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Syrie: Le second sommet des ''Amis du peuple syrien'' à Istanbul

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le 1er avril 2012, Istanbul a accueilli le second sommet des ''Amis du peuple syrien''. Une réunion destinée à accentuer la pression sur le régime tyrannique des Al Assad. Ce sommet a été l’occasion d’étaler encore une fois les divisions de la ''communauté internationale'' et les faiblesses de l’opposition syrienne.

Istanbul a accueilli le dimanche 1er avril, le second sommet des ''Amis du peuple syrien''. Y ont pris part 74 pays, dont les États-Unis, l’Union européenne et les pays arabes (à l’exception de la Syrie), en plus du Conseil national syrien (CNS), principal regroupement d’opposition au régime Assad. En prévision de la tenue de ce sommet, Damas avait fait deux déclarations. La première, le 27 mars, consistait à annoncer l’acceptation du plan Annan de sortie de crise. Le 30 mars, c’était l’annonce, en grande pompe, de l’écrasement de la révolte populaire, au moment même où la répression n’a pas baissé d’intensité dans plusieurs localités, dont Idlib et Homs. Faisant encore une fois de plus de nouvelles victimes. Et cultivant encore une fois à l’étranger la suspicion sur ses intentions réelles. C'est d'ailleurs dans ce sens que s'est exprimé la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton au sommet d'Istanbul.

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

La déclaration d’Istanbul des ''Amis du peuple syrien''

La déclaration d’Istanbul présente à la fois des avancées et des limites. Elle a privilégié les moyens de pression diplomatique et politique sur Damas. Mais elle est restée muette sur la question épineuse d’armer l’opposition.

Les ''Amis du peuple syrien'' ont d’abord «salué les efforts» déployés par Kofi Annan, l’émissaire spécial conjoint des Nations unies et de la Ligue arabe à Damas. Tout en affirmant leur soutien à «l'application intégrale de son mandat», ils ont appelé l’ancien secrétaire général de l’ONU à déterminer «une date limite» pour les prochaines étapes, incluant notamment l'application par Damas de son plan de sortie de la crise que traverse la Syrie depuis plus d’un an. Pour rappel, ce plan en six points prône *la mise en place d’un dialogue politique national, *la cessation de toute forme de violence par toutes les parties, sous supervision de l'ONU, *la fourniture de l'aide humanitaire aux zones affectées par les combats, *la libération des personnes détenues arbitrairement depuis le début de la crise, *la garantie de libertés politiques à tous les Syriens et *la liberté de mouvement des journalistes en Syrie.

Pour les ''Amis'', M. Annan devrait retourner devant le Conseil de sécurité de l'ONU «si les tueries continuent».

Si les ''Amis'' se sont montré impatients au niveau de l’agenda de la mission de M. Annan, c’est en raison du double jeu du maître de Damas. Depuis le début de la révolte syrienne, le président Bachar Al Assad n’a cessé de tenter de gagner du temps. Tout en faisant semblant de bonne volonté, ses forces de sécurité ont continué leur campagne de répression meurtrière à grande échelle aux quatre coins du pays. D’ailleurs, la Ligue arabe en sait quelque chose… D’où le dépit de son Secrétaire général. Après avoir fait montre d’une grande patience, M. Nabil Al-Arabi a fini par appeler les ''Amis du peuple syrien'' à exercer de fortes pressions sur le Conseil de sécurité pour qu'il prenne enfin des mesures «contraignantes» contre Damas.

La déclaration d’Istanbul a également reconnu le Conseil national syrien (CNS) comme «un représentant légitime de tous les Syriens». Une reconnaissance, certes cruciale mais, en deçà de ce qu’espérait l’importante délégation du CNS invitée à Istanbul. Son président Burhan Ghalioun désirait voir son mouvement jouir de la reconnaissance à titre d’unique représentant du peuple syrien.

Mais si elle n’a pas accordé ce type de reconnaissance au CNS, la déclaration d’Istanbul lui a offert une consolation de taille. Elle a invité tous les groupes d’opposition au régime Assad à se réunir sous l’étiquette de l’organisation de M. Ghalioun. Une invitation qui risque d’irriter, entre autres, au moins une partie de ceux qui avaient claqué la porte du CNS il y a quelques semaines. Sans parler du Comité de coordination national pour le changement national et démocratique et de factions kurdes qui ont refusé de signer une charte définissant leur vision de la Syrie post-Assad, une manière de refuser de reconnaître au CNS un rôle prééminent au sein de l’opposition.

Mais si elle a soutenu le droit de «la population syrienne à se protéger», la déclaration d'Istanbul a apporté deux précisions de taille à ce propos. D’abord, ledit soutien se limite aux «mesures légitimes» auxquelles le peuple peut recourir pour se défendre contre les forces de sécurité d'Assad. Ceci peut être interprété à la fois comme un désaveu implicite de la ''militarisation'' graduelle d’une partie de l’opposition, et comme un clin d’œil à une Russie toujours incontournable pour tout projet de résolution en Conseil de sécurité dans le dossier syrien. Ensuite, la finalité de ces mesures est de permettre à la population de «se protéger elle-même». Si cette formulation présente l’avantage d’être vague et élastique, elle indique l’absence du désir d’intervention étrangère militaire dans ce pays, malgré toutes les atrocités massives commises par les forces de sécurité damascènes.

La veille du sommet d’Istanbul, M. Ghalioun avait quant à lui appelé les ''Amis du peuple syrien'' à se prononcer en faveur d’armer les rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL). Mais devant l’opposition des États-Unis, du Canada, de l’Union européenne et de nombreux pays arabes (dont l’Irak), la déclaration d’Istanbul est restée muette là-dessus. À ce propos, le ministre canadien des Affaires étrangères John Baird a déclaré que son pays préfère donner «la priorité aux actions diplomatiques et humanitaires» et non à l’armement des rebelles. Un revers diplomatique pour d’importants États arabes comme l’Arabie saoudite et le Qatar. Mais cela n’empêchera pas, selon de nombreuses sources, ces deux puissances de verser aux caisses du CNS une contribution de 200 millions de dollars pour l’aider à payer les salaires des déserteurs de l’armée syrienne régulière et qui se battent contre les forces d’Assad sous la bannière de l'ASL depuis plusieurs mois. Ce qui a fortement déplu à l’allié irakien de l’homme fort de Damas. Le Premier ministre Nouri Al-Maliki n’a nullement caché son opposition au changement de régime en Syrie.

Lors de leur sommet, les ''Amis du peuple syrien'' ont également décidé la création d’un groupe de travail sur les sanctions à adopter contre le régime Assad. Il s’agira pour un tel groupe d’une part, de faire le tri de toutes les sanctions américaines, européennes et arabes contre Damas en vue de les harmoniser (pour plus d’efficacité) et de les durcir, et, d’autre part, de convaincre les 74 membres du groupe des ''Amis du peuple syrien'' de les appliquer. Au cours du mois d’avril, ce groupe devra se réunir à Paris, sous la présidence de la France.

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L’opposition syrienne a salué les «avancées» de la déclaration d’Istanbul. Mais les nombreux silences de cette déclaration ont montré l’incapacité, à ce jour, des opposants au régime Assad de vaincre les réticences et les inquiétudes de la ''communauté internationale'' à leur égard. La place prédominante des Frères musulmans au sein du CNS et le sectarisme d’une partie de l’opposition ne sont pas de nature à rassurer, entre autres, l’Occident, encore moins les minorités religieuses, confessionnelles et ethniques en Syrie. On craint également de voir les islamistes prendre le contrôle de l'État après la chute d’Assad dans un pays voisin d'Israël et avec des intérêts géopolitiques et économiques bien connus au Liban.

3 avril 2012



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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