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La voie tunisienne

Alors que la Tunisie continue sa transition démocratique, elle aura besoin de composer entre la demande d’un changement politique radical et l’exigence de stabilité ; d’intégrer l’islamisme dans ce nouveau paysage ; et, avec l’aide internationale, de s’attaquer à de profonds problèmes socio-économiques.

Soulèvements populaires en Afrique du nord et au Moyen-Orient (IV) : La voie tunisienne , le dernier rapport de l’International Crisis Group, examine les origines de la révolution et la situation politique et sociale qui l’a suivie. Malgré une période difficile après le départ du président Ben Ali, la Tunisie a fait preuve d’une remarquable capacité à atteindre un consensus sur des enjeux politiques cruciaux. Elle y est parvenue en veillant à ce qu’un large éventail de forces politiques et sociales puisse s’exprimer.

« De manière significative, ce n’est ni l’armée ni un groupe de politiciens qui mènent la transition », souligne Nicolas Dot Pouillard, analyste de Crisis Group pour la Tunisie. « Plutôt un mélange hétérogène d’institutions, de forces politiques, de syndicats et d’associations qui cherchent, par la voie du dialogue et des négociations, un compromis ».

Pour poursuivre ce début encourageant, la Tunisie doit d’abord trouver le moyen de répondre à des préoccupations antagonistes : la peur d’un retour vers le passé contre la peur d’une plongée dans le chaos. Ensuite, le dialogue doit être approfondi entre le parti islamiste, An-Nahda, et les forces laïques. La méfiance mutuelle persiste toujours. Les organisations féministes, en particulier, doutent de la sincérité du mouvement, et craignent une érosion des droits des femmes. Les islamistes, quant à eux, se souviennent encore de la répression brutale des années 1990, lorsqu’ ils étaient systématiquement écrasés par le régime de Ben Ali.

Enfin, et c’est peut-être le plus important, la justice sociale demeure une préoccupation centrale. Pour les nombreux citoyens ordinaires qui sont descendus dans la rue pendant le soulèvement, le désespoir matériel était un facteur de motivation déterminant. Mais la victoire politique qu’ils ont obtenue n’a pas encore changé les conditions qui ont déclenché leur révolte. Une attention particulière doit être accordée à la création d’emplois, et au redressement des déséquilibres dont pâtissent le centre et le sud du pays. Des tensions croissantes entre ces régions et les zones côtières pourraient déclencher un regain d’instabilités. L’aide internationale va être décisive à cet égard.

« La Tunisie est le pays où tout a commencé », analyse Robert Malley, le directeur du programme Moyen-Orient/Afrique du Nord de Crisis Group. « C’est également le pays où la transition démocratique présente aujourd’hui les plus fortes chances de réussite. Pour la région et le reste du monde, c’est là une raison suffisante de continuer à prêter attention à la Tunisie et de l’aider à poursuivre son chemin ».

© Crisis International -


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