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Le mensonge d'al-Qaïda

par Ken Ballen

Washington – Durant mes six années de service en tant qu’enquêteur et procureur fédéral, j’ai eu l’occasion de m’entretenir longuement avec plus d’une centaine d’extrémistes et de terroristes ayant combattu au nom de l’islam.

J’ai documenté les témoignages d’un certain nombre d’entre eux, qui avaient quitté la voie de la violence après avoir vu la corruption des Taliban ou d’al-Qaïda.

Ahmad al-Shayea, un Saoudien âgé de 19 ans, est allé en Irak pour se battre contre les Américains, notamment après avoir vu sur internet les photos des prisonniers torturés à Abou Ghraib. Son récit est le témoignage d’une désillusion – désillusion que partagent de nombreux autres jeunes musulmans avec qui j’ai parlé.

En arrivant en Irak avec quarante-cinq autres futures combattants originaires de différents pays du monde arabe, Ahmad et ses camarades ont eu affaire à un leader d’al-Qaïda qui leur a demandé d’emblée de se porter volontaires pour commettre des attentats suicides. Aucun d’entre eux ne s’est proposé. Comme l’expliquera le jeune Saoudien par la suite, s’il était allé en Irak, c’était pour défendre l’honneur de l’islam sali à Abou Ghraib et pour lutter contre la torture pratiquée par les Américains, et « non pas pour mourir tout de suite dans un attentat suicide avant même d’avoir pu sauver une seule âme ».

Mais al-Qaïda ne l’entendait pas ainsi. Après quatre mois d’isolement et sans aucun entraînement, Ahmad est piégé par les leaders de ce mouvement. Ils lui font conduire un camion chargé d’explosifs sans qu’il le sache et font détonner le véhicule à distance, dans Bagdad.

Ahmad survit miraculeusement à l’explosion. Il prend conscience que « le mensonge, c’est al-Qaïda », pour reprendre ses termes. Désormais il ne veut plus qu’une chose, c’est montrer qu’« al-Qaïda n’œuvre pas pour l’islam et l’humanité » et dire aux gens :
« Je suis un exemple de l’enfer d’al-Qaïda… Je voudrais que tout le monde sache comment al-Qaïda m’a piégé pour tuer des innocents ».

Il y a d’autres cas comme celui d’Ahmad. Abdallah, autre jeune Saoudien, a lui aussi, combattu en Irak. Pour lui, le seul moyen de se marier avec sa bien-aimée c’était de le faire au paradis, étant donnée qu’il n’avait pas les moyens de l’épouser dans sa vie sur terre. Mais quand Abdallah a constaté de lui-même la duplicité et la corruption des leaders d’al-Qaïda et s’est rendu compte de leur terrible emprise, il s’est dit que leur lutte n’avait rien d’une « guerre sainte ».

Il en va de même pour Malik, réfugié afghan qui a grandi au Pakistan et épousé la cause des Taliban. Devenu même le voyant du Mollah Omar, leader des Taliban, qui lui demandait d’interpréter ses rêves, ce jeune homme se rendit compte, avec le temps, que les dirigeants du mouvement volaient du pétrole et d’autres marchandises.

Ces récits, parmi tant d’autres, témoignent de la façon dont al-Qaïda et les Taliban manipulent de jeunes musulmans idéalistes pour les faire adhérer à une idéologie qui prône la haine et qui tue de pauvres innocents - majoritairement d’autres musulmans.

Au fond, peut-être que l’arme la plus puissante contre Osama ben Laden aurait été de la rediffusion fréquente d’un enregistrement impromptu de lui, datant de décembre 2001, qui le montre partir d’un éclat de rire en évoquant le fait que certains des terroristes du 11 septembre, originaires d’Asir, province du sud de l’Arabie saoudite, n’avaient été mis au courant qu’ils embarquaient pour une mission d’attentat suicide qu’au tout dernier moment.

Quant à Anwar al-Awlaki, leader d’al-Qaïda, tué au Yémen en septembre 2011 par une frappe de drone américain, il avait été arrêté trois fois à San Diego et près de Washington, pour avoir fait appel à des prostitués. En dévoilant les détails de ces arrestations, on aurait davantage nui à la cause de son mouvement que le drone qui l’a fait périr.

Les témoignages sur la réalité d’al-Qaïda et des Taliban sont bien plus constructifs et efficaces pour affaiblir ces mouvements que des attaques de drones américains contre leurs leaders. La vraie menace à laquelle nous sommes confrontés, ce ne sont pas ces chefs, mais le message d’extrémisme qu’ils disséminent. Notre dernier espoir repose sur les musulmans courageux, qui s’éloignent de l’extrémisme et de la haine qu’il véhicule.

En se contentant d’éliminer les leaders comme c’est le cas aujourd’hui, la politique américaine pourrait bien finir par plutôt renforcer la volonté des extrémistes les plus récalcitrants, au lieu de décider d’éventuels déçus à abandonner la cause. Dévoiler la vérité serait peut-être le moyen de dissuasion le plus persuasif.

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Ken Ballen est l’auteur de Terrorists in love : The Real Lives of Islamic Radicals. Il est également président de Terror Free Tomorrow, organisation à but non lucratif, consacrée à la recherche sur le comportement humain par rapport à l’extrémisme.


 

© Common Ground -


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