Le pouvoir monte à la tête, c’est bien connu. Si les manquements à l’éthique ne sont pas nécessairement flagrants, ils sont toujours dommageables : Saint-Bruno-de-Montarville, jolie banlieue de la Montérégie, est en train d’en faire l’expérience. La quasi-totalité de l’équipe municipale s’est portée à la défense du propriétaire d’un terrain où devrait avoir lieu un projet de développement immobilier nommé La Futaie. Les citoyens en colère, eux, n’ont pas eu droit à la même considération, même si un territoire très riche en biodiversité est au cœur de la controverse.
En 2005, la Ville a vendu le Boisé des Hirondelles, zoné résidentiel depuis 1963, comme nous l’apprend le maire Claude Benjamin dans un Message distribué dans tous les foyers, le 7 octobre dernier. La municipalité n’a d’autre choix, se justifie-t-il, que de « respecter les droits d’un propriétaire de terrain, dans le cadre législatif et réglementaire qui s’applique au développement desdits terrains ». Si je comprends bien, législation et règlements sont immuables?
Non seulement les membres de l’administration municipale n’ont pas eu la décence de se questionner – en public, du moins – sur ce gaspillage d’un milieu naturel, mais quand des citoyens s’en sont indignés, le débat a été ramené à des « personnalités ». L’opposition de ce groupe était réduite, comme l’a écrit le maire, à une illustration « on ne peut plus convaincante du syndrome du pas dans ma cour». Ces citoyens n’étaient motivés que par l’égocentrisme. Ne refusaient-ils pas à autrui ce qu’ils détenaient, c’est à dire une belle demeure dans un chic secteur?
Je ne connais pas une seule des personnes faisant partie du groupe de citoyens qui veut secouer notre apathie collective. Je n’habite pas, non plus, le secteur concerné, ni même les alentours immédiats. Les pépines, je ne les entendrai pas. Pour la promenade, je pourrai toujours me consoler avec le Parc du Mont-Saint-Bruno. Pour tout dire, la destruction de cette parcelle de forêt n’aura aucun impact immédiat sur ma vie. Encore mieux : l’ajout d’une trentaine de maisons dans le parc immobilier de ma municipalité signifiera peut-être un accroisement plus lent (je n’ose rêver à une stagnation, encore moins à une diminution) des taxes foncières. Je devrais donc me réjouir!
Or, c’est tout le contraire. Je me suis sentie personnellement insultée par cette attitude cavalière du parti municipal pour lequel j’ai voté. Il est trop facile, en guise de réponse à une controverse, de ridiculiser ses porte-voix, comme de faire dériver la discussion vers l’accessoire. Les élus municipaux de l’équipe du maire Benjamin, de même que ce dernier, semblent avoir oublié un fait capital : ce sont eux qui ont le pouvoir. Dans ces conditions, ils sont astreints à des normes comportementales strictes. Tout manquement à ce devoir, y compris un manque d’objectivité, est un problème d’éthique. Quelle que soit la nature du dossier, des citoyens ont le droit de demander des comptes à leurs élus, qui doivent s’en tenir aux faits pour leur répondre. J’irais encore plus loin : le propriétaire-promoteur ne manque manifestement pas de ressources pour s’occuper de ses affaires. La situation est tout autre pour les citoyens qui dénonçent la destruction du boisé. Dans ce contexte, les élus municipaux ont l’obligation de leur prêter une oreille plus qu’attentive.
Ceux et celles qui militent pour la conservation de cette forêt font partie de l’ensemble d’une communauté que le conseil de ville est censé représenter. Ils ont droit à autant de respect que le propriétaire du terrain. Peut-être n’ont-ils pas enfilé de gants blancs; peut-être que ceux et celles qui leur faisaient face, installés en arc de cercle derrière leurs pupitres hissés sur une estrade, se sont-ils sentis acculés au pied du mur. Mais pour se faire entendre, des contestataires ont-ils le choix de gueuler?
À mon avis, le Boisé des Hirondelles aurait dû demeurer patrimoine collectif; je suis persuadée que la plupart des Montarvillois auraient été d’accord avec ce geste civique, malgré le manque à gagner en hypothétiques taxes foncières. Les membres de l’administration municipale auraient dû se poser de sérieuses questions avant même d’offrir cette parcelle de forêt à la vente. Le tollé public entourant la destruction d’un autre boisé pour la construction de maisons gigantesques, dans les environs de la rue Taillandier, aurait dû mettre la puce à l’oreille des élus municipaux et des fonctionnaires. Le Boisé est situé dans une région qui en manque cruellement; dans une région qui a été déboisée, cultivée, exploitée sans relâche. La transaction méritait une sérieuse réflexion, n’est-ce pas?
À quand un objecteur de conscience dans nos municipalités pour souligner les infractions à l’éthique, et surtout les plus insidieuses, les plus ancrées dans de vieilles mentalités?
29 novembre 2011
Réactualisé le 5 janvier 2013 suite à la diffusion de cette vidéo: http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=FgGbhzzlYtg
Pour en savoir davantage:
La Presse – blogue de Patrick Lagacé
La Press Follow up
La Presse - Francois Cardinal
98.5FM – Michèle Archambault en entrevue avec Jean Pagé
http://www.985fm.ca/audioplayer.php?mp3=158903
Huffington Post QC
http://quebec.huffingtonpost.ca/2013/01/03/saint-bruno-de-montarville-a-quoi-sert-la-police-aux-assemblees-municipales_n_2404302.html
TVA - reportage 1
TVA reportage 2
http://tvanouvelles.ca/video/2073528538001/la-police-au-service-du-maire-de-saint-bruno-reportage/
Radio-Canada Rive-Sud
http://blogues.radio-canada.ca/rive-sud/2013/01/04/presence-policiere-saint-bruno/