«Il ne suffit pas d’avoir de bons textes de lois, des traités, des conventions, … pour réprimer ce crime, vous avez la responsabilité de veiller à sa mise en application, de protéger ce peuple que vous amadouez lors des élections et offrez- leur la paix. »
De nombreuses recherches s’accordent sur une vision commune des crises politiques : les populations civiles payent toujours le plus lourd tribut aux violences armées. Au bilan humain lourd s’ajoutent des séquelles multiformes, allant des plus banales au plus dramatiques. D’où la nécessité impérieuse de prendre soin des victimes.
Quant aux femmes, elles subissent ce qu’il convient d’appeler une persécution, laquelle est omniprésente aussi bien dans les moments paisibles que dans les périodes de fortes tensions politiques.
Voilà pourquoi — entre autres raisons — beaucoup d’acteurs qui s’investissent dans l’étude des guerres se préoccupent des spécificités féminines.
Quels mécanismes la « société civile mondiale » doit-elle mettre en place pour apporter du réconfort aux personnes ayant subi des abus, des humiliations portant atteinte à la dignité humaine ?
Nous avons réalisé un entretien avec Madame Christa Josiane Karirengera qui a bien voulu nous partager son expérience de professionnelle œuvrant auprès des survivantes des violences.
Tolerance.ca : En Kirundi, langue nationale de Burundi, « Seruka » veut dire « sortir de l’ombre ». C’est ce mot qui a été choisi pour la dénomination de votre centre destiné à accueillir les femmes victimes des viols de guerre. Quels sont les objectifs visés par votre association ?
Christa Josiane Karirengera : L’objectif global est de contribuer à l’amélioration de la prise en charge médicale, psychologique et légale des survivants de viol et des moyens de prévention des violences sexuelles.
Tolerance.ca : De prime abord, lorsqu’on découvre la signification de « Seruka », on a envie irrépressible de pousser plus loin la réflexion. Il existe plusieurs tabous en Afrique autour de la question de la sexualité : comment parvenez-vous à « sortir de l’ombre » la problématique du viol ?
Christa Josiane Karirengera : Le Centre Seruka dispose d’un service de promotion de la santé à travers lequel il organise des séances de sensibilisation communautaire, diffuse des messages à travers les médias, sur affiche sur les services qu’offrent le centre tout en insistant sur la permanence et la gratuité des services et le respect de la confidentialité et utilise le théâtre populaire et les témoignages des survivants déjà constitués en réseaux que les femmes et les promoteurs de la santé ont mis en place dans leur commune.
Tolerance.ca : Parlons donc des pensionnaires qui séjournent dans vos locaux, ces femmes qui ont subi des traumatismes psychologiques et physiques, sur quoi focalisez-vous dans vos interventions pour les aider à panser leurs blessures ?
Des infirmières expérimentées leur réservent un bon accueil déjà à leur arrivée dans le centre. Nous leur offrons un cadre d’expression ce qui facilite une mise en confiance durant tout le circuit de prise en charge : des entretiens individuels, ou de couple, familiale selon le besoin orienté vers la solution. La survivante contribue dans sa guérison. Il travail sur l’estime de soi.
Certains cas, avec des traumatismes sévères sont logés dans « l’abri», un refuge temporaire, ont régulièrement des séances d’écoute, de thérapies de groupe ou des séances de relaxation. L’équipe du centre peut faciliter des médiations communautaires pour une bonne réintégration ou une orientation dans d’autres associations selon les problématiques.
Tolerance.ca : Agissez-vous également au niveau de la sensibilisation des dirigeants politiques pour les mettre face de leurs responsabilités ?
Christa Josiane Karirengera : C’est un groupe cible avec lequel nous n’avons pas encore beaucoup travaillé mais qui est dans nos préoccupations durant cette année 2012.
Tolerance.ca : Quel message voulez-vous lancer à l’endroit des décideurs politiques locaux, régionaux et mondiaux ?
Christa Josiane Karirengera : Il ne suffit pas d’avoir de bons textes de lois, des traités, des conventions, … pour réprimer ce crime, vous avez la responsabilité de veiller à sa mise en application, de protéger ce peuple que vous amadouez lors des élections et offrez- leur la paix.
Tolerance.ca : Quelles informations souhaitez-vous que le public retienne ?
Christa Josiane Karirengera : À celle qui donne la vie au monde, qui enseigne l’amour et qui nourrit l’humanité, au lieu de l’aimer, de la respecter et de la remercier; vous la torturer, la déshabiller, lui priver des ressources, bref vous la tuer. Quel avenir de ce monde ?
Tant que la femme n’est pas libérée de la violence dirigée contre elle, le monde n’aura pas la paix.
Tolerance.ca : Qu’aimerez-vous ajouter pour clore cet entretien ?
Christa Josiane Karirengera : Pour mettre fin à ces violences, chacun doit agir.
Entrevue réalisée par Ghislaine Sathoud pour Tolerance.ca ®.
4 mars 2012