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Observatoire des droits humains

Printemps arabe: La rupture des relations diplomatiques entre la Tunisie et la Syrie

par
Rédacteur en chef adjoint, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

La Tunisie a décidé d’expulser l’ambassadeur syrien et de rompre ses relations diplomatiques avec son pays. Décision fustigées par l’opposition. Elle ouvre le bal à d’autres initiatives similaires ailleurs dans le monde arabe.

Le 4 février 2012, le président de la République de Tunisie, M. Moncef Marzouki, a pris la double décision d’expulser l’ambassadeur syrien et de rompre les relations diplomatiques avec son pays. Une partie des adversaires du nouveau pouvoir au Palais de Carthage a vu dans cette décision, jugée «hâtive», la grosse empreinte de pressions occidentales et arabes. Mais si cette décision rencontre un intérêt arabe et occidental évident à accroître l'isolement de Damas, elle n'est pas non plus étrangère à la vision morale des affaires arabes de celui qui était, il y a un an à peine, une persona non grata dans son pays pour avoir milité en faveur d’un changement démocratique pacifique. Il était également très critique de l’ordre autoritaire dans le monde arabe.

«La décision d'expulser l'ambassadeur syrien est définitive et irrévocable»

Jusqu’au vendredi 3 février, la Tunisie continuait d’observer les développements sur le terrain de la situation en Syrie. Sans sortir de son mutisme habituel. Le lendemain, deux décisions sont prises. D’importance! D’abord, l’expulsion de l’ambassadeur de Syrie. Ensuite, la rupture des relations diplomatiques avec son pays (dépêche de l’AP, 4 février 2012).

Lors d’un point de presse tenu le lundi 6 février, M. Samir Dilou, ministre des droits de l’homme et de la justice transitionnelle et porte-parole du gouvernement, a déclaré que cette double «décision est définitive et irrévocable»! Tout en affirmant haut et fort par la même occasion de tout go son caractère souverain puisque, à l’en croire, «la Tunisie ne reçoit aucune consigne de quiconque qu'elle soit américaine, européenne ou arabe» (cf. le site de l’agence officielle de presse tunisienne: www.tap.info.tn).

Plusieurs partis de l’opposition ont critiqué la décision du Palais de Carthage. Ils lui ont globalement fait trois reproches. D’abord, son caractère, à leurs yeux, «hâtif». Ensuite, son aspect de «première dangereuse dans l'histoire de la diplomatie tunisienne». Enfin, le risque qu’elle présente pour les intérêts tunisiens en Syrie.

Pour aller plus dans le détail, le Parti démocrate progressiste (PDP), principal parti de l’opposition, a, à titre d'exemple, reproché à la décision présidentielle d’être «inhabituelle» par rapport à la «traditions de la diplomatie tunisienne». Un positionnement situé, de son point de vue, dans le cadre de ce qu’il a qualifié de tentatives de plusieurs pays visant l’internationalisation du conflit. Une option que rejette pourtant M. Marzouki.

Le Pôle démocratique moderniste est quant à lui allé jusqu’à demander au Palais de Carthage de revenir sur sa décision.

Le Parti national tunisien a saisi cette occasion pour appeler le locataire du Palais de Carthage à «prendre l'initiative au sein de la Ligue des États arabes et de l'ONU». Autrement dit, tout en déniant le rôle de leadership que s’est donné son adversaire dans le dossier syrien, cette petite formation s’inscrit, sans le vouloir nécessairement, dans le cadre de la rhétorique du tyran de Damas puisque son communiqué appelle M. Marzouki à «proposer des solutions rationnelles à même de permettre une transition démocratique basée sur le dialogue entre les différentes parties syriennes»! Comment les rédacteurs de ce texte (et leur chef) ont-ils pu imaginer la possibilité, d’abord, de dialoguer entre une opposition objet d’une chasse à l’homme avec celui-là même qui cherche à l’éradiquer du paysage syrien? Sauf si l’opposition dont il s’agit ici est celle bien choisie par l'homme fort de Damas... Ensuite, comment imaginer la possibilité d’une «transition démocratique» avec une dictature déterminée à garder le pouvoir par tous les moyens encore à sa disposition, y compris la force brute?

Affirmer (du moins insinuer que) la double décision du Palais de Carthage serait le fruit d’instructions de puissances étrangères, traduit une conception traditionnelle du faire de la politique chez nombre de leaders de l’opposition tunisienne. C’est aussi minorer l’influence du facteur de la personnalité du leader sur la boîte noire du système politique et de ses décisions (output).

Le président Moncef Marzouki avait passé une bonne partie de sa vie à lutter contre l’autoritarisme dans son pays. D’ailleurs, il en avait payé un prix exorbitant, entre harcèlement des services secrets du dictateur déchu, détention et exil forcé. Il n’avait pas non plus ménagé ses critiques à l’endroit des tenants de l’ordre autoritaire arabe. Pour s’en rendre compte, il suffit de consulter ses publications et aussi ses interventions sur les plateaux du réseau de télévision satellitaire arabe Al-Jazeera. Lui ''gagnant'' au passage plusieurs inimitiés au sein du ''club'' autocrate. S’attirant au passage aussi le ferme soutien et des liens solides d’amitié au sein des démocrates originaires des pays arabes et d’ailleurs.

Fidèle à ce passé de militant actif, le nouveau président ne pouvait pas se permettre de fermer les yeux sur les crimes contre l’humanité que le tyran de Damas ne cesse de commettre contre un peuple livré à lui-même pour jeux diplomatiques de grandes puissances. Le fait d’avoir pu enfin retrouver les siens, dans l’honneur et l’enthousiasme, à l’issue d’une révolution populaire le menant de surcroît à la tête du nouveau pouvoir, a agi aussi sur sa décision. Mais pouvait-il agir autrement puisque la révolution tunisienne se voulait l’instrument du recouvrement par le peuple de sa liberté et de sa dignité, et a placé cette nation à l’avant-garde de la démocratisation du monde arabe. D’ailleurs, c’est dans ce sens que M. Marzouki s’était exprimé à l’antenne de la chaîne Aswat la veille de sa visite officielle au Maroc.

L’isolement diplomatique grandissant de Damas au sein du monde arabe

Lors d’une entrevue accordée à Shems FM, le ministre des affaires étrangères tunisien a affirmé que la double décision de son pays dans le dossier syrien a été prise après avoir consulté des membres de la Ligue arabe, dont l’Égypte et les pays du golfe Arabo-Persique. En faisant cette déclaration, M. Rafik Abdessalem cherchait visiblement à désamorcer les critiques accusant le gouvernement d’avoir agi sans consulter les autres pays arabes.

Mais il ne fallait pas attendre longtemps avant de se rendre compte qu’il n’en était rien.

Quelques jours plus tard, plusieurs pays de la Ligue arabe ont emboité le pas à la Tunisie. C’est pourquoi les six monarchies arabes du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont expulsé de leur territoire les ambassadeurs syriens et rappeler les leurs à Damas. La Libye est allée encore plus loin que les autres pays arabes. Elle a d’abord reconnu le Conseil national syrien (CNS) comme «seul gouvernement légitime en Syrie». Elle a ensuite permis, le 4 février, à cette principale organisation d’opposition de prendre le contrôle de l'ambassade de Syrie à Tripoli.

**

En prenant sa double décision dans le dossier syrien, la Tunisie a fait preuve de leadership courageux. Mais si ce geste a ouvert le bal de l’expulsion des représentants du régime Assad dans plusieurs pays arabes, il faudrait aller encore plus loin, en s’inspirant de l’exemple libyen en la matière. Autrement dit, l'ensemble des pays de la Ligue arabe devrait reconnaître officiellement le CNS comme seul représentant légitime du peuple syrien, expulser les ambassadeurs syriens encore présents sur leur territoire et les remplacer par des représentants  dûment mandatés par l'organisation présidée par M. Burhan Ghalioun. De cette manière, la Ligue arabe pourrait renforcer l’isolement diplomatique d’un régime qui n’hésite plus devant rien pour se maintenir au pouvoir. Au mépris de l'opposition déterminée de son peuple.

 

12 février 2012

 

 



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Plusieurs questions se posent
par Aron Schatten le 13 février 2012

Première question: quel a été le délai fixé à l'ambassadeur syrien pour quitter le territoire tunisien? Ses collaborateurs à l'ambassade disposent-ils du même délai?
2° Quelle a été la réaction syrienne?

3° L'ambassadeur tunisien a-t-il été rappelé ou expulsé de Damas (en contre-mesure)? Est-il rentré à Tunis ou aurat-il pris le chemin de Damas qui mène à Beyrouth afin d'y attendre la suite des événements? Quid quant à son personnel?
4° Quels sont les intérêts tunisiens en Syrie qui se pourraient trouver lésés?

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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef adjoint

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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