Cette création de danse contemporaine qui date de 2004, refait une tournée au Québec. Les Sœurs Schmutt et la compania de Danza y arte escénico de Colima (Mexique) se sont produites dans le jolie Théâtre Outremont où j’ai pu aller les voir début avril.
Ganas de Vivir, ce sont huit jeunes artistes qui dansent, chantent et s’accompagnent de percussions ou d’un accordéon et d’une guitare pour raconter leur intense envie de vivre, sachant que la mort rôde partout et prive trop souvent les vivants des êtres qui leur sont chers.
La mort doit-elle pour autant être personnifiée comme elle l’est sur la scène, à savoir en une créature à la fois comique et particulièrement inquiétante, pleine de cynisme en somme? C’est ainsi qu’on la rencontre couramment au Mexique où le syncrétisme des croyances précolombiennes avec le catholicisme produit un culte de la mort exacerbé. Dans la chorégraphie d’Élodie Lombardo, la Caterina, c’est-à-dire la mort, apparaît sous l’aspect d’une femme très masculine (interprétée par un homme) en robe moulante rouge avec un grand chapeau. À n’en pas douter, il s’agit d’une réinterprétation par les populations indiennes converties du Mexique de Catherine d’Alexandrie du culte catholique. Comme sa légende la disait très savante et très pure, la sainte remplit dans le monde chrétien à la fois le patronage des écolières et celui des jeunes vierges. Le 25 novembre, jour de sa fête, les filles qui n’étaient pas mariées à l’âge de 25 ans (un âge jugé tardif, il n’y a pas si longtemps) sortaient ce jour-là coiffées d’un grand chapeau couvert de fleurs… Mais le mois de novembre est aussi dans le culte catholique - et, auparavant, dans le culte des anciens celtes - celui de la mort et de la mise à mort. C’est ainsi qu’ont été conservées au début du mois de novembre, la fête des morts et celle de la Toussaint avec, comme une résurgence du passé, l’aujourd’hui très populaire fête de Halloween qui n’est reliée à aucune croyance religieuse définie mais qui appartient au répertoire des fêtes que beaucoup de monde (et en particulier les jeunes) célèbrent spontanément. La fête de Halloween est bien un carnaval des morts (comme le sont peut-être tous les carnavals) et j’en veux pour preuve les nombreux morts, sorcières, fantômes et autres monstres que l’on est maintenant habitué à voir déambuler dans les rues de Montréal ou d’ailleurs, dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, chaque année.
C’est ainsi que le spectacle Ganas de Vivir, en proposant un voyage dans ces cultes étranges et étrangers du Mexique, permet de réfléchir à des rituels pratiqués ici même au Québec. La troupe composée d’artistes québécois et d’artistes mexicains joue sur cet aller retour entre deux cultures différentes. En faisant se succéder de multiples scénettes dansées et parfois chantées, en silence ou sur des rythmes enlevés de musique mexicaine, ce spectacle donne à penser la fragilité de la vie et la nécessité de la traverser et de la vivre sans attendre. Le spectacle alterne entre rire et tragique, joie et mélancolie. Même la Caterina (à ne pas confondre avec l’ouragan Katrina, encore que celui-ci sévit en 2005 dans le Golfe du Mexique) prend cet aspect duel en faisant son apparition de dos mais dans un jeu scénique très habile où l’on se demande si elle n’est pas, en fait là, tout près, à nous regarder face à face…
Chorégraphe Élodie Lombardo
Interprété par Sonia Bustos Segura, Némo Venba, Cristobal Barreto Heredia, Frédéric Gagnon, Jean-François Légaré, Séverine Lombardo, Georgina Navarro Nunez et Myriam Tremblay.
Musique composée par Guido Del Fabbro.
Les 19, 20 et 21 avril 2012, le spectacle sera présenté à la Salle Multi de la Méduse à Québec. Renseignements : http://www.soeurschmutt.com/