Regard sur nous et ouverture sur le monde
Indépendant et neutre par rapport à toute orientation politique ou religieuse, Tolerance.ca® vise à promouvoir les grands principes démocratiques sur lesquels repose la tolérance.
RECHERCHER: 
Chargement
Regard sur nous et ouverture sur le monde
Indépendant et neutre par rapport à toute orientation politique ou religieuse, Tolerance.ca® vise à promouvoir les grands principes démocratiques sur lesquels repose la tolérance.
Observatoire des droits humains
Recevez gratuitement notre Newsletter !

Postes Canada, une entreprise citoyenne ?

par
écrivaine

Le 15 juin dernier, Postes Canada a fait apposer des scellés sur les boîtes postales rouges lui appartenant à travers le pays. Ce lock out ou « mise dehors » de son personnel, prévisible selon certains à cause des négociations en cours pour le renouvellement de la convention collective, m’a paru particulièrement lugubre. Il a résonné en moi comme une porte refermée d’un coup sec, comme lorsqu’on veut repousser un intrus. Je l’ai pris, comme sans doute bien des syndiqués de cette Société para-gouvernementale, comme une fin de non recevoir, un refus du dialogue, et peut-être même un message du gouvernement Harper à ses commettants…

Il faut dire que parmi mes proches, je compte un facteur. Cet employé de Postes Canada me tient au courant des principaux enjeux, mais surtout, il me permet de toucher du doigt une réalité généralement occultée sur la place publique : au-delà de la complexité des négociations, au-delà de la réalité tronquée qui nous parvient par voie de communiqués officiels, il y a plus de 50 000 êtres humains, généralement loyaux et généreux envers l’entreprise qui les emploie, et qui ont l’impression de n’être qu’un numéro sur un talon de paye, de n’être qu’un pion qui se fait balloter selon « le vent qui vente ».

Des conditions de travail à Postes Canada, je connais seulement ce que vivent ce facteur et ses collègues, au jour le jour. Ces conditions sont loin d’être toujours roses. Mais ce qui me frappe surtout, c’est la distance énorme, humainement parlant, entre la haute direction et les équipes de travail sur le terrain. Un seul exemple parmi tant d’autres : cette équipe dirigeante prétend avoir la sécurité de son personnel à cœur, mais en même temps, elle met en place une organisation du travail – la mécanisation du tri, pour résumer grossièrement – qui y contrevient, de l’avis général. Sous quel prétexte? Celui de rentabilité et de rationalisation du travail, deux concepts usés à la corde, et qui sont l’arbre qui cache la forêt : un appétit démesuré pour le profit.

Ce manque de considération donne au syndicalisme toute sa justification, toute son importance. Ne l’oublions jamais : à mesure qu’il prenait progressivement possession de notre monde, le capitalisme a créé bien des effets pervers, dont le moindre n’est pas une distanciation entre la « partie patronale », pour employer un jargon syndical, et le vaste groupe des employés. Une distanciation prenant parfois l’aspect d’un large et profond fossé, et qui permet aux dirigeants d’accorder beaucoup plus d’importance aux actionnaires – n’en sont-ils pas eux-mêmes? – qu’à ceux et celles qui composent la force de travail. Qui leur permet d’accorder une importance démesurée aux performances dans cette foire d’empoigne qu’est la Bourse…

Le syndicalisme militant n’est pas né dans un chou, par génération spontanée. Ceux et celles qui consacraient l’essentiel de leur vie à la prospérité de leur employeur l’ont appris à la dure : leur unique moyen d’attirer l’attention des patrons, de rappeler à ces derniers qu’ils étaient des êtres de chair et de sang, était la force du nombre. Quand j’entends certains critiquer les « excès du syndicalisme », je voudrais leur rappeler que la première pierre est à lancer aux «excès du capitalisme », dont le gigantisme des entreprises fait partie. Gigantisme, également, de l’appareil d’État et d’une bonne part de nos institutions publiques, source intense de frustration pour les « clients » que nous sommes devenus!

C’est entendu : il serait temps de donner un coup de barre en direction d’un syndicalisme plus militant et plus créatif, moins «bureaucratique ». J’espère que « la partie patronale » de nos centrales syndicales finira par réagir, sans langue de bois ou poudre aux yeux, à certaines allégations étalées sur la place publique ! Mais ces reproches sont mineurs, comparés à la volée que se méritent nos sacro-saintes corporations. À la base, une entreprise citoyenne devrait avoir à cœur, en tout premier lieu, le bien-être de ses employés. Publique ou privée, elle devrait tout faire pour se conserver un capital d’estime chez ces derniers.

Nul besoin d’un diplôme avancé pour comprendre que ce capital se construit avec des conditions de travail décentes, salaire compris! Cette cagnotte a été honteusement dilapidée au cours du 20e siècle. Le fragile équilibre auquel la société occidentale était parvenue entre le productivisme effrené et le nécessaire respect de la main d’œuvre a volé en éclats… Au cours des dernières décennies, maintes entreprises ont fermé des installations dans notre pays, pour aller s’implanter là où la main d’œuvre est moins chère – ou plutôt sans défense, pour « parler drette ». En fait de justice sociale, en fait de décision citoyenne, on repassera!

Les « restructurations d’entreprises », c'est-à-dire les mises à pied massives, me frappent plutôt comme des ventes de feu, comme un aveu d’incompétence, et surtout, au plus haut degré, comme une absence totale d’empathie envers la communauté environnante, envers la localité, la région, la nation qui les abritent ! Bien des équipes dirigeantes exigent, de leur personnel, une loyauté dont elles paraissent totalement dépourvues. Bien des équipes dirigeantes, à Postes Canada comme ailleurs, semblent se foutre de l’opinion de leurs employés comme de leur première chemise. Il va sans dire qu’il est infiniment plus facile d’éjecter, hors du plateau de jeu, des pièces dont l’identité se résume à un numéro de matricule…

16 juin 2011



Réagissez à cet article !
Pour écrire votre réaction, nous vous encourageons à devenir membre de Tolerance.ca® ou de vous identifier si vous êtes déjà membre. Vous pouvez poster une réaction sans devenir membre, mais vous devrez compléter vos informations personnelles pour chaque réaction.

Devenir membre (gratuit)   |   S'identifier

L'envoi de votre réaction est soumis aux règlements et conditions de Tolerance.ca®. Vous devez lire Les règlements et conditions de Tolerance.ca® et les accepter en cochant la case ci-dessous avant de pouvoir soumettre votre message.
Votre nom :
Courriel :
Titre :
Message :
 
  J'ai lu et accepté les règlements et conditions de Tolerance.ca®.

© 2013 Tolerance.ca® Inc. Tous droits de reproduction réservés.

Toutes les informations reproduites sur le site de www.tolerance.ca (articles, images, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par Tolerance.ca® Inc. ou, dans certains cas, par leurs auteurs. Aucune de ces informations ne peut être reproduite pour un usage autre que personnel. Toute modification, reproduction à large diffusion, traduction, vente, exploitation commerciale ou réutilisation du contenu du site sans l'autorisation préalable écrite de Tolerance.ca® Inc. est strictement interdite. Pour information : info@tolerance.ca

Tolerance.ca® Inc. n'est pas responsable des liens externes ni des contenus des annonces publicitaires paraissant sur Tolerance.ca®. Les annonces publicitaires peuvent utiliser des données relatives à votre navigation sur notre site, afin de vous proposer des annonces de produits ou services adaptées à vos centres d'intérêts.





Cet article fait partie de

La Chronique de Anne-Marie Sicotte, écrivaine

C’est en fouillant et en éclairant le passé qu’Anne-Marie Sicotte, romancière à succès, laisse libre cours à son insatiable curiosité pour l’âme humaine. Gratien Gélinas a été son premier sujet de recherche et, depuis, elle a publié une dizaine... (Lire la suite)

Lisez les autres articles de Anne-Marie Sicotte
© Droits réservés. Tolerance.ca® Inc.