la viande hallal (et casher) donne à cet égard la mesure des progrès enregistrés au niveau de la lepénisation des esprits de nombreux membres de l’élite politique, intellectuelle et médiatique française.

Scénarios d’une élection présidentielle française

À deux jours de l’élection présidentielle, plusieurs sondages ont montré combien le taux d’indécis, notamment chez les jeunes, demeurait très élevé. Si le candidat-président peut, semble-il, compter sur l’appui d’une partie conséquente de l’électorat senior, les candidats des extrêmes (notamment Jean-Luc Mélenchon, leader du Front de gauche, et la frontiste Marine Le Pen) peuvent quant à eux compter sur un électorat jeune (notamment la tranche des 25 ans et moins) plus tenté par le vote contestataire. Un indice à la fois de l’insatisfaction de l’offre des partis traditionnels, dont le Parti socialiste, le MoDem et l’UMP, du désabusement de l’efficacité des formes traditionnelles de l’action politique, d’un sentiment diffus d’impuissance face à ce qui est perçu comme des lobbies et groupes économiques transnationaux tout-puissants.

Contrairement à ce qui s’est passé en 2002 et 2007, l’audience frontiste au sein de l’électorat populaire semble en 2012 menacée dans une certaine mesure par la campagne efficace du leader charismatique du Front de gauche. À la différence de sa famille d’origine, la gauche traditionnelle qui a abandonné des classes populaires en désarroi au Front, M. Mélenchon a fait le pari de leur reconquête. Il s’est également révélé efficace dans la séduction d’une partie de la jeunesse française.

Le candidat socialiste peut quant à lui, au moins au deuxième tour, compter sur le report du vote de tous ceux qui, désormais, épousent le mot d’ordre électoral du tout-sauf Sarkozy.

Le soir du dimanche 22 avril, il est fort probable que les urnes accouchent, au premier tour, d’un des deux scénarios suivants: soit c'est François Hollande qui arrive premier, soit c’est Nicolas Sarkozy.

Premier scénario. Hollande: 1er, Sarkozy: 2e

Depuis les six derniers mois, les différents sondages ont montré une constante: l’arrivée de François Hollande en tête de liste, devant le président-candidat. Si M. Sarkozy avait réussi à remonter la pente et à réduire l’écart qui le séparait de son adversaire socialiste, il est cependant demeuré incapable de le dépasser. Ni ses différentes sorties et appels au pied ni l’instrumentalisation politique de la peur et des drames de Montauban et de Toulouse n’ont pu inverser la lourde tendance reflétée dans les sondages.

Il est donc presque acquis, sauf miracle de dernière minute, de voir M. Hollande arriver en tête du premier tour de l’élection présidentielle devant son concurrent le mieux placé, à savoir M. Sarkozy.

Deuxième scénario. Sarkozy: 1er, Hollande: 2e

Le second scénario voudrait que le président sortant se succède à lui-même. S’il est vrai que plusieurs sondages montrent le coude-à-coude entre lui et son principal concurrent, il n’a pas pu le déclasser. À cela s’ajoute le fait qu’il s’est aliéné le vote frontiste qui lui avait permis en 2007 d’élargir le spectre droitier de son assise électorale et ainsi renforcer sa position face à la malheureuse candidate socialiste Ségolène Royal.

Pour ces raisons, on peut dès aujourd’hui envisager l’échec de ce scénario à la faveur du premier.

Le résultat du premier tour se révèlera décisif pour la suite de l’ambiance psychologique de la campagne présidentielle. Si M. Hollande arrive en tête avec une nette avance, alors le camp adverse aura beaucoup de difficulté à remonter la pente et l’on assistera à la débandade de ses troupes. Permettant aux socialistes de renouer, pour une seconde fois sous la Ve République, avec le pouvoir exécutif. Mais si d’aventure M. Sarkozy démentait les sondages, en arrivant en tête même d’une petite tête ou en se trouvant au coude-à-coude avec le socialiste, alors lui et son camp renoueraient  avec la magie de la campagne et redoubleraient de combativité pour garder l’Élysée.

Et l’hypothèse du ''Troisième Homme''?

Il reste deux inconnues de taille. D’abord, le nom du troisième homme (ou femme) de la liste. Ensuite, le nombre de ses suffrages.

Selon différents sondages, le nom de trois personnes revient régulièrement. Il s’agit à ce propos de Mme Le Pen (Front national) et de MM. François Bayrou (MoDem) et Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche).

Un Bayrou ou une Le Pen en position de ''Troisième Homme'' serait de manière variable une bonne nouvelle pour la campagne au deuxième tour des deux principaux candidats, MM. Sarkozy et Hollande.

L’hypothèse Bayrou avantagerait plutôt la candidature de Sarkozy que celle de Hollande. D’ailleurs, le président sortant n’a même pas attendu le lendemain du jour de l’élection pour inviter le chef du MoDem à le rejoindre. Si le centriste se rangeait derrière lui, le président sortant pourrait se montrer ''reconnaissant'' à son égard ainsi qu’à l’endroit de ses proches fidèles... Mais advenant l’hypothèse que le chef du MoDem se refuse à donner une consigne de vote en faveur du président sortant, le chef de l’UMP s’adressera alors directement aux troupes centristes tout en ''snobant'' leur chef officiel et ses proches lieutenants. Mais si M. Bayrou veut négocier en position de force son ralliement à M. Sarkozy, au soir du 22 avril, il aura tout intérêt à dépasser les 15% de votes. Autrement, le chef de l’UMP n’aura plus besoin de son appoint.

L’hypothèse Le Pen agirait dans les deux cas, certes de moindre mesure et selon le camp concerné, comme un repoussoir. À cela s’ajoute un autre élément d’appréciation. Si d’aventure, le score électoral de la fille dépassait celui du père, alors cela sonnerait comme un échec cuisant de la stratégie sarkozienne des cinq dernières années. Couplée avec l'éventuelle avance de M. Hollande au soir du premier tour (scénario no. 1), cette percée agirait comme catalyseur d’une mobilisation dépassant largement le cadre pluriel du ''peuple de gauche.'' Mais d’un autre côté, ce développement pourrait démotiver une partie de l’électorat du parti présidentiel et l’inciter à rester chez lui le jour du second tour.

L’apport de l’hypothèse Mélenchon à la réussite du candidat socialiste est contrasté. Si elle est en soi une bonne nouvelle pour la gauche en général (et donc le PS), tout dépendra du score du candidat du Front de gauche. Si celui-ci réussit à engranger plus de 15% des suffrages exprimés, alors il pourrait ''bousculer'' l’agenda de son ancien camarade et engranger davantage que prévu de gains pour ses alliés notamment lors des prochaines élections législatives de juin 2012. Autrement dit, le chef socialiste aura besoin d'un point de vue stratégique d'une percée de Mélenchon, mais pas très affirmée.

**

Sauf surprise de dernière minute, tout indique que la France s’apprête à renvoyer dans la vie privée le président ''bling bling.'' Si cette campagne a révélé de nouvelles figures politiques de stature nationale, dont M. Mélenchon, elle a également montré que, malgré le ''renouvellement'' de son leadership, le FN ne pourra se retrouver au second tour. Un recul par rapport à l’élection de 2002 qui avait vu le président Jacques Chirac affronter Jean-Marie Le Pen au second tour. Mais ce développement n’est pourtant pas le signe du chant de cygne de la formation xénophobe.

21 avril 2012

 


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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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