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Les violences dans les établissements scolaires. La médiation par les pairs

par
médiatrice et formatrice en médiation

Les violences dans les établissements scolaires font l’objet de faits divers surmédiatisés. Pourtant, la plupart ne sont pas constituées d’actes de délinquance graves mais plutôt de petites violences quotidiennes et d’incivilités, des « micro-violences ». Malgré tout, le taxage, terme utilisé au Québec, ou le school bullying, expression employée dans les pays anglophones, peut être perçu comme une véritable violence, insupportable pour la victime de brimades répétées.

L’institution scolaire, lieu de transmission du savoir, peut être pensée comme un meilleur espace de socialisation. Dans cet esprit, j’ai proposé au collège Anne Frank à Paris (420 élèves de 11 à 15 ans) inscrit dans un Réseau de Réussite Scolaire (2), d’ouvrir et d’animer à la rentrée 2004, un atelier hebdomadaire de médiation par les pairs, avec la participation d’élèves intéressés. Il a reçu l’aval des chefs d’établissement successifs.

L’année suivante, la directrice de l’école de la rue Saint Bernard (244 élèves) qui fait partie du même réseau et envoie ses élèves au collège, adopte la démarche en ouvrant un atelier puis une permanence médiation, animée par les élèves du collège formés à la médiation.

Qu’est-ce que la médiation ?

La médiation est un processus coopératif qui facilite la résolution non violente d’un conflit ou le prévient par l’intermédiaire d’un tiers appelé médiateur. Le médiateur aide les médiants à communiquer, à rechercher une issue constructive au désaccord.

La médiation « par les pairs » en milieu scolaire signifie que les médiateurs sont des élèves du même âge ou à peine plus âgés, formés à la médiation. Les élèves-médiateurs vont alors proposer leur aide lors de disputes ou de bagarres.

Mon expérience et ma pratique de la médiation au collège

Il arrive que des élèves demandent aux adultes en qui ils ont confiance d'intervenir pour gérer des conflits qui les dépassent et créent une souffrance relationnelle. Les relais mis en place avec le chef d’établissement, la Conseillère Principale d’Education, responsable de la vie scolaire, l’infirmière, dans le cadre de l’accompagnement scolaire, conduisent ces élèves à la médiation.
L'atelier médiation est ouvert à tous les élèves (18 à 20 participants) sur le temps périscolaire, de la 6è (11ans) à la 3è (14 ans).

Quels sont les objectifs pédagogiques ?

Il s’agit d’apprendre à se connaître, à connaître l’autre et à communiquer, de prendre conscience de la nécessité des règles, afin d’intégrer le rapport à la Loi, d’apprendre à prévenir et gérer les conflits en s’appropriant les pratiques de la médiation, de contribuer ainsi à une véritable éducation à la citoyenneté et au Développement durable par l'acquisition d’habiletés sociales.

Comment se déroulent les séquences ?

Le cycle de formation comprend une vingtaine de séquences hebdomadaires à l’issue desquelles les jeunes participants acquièrent les bases de la médiation (apports théoriques, mises en situation et analyse de pratique).

Les premières séquences sont consacrées aux règles du groupe et aux représentations du conflit par les élèves. Puis est proposé le jeu de l'île: des équipes mettent en situation la survie après un naufrage. Il faudra élire un chef, répartir des rôles, rédiger une charte, gérer des conflits, organiser la vie quotidienne… À la fin de cette phase, c'est le temps de l'analyse: que se passe-t-il dans un conflit: les émotions à l’œuvre ? Les besoins non satisfaits, les valeurs blessées ?
Enfin est abordée la médiation proprement dite: son cadrage, ses phases et ses techniques, le rôle du médiateur, la résolution du conflit « gagnant -gagnant », par des simulations.

La médiation à l’école élémentaire

Rencontre entre Mme Borretti, directrice de l’école Saint Bernard
et les élèves de l’atelier médiation du collège Anne Frank (2005)

L’école Saint Bernard accueille des élèves en difficultés de socialisation et d’apprentissages. Sa directrice, avec son équipe cherche des solutions pour améliorer le climat. Elle s’est intéressée à la médiation par les pairs, en cohérence avec le projet «Vivre ensemble». J’ai donc proposé la création d’une permanence hebdomadaire: en cas de conflit entre élèves, une médiation est demandée par la directrice, les enseignants, les animateurs, la référente-médiation ou les élèves eux-mêmes. Tous les enfants sont concernés, du Cours Préparatoire (7 ans) au Cours Moyen 2 (10 ans).

Comment se déroule une séance de médiation ?

Deux ou trois apprentis-médiateurs effectuent la médiation selon les procédures apprises. Pendant la médiation, la médiatrice-formatrice supervise et aide les jeunes médiateurs quand la discussion tourne en rond.

La résolution d’un conflit nécessite une ou deux séances. L’accord trouvé par les médiés consiste en un engagement écrit à ne plus se bagarrer, ne plus insulter, ne plus jouer à des jeux dangereux.
Les médiateurs signent à leur tour. Parfois ils demandent à revoir les médiés pour s’assurer que l’engagement est durable.

Quel bilan – évaluation ?

Depuis 2004, environ 90 élèves de collège ont fréquenté l’atelier et les permanences médiation. Chaque année, environ 10 élèves apprentis-médiateurs assurent des permanences médiation à l’école de la rue saint Bernard. 80 élèves de l’école ont été reçus en permanence pour être aidés dans la résolution de leurs conflits.

Le bilan qualitatif

La médiation contribue à l’amélioration du climat du collège, à une meilleure intégration dans l’école, un changement de regard du jeune vis-à-vis de l’adulte, enfin un progrès sensible pour les élèves en difficultés dans les résultats des apprentissages.

A l’école primaire, pour la directrice, « depuis qu’il existe dans l’établissement un espace de médiation, l’ambiance est plus sereine, la cour de récréation plus calme. Les enfants apaisés sont plus réceptifs en classe ». Une véritable « culture de la médiation » s’est installée

A l’école primaire, les enseignants se sont impliqués, même ceux qui étaient réticents au début, et ont fait le relais de l’information auprès des élèves et des parents. La permanence est devenue une évidence pour tous.

Particulièrement les parents élus au conseil d’école et au conseil d’administration du collège se sentent concernés par la médiation. La médiation, selon eux, a changé les relations de leur enfant à l’école et à l’extérieur, et même parfois entre des parents et des enfants.

Parmi les élèves médiés de l’école élémentaire, voici quelques réflexions : La médiation, on parle, on s’exprime. Ça sert à rien de frapper. Ceux qui sont en conflit, ils se parlent entre eux et réussissent à se réconcilier. Je dois revenir à la médiation pour apprendre au lieu de m’énerver trop vite.

Havane, une médiatrice du collège: La médiation permet de gérer les émotions et de trouver une solution d’entente (accord gagnant-gagnant), d’éviter la violence physique.

Janar, ancien élève de St Bernard, élève de 5è, médiateur: J’ai fait des médiations à St Bernard pour retrouver mon école d’avant. Vivre l’engagement est un nouveau point de vue sur la vie.

La médiatrice constate que sur 37 résolutions de conflits à l’école primaire l’année passée, seulement trois élèves ont dû revenir en médiation. Effet positif aussi sur les collégiens médiateurs, qui acquièrent des habiletés d’écoute, de communication, peu enseignées ou valorisées par l’école. De même sur les collégiens qui ont eu une médiation, à la demande de la Principale, de la Conseillère Principale d’Education en charge de la vie scolaire, de l’infirmière ou de quelques enseignants.

Mais la médiation a ses limites: l’indifférence des enseignants du second degré pour développer la médiation, le faible écho donné par l’Institution, même si elle en reconnaît l’intérêt. En ce qui concerne les élèves médiateurs, la difficulté est le regard des autres, et donc la légitimité que leurs pairs leur accordent pour intervenir dans leurs conflits. Enfin, de s’engager à long terme durant les années collège.

La médiation n’est pas simplement un outil de gestion de la conflictualité mais un véritable processus pour améliorer la qualité de l’environnement éducatif.

Notes

(1) IFOMENE (Institut de formation à la médiation et à la négociation) en partenariat avec le Barreau de Paris et l’AME (Association des médiateurs européens).

(2) La politique de l'Education prioritaire en France intervient pour les écoles et collèges où l’échec scolaire est le plus important. Elle vise à corriger les effets les inégalités sociales et économiques. L’éducation prioritaire se structure en en réseaux de réussite scolaire ou réseaux "Ambition réussite".

Bibliographie

Contre violence et mal-être : la médiation par les élèves Diaz Babeth ; Liatard Brigitte
Paris : Nathan, 1999.

La Médiation par les élèves Bonafé-Schmitt Jean-Pierre Paris : ESF, 2000.

Devenir son propre médiateur Timmermans-Delwart Joëlle Paris : Chronique sociale, 2004.

Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) - Introduction à la communication non-violente B. Rosenberg Marshall Paris : éditions La Découverte, 2005.

29 août 2011
 



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