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Existe-t-il une idée québécoise et/ou canadienne de la tolérance ?

Fondé en 2002, par Victor Teboul, Tolerance.ca posait la question à cinq personnalités du monde journalistique, culturel et universitaire : Henry T. Aubin, Louis Balthazar, Lise Bissonnette, Jacques Godbout, Michel Leduc.
 
« Se connaître soi-même, connaître d’où on vient, constituent des éléments clés d’une société tolérante » - Henry T. Aubin

Henry T. Aubin est chroniqueur au quotidien The Gazette de Montréal. Il a été reporter pour le Washington Post et lauréat du National Newspaper Award. Il est l’auteur de The rescue of Jerusalem. The Alliance Between Hebrews and Africans in 701 BC (Doubleday Canada, 2002).

Se connaître soi-même, connaître d’où on vient, connaître notre histoire, mais surtout notre passé glorieux, constituent des éléments clés d’une société tolérante.

Être tolérant, c’est avoir du respect pour les opinions et le background des autres. Le Canada est une société tolérante et son histoire y a largement contribué. Je crois que si nous sommes plus tolérants que les Américains, la raison en est qu’ici, il y a trois peuples fondateurs, les Français, les Anglais et les collectivités autochtones. Cette dynamique crée, dès le départ, un climat de tolérance, puisqu’il y a différents peuples qui vont devoir partager le même territoire.

J’ajouterais toutefois que le mouvement souverainiste au Québec a joué un rôle non négligeable dans l’émergence d’un Canada plus tolérant, parce que cette réalité politique, la menace de séparation du Québec, a forcé le Canada anglais à être plus tolérant vis-à-vis du Québec. Les Canadiens anglais ont fait un effort pour comprendre et respecter le point de vue des souverainistes et en sont même venus à valoriser le Québec. Et cette attitude, à mon avis, s’est étendue à d’autres communautés. Parce que, une fois qu’on devient tolérant pour une chose, il est plus facile de le devenir pour d’autres. Donc, il a fallu que le Canada anglais s’accommode au Québec.

Une autre raison, il me semble, qui explique la tolérance au Canada, c’est que ce pays n’a pas été bâti par des fondamentalistes, le Bible belt. Ici, il y a un Bible belt, mais c’est un peu restreint, il se limite à l’Ouest canadien, à l’ Alberta, aux Prairies, il est regroupé autour de l’Alliance canadienne. Je ne dis pas que les fondamentalistes sont racistes, mais je crois que souvent, leurs horizons ne sont pas vastes et que leur tolérance a un chemin à faire.




Le bilinguisme, un important catalyseur

Par ailleurs, je crois que la politique du bilinguisme a été un important catalyseur de tolérance. Il y a des études qui montrent que les enfants qui parlent deux langues sont plus tolérants. Aussi, si on est bilingue, on apprend qu’il y a deux façons de faire les choses, deux grammaires différentes, deux vocabulaires différents, alors, les gens comprennent que leur milieu n’a pas le monopole sur la bonne façon de faire les choses; ils apprennent qu’il y a une autre façon de penser.

Pour illustrer la tolérance telle qu’on la vit ici, je prendrais un exemple simple. Aujourd’hui, on voit dans la rue des hommes et des femmes, maris et femmes ou simplement des copains, qui sont de races différentes. Je crois qu’il y a du racisme au Canada, mais il ne faut pas confondre le racisme et le « classisme ». Les gens se méfient des gens des autres classes et il se trouve que, dans le cas des Noirs par exemple, il est difficile de séparer racisme et « classisme », puisque ces derniers appartiennent souvent à une classe sociale défavorisée. Si bien que, un Noir qui appartient à la classe moyenne, par exemple, ne ressentira pas l’exclusion que ressentira un autre.

Sur un autre plan, on peut penser à la façon dont la volonté du leadership peut contribuer à l’émergence d’une société plus tolérante. Elle peut aider à venir à bout du racisme. Par exemple, la loi contre l’expression de la haine est inscrite dans le Code criminel du Canada et cela permet, jusqu’à un certain point, de prévenir la discrimination raciale.

 

Être fier de soi contribue à des relations saines

Un élément important dans le développement d’un société tolérante, c’est la connaissance de sa propre culture. Les gens doivent connaître leur passé, nourrir leur fierté par la gloire passée de leur peuple, parce que si les gens sont fiers d’eux-mêmes, ils peuvent entretenir des relations saines avec les autres, sans avoir un complexe d’infériorité.

Je me suis rendu compte de cela grâce à mon jeune fils adoptif qui est noir. Les héros français, notamment Charlemagne, qui m’ont inspiré confiance dans ma jeunesse alors que je vivais dans un milieu anglophone, laissaient mon fils complètement indifférent. Je me suis donc intéressé à l’histoire africaine pour pouvoir lui raconter l’histoire de sa propre culture.

Cet intérêt m’a amené à écrire The Rescue of JERUSALEM. The Alliance Between Hebrews and Africans in 701 BC. Un livre qui accorde aux Soudanais un rôle primordial dans la survie des Hébreux en 701 av. J.-C. Le livre décrit comment le prince Taharqa, un prince africain de 20 ans, a repoussé une armée assyrienne qui menaçait de détruire Jérusalem.

Je crois que mon fils, Nick, valorise l’histoire africaine en sachant que ces événements de l’an 701 av. J.-C. ne constituent qu’un fragment d’un tableau effacé de l’histoire écrite par les Occidentaux.

Henry T. Aubin



« Les gens tolérants sont des gens heureux  » - Louis Balthazar

Louis Balthazar est le titulaire, par intérim, de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’Université du Québec à Montréal. Il a été professeur au département de science politique de l'Université Laval. Auteur de nombreux ouvrages, il est le coauteur de Le Québec dans l’espace américain (Montréal, Québec Amérique, 1999), ouvrage qui s’est mérité le prix Richard-Arès.

Les gens tolérants sont habituellement des gens heureux. Je pense que les gens intolérants sont des gens qui souffrent de quelque chose dans la vie. Ce sont des gens qui ont peur.

En ce qui nous concerne, les circonstances historiques nous ont donné quelque chose de positif, même si nous avons été des perdants. Les Canadiens, ce sont des Loyalistes qui ont perdu la guerre lors de la Révolution américaine. Le Québec, c’est la France qui a perdu sa colonie. Ce sont deux peuples traumatisés par les défaites mais qui s’en remettent sans faire de révolution, de façon assez pacifique.

Du côté québécois, il y a, avec cette amertume vis-à-vis de la défaite, le sentiment de ne pas nous appartenir tout à fait. Pourtant il n’y a aucun Québécois qui serait prêt à verser son sang pour réaliser la souveraineté. Nous sommes des gens pour qui la vie a été bonne et nous n’avons pas eu de raisons de véritablement nous dresser ou de nous braquer contre qui que ce soit dans notre histoire, ou à peu près.




Le cas des États-Unis

Bien sûr, si on prend le cas des États-Unis, ce sont des gens qui se sont battus pour leur indépendance. C’est un pays qui a affirmé sa mission particulière, son exceptionalité, cette volonté très ferme à affirmer très haut son existence et aussi à proclamer l’égalité tout à fait inconditionnelle de ses citoyens, le « Every man is born equal. »

Mais comme ils n’étaient pas prêts à réaliser cette égalité, cela les a amenés à l’intolérance, au nom justement des idéaux. Incapable de comprendre les Indiens, les Noirs, l’Amérique s’est retrouvée longtemps dans une culture de l’intolérance en ce qui a trait à ces deux populations, tandis qu’on affirmait et pratiquait la tolérance à d’autres niveaux, notamment quant au choix de la religion.

Certes, il y a eu du racisme au Canada, mais cela n’a jamais été aussi systématique, parce qu’on n’affirmait rien, on ne déclarait rien. On ne savait pas si on était britanniques, canadiens ou français. Ce flou, vis-à-vis de la nationalité, ne nous a pas amenés à prendre des positions très fermes, bien que nous ayons été intolérants à l’occasion. Mais, avec le temps, nous sommes surtout parvenus à nous définir comme peuple heureux et non affirmatif.

 

Au Canada, un sentiment de minoritaire nous amène à être plus tolérants

Il y aurait une autre façon de prendre le problème, ce serait de dire que nous sommes tolérants parce que nous sommes des peuples minoritaires : le Canada par rapport aux Etats-Unis, le Québec par rapport au Canada de langue anglaise. Ce sentiment minoritaire nous amène à comprendre les autres et à être plus tolérants.

Mais il faut faire attention. On voit souvent des peuples minoritaires qui sont très intolérants, très durs envers ceux qui sont autour d’eux, parce qu’ils ont peur. Reste quand même que nous avons gardé une allure très bon enfant parce que nous nous sommes ouverts au monde. D’ailleurs, nous n’avions d’autre choix que de nous ouvrir. Les Américains peuvent se refermer sur eux-mêmes parce que, même quand ils voyagent, ils retrouvent l’Amérique partout où ils vont.

On voit nos traumatismes à l’œuvre chez certains individus, au sein du mouvement nationaliste québécois, par rapport à la question des peuples autochtones. Mais vous allez concéder quand même que, même au sein du mouvement nationaliste québécois, au moins depuis une vingtaine d’années, les attitudes intolérantes sont devenues minoritaires.

 

L’intolérance de classe ?

Elle n’est pas très forte au Québec. Bien sûr, nous partageons avec l’Amérique du Nord un certain idéalisme libéral qui a tendance à associer la pauvreté avec la paresse, à certaines tares. Il y a cette conception-là dans la pensée libérale. On voit le président Bush parler de la pauvreté comme d’une sorte de maladie sociale. Il a recours au vocabulaire religieux. C’est très typique de la philosophie libérale, le riche est quelqu’un de vertueux.

Ici, comme nous sommes très influencés par la pensée américaine, il y a cette tendance-là, dans les milieux bourgeois, de dire que les assistés sociaux, ce sont des paresseux, des gens qui ne veulent pas travailler, qui dépensent leur argent pour se droguer. Sauf que, souvent, c’est une façon de se satisfaire. Prenons l’exemple du tiers monde, c’est la même attitude que les nations nanties ont envers les pays pauvres. On dit qu’ils gaspillent l’argent qu’on leur verse.

Cette philosophie est assez présente dans notre histoire, mais elle n’est pas enracinée dans notre pensée. C’est présent parce que cela fait partie de la philosophie libérale. Mais nous n’avons pas une société fortement hiérarchisée, quand on se compare à la France par exemple, qui demeure fortement hiérarchisée, malgré la Révolution française.

Ici, même avant la révolution tranquille, c’est-à-dire à l’époque où l’Église était très autoritaire, le curé était un personnage issu des milieux modestes. Il n’y a jamais eu au Québec de véritable caste cléricale. Même chez nos autorités, il suffit de remonter à deux ou trois ou quatre générations pour retrouver des origines modestes. Quant aux castes seigneuriales du Québec, elles n’avaient pas le même sens qu’en Europe. Le seigneur lui-même, sans doute à cause des rudesses du climat, se pliait au labeur.

 

Le multiculturalisme

Le multiculturalisme québécois a été plus lent à démarrer au Québec. La raison en est que, pour le Québécois français, l’étranger c’était quelqu’un qui parlait anglais. On ne disait pas à l’immigrant que le Canada était un pays bilingue. Il était donc certain d’arriver dans un pays anglophone et il apprenait l’anglais. Donc, quand un Québécois remarquait quelqu’un avec une physionomie qui lui semblait étrangère, spontanément, il lui parlait anglais. Les Noirs, en particulier, parlaient anglais, parce qu’il n’y avait pas d’immigration venant d’Afrique, pas plus que d’Haïti. Donc, on pensait que les Noirs étaient des gens venus des États-Unis.

Alors, cette conception de l’« étranger », qui est un anglophone qui va contribuer à grossir le rang des gens qui nous dominaient, nous rendait méfiants. Comme nous avions peur, étant un petit peuple replié sur lui-même, il a fallu une génération, et surtout l’adoption la Charte de la langue française, pour que les choses changent. Parce que tout d’un coup, l’« étranger » parlait français. Avec la Charte, le fait que l’étranger parle la même langue que nous et aille à la même école que nous a créé un climat magnifique.

 

Pourquoi le multiculturalisme a mauvaise presse

Le concept de multiculturalisme a eu mauvaise presse au Québec parce que notre culture canadienne-française n’était ainsi considérée que comme une culture parmi toutes les cultures présentes sur le territoire canadien. C’est-à-dire que comme francophones, nous n’avions pas plus de droit à notre existence culturelle que les Chinois de Vancouver.

Le pluralisme s’est véritablement produit à la suite de l’adoption de la Charte de la langue française, communément appelée la loi 101. Certains ont prétendu que la Charte crée une exclusion, ce qui n’est pas vrai du tout. Elle a fait de la langue française, non seulement la langue des Canadiens français, mais surtout, la langue de tous les Québécois qui viennent de toutes les parties du monde. Donc, cela a créé un multiculturalisme de nature un peu différente de celui du Canada anglais. Bien sûr parce que cela se passe en français, avec tout ce que cela peut avoir comme implication.

Je voudrais dire un mot sur l’antisémitisme québécois. Il y a eu une attitude à l’égard du Juif à Montréal qui tenait beaucoup à ce réflexe minoritaire. C’est que certaines familles juives ont bien réussi financièrement et cela a été vite associé, dans la pensée canadienne-française minoritaire, au monde capitaliste de l’anglophone dominateur.

L’antisémitisme européen a un peu traversé le Québec, mais il a été beaucoup moins violent ici qu’en Europe. Contrairement à ce que certains ont écrit, il aurait été impensable que le Québécois approuve ce qui s’est passé en Europe.

Louis Balthazar
 


« Au Canada, comme au Québec, on est parvenu à une certaine harmonie » - Lise Bissonnette

Analyste politique et culturelle de renom, Lise Bissonnette est présidente-directrice générale de la Bibliothèque nationale du Québec. Elle a été directrice et éditrice du quotidien Le Devoir. Écrivain, son dernier roman, Un lieu approprié, est paru aux Éditions du Boréal en 2001.

Y a-t-il une façon canadienne ou québécoise de vivre la tolérance? Je résiste toujours aux stéréotypes, parce que la route vers le racisme commence habituellement, et insidieusement, par l’utilisation de stéréotypes.

Nous connaissons bien ce procédé au Québec où, dans nos querelles avec le Canada, nous nous retrouvons souvent amalgamés de cette manière. On dit : « Le Québécois, la culture québécoise, c’est telle chose, telle façon d’être, tel caractère. » Même des peuples puissants peuvent être victimes de ce procédé. D’où vient, par exemple, l’antiaméricanisme primaire si répandu au Québec et au Canada? Il est issu d’une idée stéréotypée de ce que serait un Américain, un être vulgaire, imbécile, qui ne connaît rien du monde, qui n’a pas de passeport.

Pourtant les États-Unis sont le lieu de résidence d’un bon nombre des personnes les plus instruites, les plus cultivées du monde.

La collectivisation des pensées sur l’autre est toujours stupide. Certes, il existe des types généraux de personnalités influencées par un environnement physique spécifique. Les Slaves ou les peuples nordiques, par exemple, sont moins exubérants que les Latins. Mais ce sont là des caractéristiques tout à fait marginales, qui ne sont pas vraiment importantes dans les rapports entre les peuples.

Le problème surgit quand on affirme, à propos d’autres peuples ou nations, des défauts ou des attitudes collectives, le plus souvent dans l’intention de prouver que certains peuples ou ethnies sont plus retors que d’autres. On les résume à un certain nombre de traits. Je résiste à ce procédé, même quand il semble formulé de façon anodine. Donc, je ne crois pas qu’il y ait une façon toute québécoise ou toute canadienne d’être tolérant.

Par contre les États, le canadien et le québécois, ont développé et proposé des modèles de relations, des propositions de rapports entre les collectivités sur le territoire, et ces modèles sont différents. Il est rarissime que les citoyens adhèrent formellement à ces propositions qui sont, somme toute, d’abord des théories. Mais il est néanmoins intéressant de voir comment ces propositions se mesurent à l’aune de la réalité.

Le modèle que propose le Canada en terme de gestion de la diversité est différent du modèle que propose le Québec, bien que l’un et l’autre procèdent du même désir, très affirmé, d’ouverture et d’interpénétration des cultures. À l’échelle de l’histoire des peuples, la diversification ethnique au Canada est très récente. De même au Québec, où elle date de l’après-guerre. Il est difficile de juger des résultats d’un tel brassage social sur cinquante ans. Le Canada, pendant cette période, a affirmé le modèle appelé théoriquement le multiculturalisme et le Québec, l’interculturalisme, le modèle intégration-contrat. L’interculturalisme, c’est la notion de pacte, elle postule que chacun doit faire un pas vers l’autre. Le Canada préfère le paradigme de la mosaïque, qui postule la rétention par chacun de sa pleine culture d’origine, les fortes parties devant former un tout.




Le creuset canadien

Dans le modèle canadien, tout est considéré égal. L’ancienne majorité anglaise (puisqu’elle ne l’est plus), n’a pas à s’affirmer plus que les autres communautés, qu’elles soient italiennes, chinoises ou autre. Cette mosaïque théorique n’admet pas de différence d’antériorité, d’histoire. Mais dans la réalité, il en va bien autrement. Les sociologues disent que la société canadienne-anglaise, loin de former une mosaïque où s’affirment vraiment les différences, est plus assimilatrice encore que la société états-unienne pourtant souvent décriée comme un brutal melting-pot. Les Canadiens aiment croire que ce creuset américain abolit les identités. Mais des analystes, qui ont vérifié la rapidité d’assimilation des nouveaux venus dans l’un et l’autre pays, ont constaté qu’au Canada, dès la deuxième génération, les enfants ont cessé de parler la langue de leurs parents. Alors qu’aux États-Unis, il y a des régions où la vie, et pas seulement la vie familiale, se passe dans une autre langue que l’anglais.

Ici, l’usage d’une autre langue que l’anglais ou le français est en pratique réservé aux relations familiales ou à de petits noyaux amicaux.

En fait, il semble qu’aux Etats-Unis, l’assimilation soit moins rapide et l’affirmation ethnique plus forte. Au moment même où le Québec vivait sa grande poussée souverainiste, il y avait aux États-Unis un mouvement de retour aux sources, aux origines. Les groupes ethniques revendiquaient une reconnaissance formelle, qui a d’ailleurs mené à la politique dite affirmative action, une intervention radicale de l’État en faveur des ethnies, qui n’a jamais eu d’équivalent au Canada.

L’idéal porté par la théorie de la mosaïque était de créer une société où les ethnies vivraient dans une telle égalité qu’elles n’auraient pas besoin, justement, de réclamer de statut particulier. Tel était le rêve de M. Trudeau, l’ancien premier ministre du Canada, qui abhorrait tous les nationalismes.

Paradoxalement, c’est en s’appuyant sur ce modèle multiculturel que l’affirmation ethnique a fait son chemin de façon autre au Canada. L’assimilation est forte au quotidien, mais la vie politique canadienne est de plus en plus marquée par un appel assez tribal aux origines de chacun. La vie des partis politiques, notamment, est conditionnée par ces phénomènes.

L’écart entre la théorie politique et la réalité est évidemment très fréquent dans les discours nationaux. La France, par exemple, se dit le pays des droits de l’homme, et pourtant elle s’est souvent bien accommodée de régimes africains dictatoriaux.

Les dirigeants américains croient et disent constamment qu’ils sont les plus grands démocrates de la planète alors qu’ils ne réussissent même pas à amener la moitié de la population à exercer son droit de vote. C’est donc très courant, cet écart entre le discours et la réalité.

Le Canada a réussi à adopter un discours qui lui permet de fonctionner, de se présenter à lui-même une image satisfaisante et respectable. Les citoyens, je crois, aiment bien le discours de la mosaïque, mais cela ne signifie pas que, au quotidien, ils se comportent comme de petits carreaux parfaitement égaux les uns les autres, et ne se jugeant pas mutuellement.

 

Le modèle québécois : le contrat d’intégration

Au Québec, c’est à l’idée du contrat d’intégration que tous les partis politiques ont adhéré formellement, dans une belle unanimité. Selon ce modèle, la personne qui arrive ici doit consentir un effort marqué d’adaptation à la société québécoise et à ses valeurs, largement définies (démocratie, usage majoritaire de la langue française, par exemple). En contrepartie, la société d’accueil lui garantit une sécurité, un certain nombre de services, une infrastructure d’accueil assez généreuse et élaborée. Mais au départ, on dit à cette personne qu’elle n’est plus dans son pays d’origine et qu’elle ne peut donc transporter ici l’entièreté de ses coutumes et même de ses valeurs.

Au Québec, on rappelle aux arrivants qu’ils arrivent au sein d’un groupe majoritaire qui a une forme d’antériorité sur le territoire et qu’en retour de l’accueil qu’ils reçoivent, ils doivent faire des pas pour connaître cette société, son histoire, et même pour y participer.

Je me sens certainement beaucoup plus proche de ce modèle, dynamique, qui responsabilise la société d’accueil comme les groupes en situation d’immigration. Mais à mon avis, sur le terrain. le modèle québécois n’est pas plus validé que le modèle canadien. On peut en préférer l’idée, la théorie, c’est mon cas. Mais je ne crois pas que la notion de contrat soit très vivante chez nous dans les rapports entre groupes et individus, qui se construisent de façon beaucoup plus confuse et aléatoire.

Au Canada, comme au Québec, on est toutefois parvenu à une certaine harmonie. Il y a des tensions de temps en temps, mais elles sont normales, ainsi va la vie. Il est illusoire et artificiel de vouloir à tout prix amener les gens et les groupes à s’aimer intensément les uns les autres, les rapports sociaux ne sont pas des religions. La coexistence pacifique, sinon vraiment harmonieuse, se produit sur nos territoires sans trop de heurts et c’est déjà énorme, si nous nous comparons à d’autres régions du monde, et si nous considérons la diversité extraordinaire des origines dans nos territoires.

Les efforts requis par cette coexistence sont consentis. À l’école, on amène les enfants à réfléchir sur la différence et cela donne des résultats. Chez les jeunes générations, les préjugés sont de moins en moins actifs, en général. Elles sont moins intolérantes que les générations précédentes, même si on trouve qu’elles ne sont pas très engagées, que le souci de l’action collective leur est étranger (ce qui est aussi un stéréotype car leur idée de l’engagement s’exprime autrement). Il est certain qu’ils acceptent plus naturellement la différence. Ils sont plus curieux, ont plus tendance à aller vers cette différence.

Entre les individus, les choses ont beaucoup changé. Dans le cas de la communauté anglophone qui ne voyait pas la nécessité d’apprendre le français, on voit ses jeunes aujourd’hui parler le français, lire les journaux, écouter la télé en français. C’est un immense progrès culturel, qui va bientôt renvoyer au musée des choses honteuses des attitudes rhodésiennes comme celle d’un Richler, qui stéréotypait partout le Québec, son propre lieu d’appartenance, sans même en parler la langue. Je me réjouis beaucoup de cet effet de génération. Et je crois que l’école doit avoir quelque chose à y voir.

 

Le paradoxe de la tolérance

Le paradoxe de la tolérance, toutefois, c’est que tout en acceptant l’autre, on peut arriver à accepter même le répréhensible, sous le prétexte qu’il s’agit d’un trait culturel qui ne doit pas être stigmatisé. Le relativisme culturel s’installe et finit par tolérer l’intolérable. Nous en sommes dans ce genre de débats, et je les préfère aux précédents. C’est intéressant, tout de même, d’être de la génération qui a vu basculer ces perceptions.

Le terme de tolérance renvoie spontanément à la coexistence interethnique ou interculturelle, car nous sommes fortement marqués par ce débat. Il y a pourtant d’autres formes insidieuses d’intolérance, dont celle qui touche les différences économiques.

La façon dont nous les vivons témoigne d’un troublant esprit de rejet. Le préjugé, il est aussi dans des discours violents qui touchent l’autre, le pauvre, le non-instruit, l’assisté, le faible. Aujourd’hui, les grandes gueules démagogiques savent qu’il est mal vu de se montrer racistes, alors ils s’en prennent à d’autre groupes. Ils appellent à la vindicte contre d’autres couches sociales qu’ils déclarent paresseuses, parasites.

Et cette attitude n’est pas réservée à la droite classique. Elle trouve des débouchés même à gauche, chez des groupes qui se croient au-dessus de tout soupçon d’incorrection sociale. Prenons par exemple ceux qui s’expriment le plus négativement sur la Grande Bibliothèque, qui sont-ils? Ce sont les nantis de l’information et de la culture, l’avant-garde culturelle. Ils regardent ce projet avec mépris, affirment qu’il est trop grand, que ce qu’il faut donner au peuple, ce sont de petites bibliothèques de proximité où ils trouveront suffisamment leur bonheur.

J’y crois, aux bibliothèques de proximité, elles sont indispensables, mais leur offre culturelle sera toujours limitée, par définition. L’idée d’un fort investissement culturel de l’État qui conduise à un partage plus équitable de ce qu’ils considèrent être leur propriété – la diversité infinie de l’art, de la culture, du savoir – leur est étrangère. Ils ont leurs propres lieux de luxe pourtant, leurs théâtres d’avant-garde, leur maison Ex-Centris. Instinctivement, ils refusent de se voir parmi les quelque cinq mille personnes qui fréquenteront chaque jour la Grande Bibliothèque et préfèrent donc en nier la nécessité. Ce sont des processus inconscients, mais réels, que je trouve odieux. Je viens de ces milieux, c’est pourquoi j’en parle librement. On m’y pose souvent cette question : « Qu’est que tu es allée faire là? » Le sens de la question, c’est : pourquoi tu as quitté un poste aussi prestigieux que la direction du quotidien Le Devoir pour aller te mêler au peuple?

Il se dessine là une nouvelle société de classes, qui a peu à voir avec celle qui, autrefois, reposait essentiellement sur l’argent. C’est une nouvelle forme d’ignorance d’autrui, de mépris d’autres environnements culturels que le leur, et un refus de partage. On préfère laisser la culture populaire aux soins des producteurs de médiocrités abyssales, comme les films Les Boys, Les Dangereux, où à l’industrie du rire scatologique, plutôt que de faire l’effort de proposer aux moins culturellement nantis un voyage et des instruments qui peuvent les amener vers le meilleur, qui peuvent égaliser les chances, réduire les inégalités de départs dans la vie.

Ce qui est curieux, c’est que cette attitude est répandue dans les milieux qui s’adonnent par ailleurs aux grandes guignolées, à la charité dans sa forme la plus traditionnelle. Ils sont beaucoup plus conservateurs qu’ils ne le croient et ils craignent, à mon avis, les périls de la véritable coexistence.

Lise Bissonnette
 


« La tolérance au Québec et au Canada est directement proportionnelle à sa géographie » - Jacques Godbout

Cinéaste, écrivain, journaliste et éditeur, Jacques Godbout est l’auteur de nombreux romans dont certains sont des classiques de la littérature québécoise. Membre fondateur de la revue Liberté et du Mouvement laïc québécois, il a été le premier président de l’Union des écrivains québécois. Opération Rimbaud, son dernier roman, est publié au Seuil.

Le hasard de la répartition géographique, favorisée par les grands espaces, constitue le facteur clé de la coexistence pacifique tant au Canada qu’au Québec. Je dirais que la tolérance au Québec et au Canada est directement proportionnelle à sa géographie. C’est-à-dire que jusqu’à maintenant, nous avons trouvé une façon de nous répartir géographiquement, de telle manière qu’il y ait un minimum de friction et d’agressivité. Il y a une concentration, par exemple, des anglophones dans l’ouest du Canada, et des francophones dans l’est du Canada.

Il arrive qu’on se rencontre, qu’on voyage, mais les concentrations sont telles qu’aujourd’hui il y a pas de doute, quant à la langue par exemple. Et s’il y a des lieux où la tolérance est moins grande, ce sont surtout les villes bilingues comme, par exemple, la ville d’Ottawa où, quand vous vous adressez à quelqu’un dans la rue, au bureau où au restaurant, vous ne savez jamais dans quelle langue la conversation doit se poursuivre.

En fait, dans le pays, la tolérance n’a été mise à mal que dans les questions linguistiques ou à peu près. Pour le reste, c’est la géographie qui a servi de marque de tolérance, si on oublie la façon dont les Amérindiens ont été confinés dans les réserves, sans possibilité d’en sortir à moins qu’il n’acceptent de se comporter comme les Blancs.

Ce phénomène, il faut le dire, a des racines dans l’intolérance du dix-neuvième siècle. C’est à partir de ce moment que les Amérindiens vivront cette situation parce qu’ils voulaient, pour la plupart d’entre eux, vivre comme des cueilleurs-chasseurs, tout en étant à proximité des villes caractérisées par la civilisation mécanique et industrielle. Certains parmi eux ont quitté leur milieu pour venir s’intégrer et se sont fondus dans la ville. Vis-à-vis de ces derniers, la tolérance était totale. Mais elle était moindre vis-à-vis de ceux qui voulaient rester chasseurs. La preuve, c’est que déjà en ce moment, où on est en train de parler aussi bien au Québec qu’au Canada de repartage de territoire, il y a des frictions, qui vont probablement se régler parce qu’il y a suffisamment d’espace pour accommoder tout le monde.




Des façons de partager le territoire

Dans les villes, si on pense par exemple aux villes de l’est du Canada, la tolérance au plan linguistique, culturel et racial a aussi participé d’une sorte de répartition géographique des individus. À Montréal, plus ou moins, rapidement, à travers quelques générations, les groupes francophones, catholiques principalement, se sont réservés l’est de la ville, les groupes anglophones, l’ouest de la ville, et au centre, les groupes juifs, polonais, européens de l’Europe centrale. Cela ne veut pas dire qu’une, deux ou quatre générations plus tard, le fils du Canadien français ne quitte pas l’est de la ville pour aller vivre à Westmount ou vice versa.

Donc, il y a une répartition géographique qui a fait en sorte que la tolérance est restée à peu près totale. Il y a eu un seul moment d’affrontement. C’était à Saint-Léonard où une communauté immigrée d’origine italienne avait choisi l’anglais, et à qui on voulait imposer le français par le biais de l’école notamment. Affrontement bénin tout de même.

En dehors de ce genre de clash, je ne crois pas qu’au pays il y ait beaucoup de manifestations d’intolérance. Et ce n’est pas parce qu’on est philosophiquement mieux armé, qu’on est moralement plus doué ou que l’on a l’épiderme beaucoup plus solide que les autres, c’est tout simplement parce qu’on a trouvé des façons de partager les territoires et donc de s’agresser au minimum.

Cette répartition géographique n’est pas forcée, elle est volontaire. Il n’y a pas de ghettoïsation forcée, mais des choix qui tiennent évidemment à différents éléments. Les êtres humains ont besoin de savoir qu’ils sont semblables les uns aux autres, de commercer pour aller s’acheter à manger, ils ont besoin de lieux de plaisirs qui soient compatibles avec ce qu’ils aiment. Et c’est ainsi que cela se partage. Je ne pense pas qu’on puisse parler de ghettoïsation. C’est pourquoi j’ai dit que je ne pense pas qu’on soit meilleurs, c’est tout simplement qu’on n’a pas eu à faire face à une surpopulation. En général, il y a une répartition à peu près sensée. Mais est-ce que cela veut dire que vous et moi avons un flair pour rester à l’intérieur de paramètres de tolérance ? C’est possible. Mais ce qui est sûr, c’est que la géographie nous le permet.

Évidemment, l’esprit de tolérance pourrait être contrecarré, exacerbé ou encouragé par des décisions politiques. Et je pense que depuis 1976, la volonté du gouvernement du Parti québécois est d’intégrer les immigrants dans le tissus social québécois. D’une part, il y a eu une volonté de transformer les choses, aidée par toutes sortes de lois, règles et institutions, pour assurer au maximum cette intégration. D’autre part, simultanément, la société canadienne-française catholique des années antérieures à 1960, fermée à l’étranger, donc intolérante en un sens, puisqu’à l’époque, toute personne qui n’était pas catholique devait aller à l’école anglaise, protestante ou juive, a connu une transformation profonde de ses valeurs.

Je prendrais l’exemple de l’avortement. L’avortement était un acte criminel et pourtant, par deux fois, le docteur Henry Morgentaler a été acquitté lors de procès devant jury. C’est beaucoup plus tard que la loi a cessé de faire de l’avortement un crime. Ceci illustre une nouvelle échelle de valeur, une transformation sociale. L’évolution de la société par rapport à elle-même a favorisé une plus grande tolérance.

Jacques Godbout
 


« L’histoire du Québec est une histoire d’apprentissage du vivre-ensemble » - Michel Leduc

Michel Leduc est le Secrétaire général de l’Office franco-québécois pour la jeunesse. Il a été député à l’Assemblée nationale du Québec de 1981 à 1985 et fut successivement adjoint parlementaire au ministre de l’Education nationale et au ministre des Relations internationales.

On utilise le concept d’intolérance dans le contexte relié à des phénomènes d’inclusion/exclusion, de racisme, de xénophobie. Ainsi, on oppose à l’exclusion, le mot tolérance. En ce qui me concerne, je préfère l’expression « vivre ensemble ». On vit ensemble dans le sens d’exister au quotidien. Il me semble aussi que le Québécois comprend mieux l’expression « vivre ensemble » que les concepts de convivialité ou de tolérance. L’histoire du Québec, c’est une histoire d’apprentissage du vivre-ensemble.

Si on remonte aux origines, les colons français venaient de différentes régions de France et se sont rencontrés ici, en Nouvelle-France. Les différences devaient être grandes entre ces Français de différentes régions qui ont dû apprendre à vivre ensemble et à se forger une communauté. Nos ancêtres ont dû apprendre à vivre avec les Amérindiens sur le sol canadien. On sait que les relations étaient tendues. Aujourd’hui encore, les relations ne sont pas sans tension. Mais, de façon générale, un modus vivendi s’est installé. Ensuite, nos ancêtres ont appris à vivre avec les Britanniques, les Écossais, les Irlandais et les autres communautés qui graduellement se sont ajoutées à cette communauté d’origine.

En clair, le vivre-ensemble me semble inscrit dans la génétique culturelle du Québec. Je ne parle pas uniquement de Montréal, puisque ce qui est vrai ici l’est autant pour la Gaspésie, la Côte Nord ou l’Abitibi.

Vivre ensemble induit l’idée d’apprendre à se connaître. Les différences culturelles, parfois très profondes, n’empêchent pas les gens de finalement habiter le même territoire et de transiger ensemble. L’idée de tolérance ici, c’est la capacité de mettre de l’eau dans son vin, d’accepter que l’autre est différent de moi et sur plusieurs plans. À partir de là donc, apprendre à établir des relations quotidiennes. Le vivre-ensemble, ce n’est pas assister à un colloque une fois par année où encore, se rendre dans un pays étranger de temps en temps. Plutôt, c’est dans le quotidien que cela se passe. On rencontre tous les jours, dans le métro, au restaurant, des gens qui sont d’origines diverses. Je peux tolérer leur présence. Est-ce suffisant ?




Le danger de croire que tout le monde est gentil

Il y a le danger que présente la tolérance facile. Dans une grande ville comme Montréal s’installe aussi une certaine indifférence où nichent aisément les préjugés. Par exemple, on sait que, dans certains quartiers, il y a des gangs de rue qu’on associe sans trop y penser à de jeunes Noirs. C’est-à-dire que la tolérance facile nous amène à accepter les préjugés, et cela va plus loin, parce que ces préjugés alimentent nos réflexions, notre vocabulaire. On accepte, par exemple, que certains propriétaires éliminent des locataires à cause de la couleur de leur peau ou de leur origine, au lieu de regarder effectivement qui est l’individu devant eux.

Le préjugé, c’est cela précisément, étendre à tout un groupe des situations qui s’appliquent à certains individus.

L’autre danger c’est de croire que tout le monde est gentil. Ce n’est pas vrai, tout le monde ne l’est pas. C'est la raison pour laquelle il faut avoir un esprit critique sur les comportements sociaux. Mais cette critique doit être valable pour tous. Établir des catégories critiques en fonction de l’ethnie, de la couleur de la peau ou de l’origine est un véritable danger, et c’est justement là qu’on retrouve la tolérance facile. C’est-à-dire qu’on cultive des préjugés envers les autres tout en acceptant de les côtoyer.

La population québécoise n’a jamais été intolérante. Bien sûr, on a vécu une époque au cours de laquelle les fondements culturels et religieux étaient homogènes. Mais la société n’était pas intolérante pour autant. Il y avait cette volonté de l’Église de tenir les étrangers à l’écart par crainte de l’« autre ». Mais il faut dire qu’il s’agissait d’une vision cléricale de la société. L’Église était évangélique dans son discours, mais dans ses institutions, elle craignait le mélange. En revanche, l’attitude de la population québécoise, qui, dans les années soixante, brise le moule traditionnel, va contribuer à une plus grande ouverture. Mais ce qu’il faut savoir, c’est qu’au quotidien les gens vivaient ensemble.

 

Le Québec a su absorber différentes cultures

Bien sûr, il y a eu une évolution sur le plan institutionnel, le gouvernement s’est ouvert, la fonction publique s’est ouverte, les écoles aussi, comme d’autres secteurs de la société. Donc, c’est toute la société qui est devenue ouverte à différentes influences. Le Québec va devenir interculturel, international, dans ses institutions, jusque dans son enseignement.

Le Québec peut se définir historiquement comme étant interculturel. Il a une culture forte, qui s’enracine dans son histoire, dans ses institutions. Il y a une identité commune assez forte. Au niveau de la population, le Québec a su absorber différentes cultures. On n’a qu’à penser à la chanson traditionnelle québécoise, elle est de source disparate. Elle n’est pas anglaise, elle n’est ni française ni irlandaise, elle est québécoise. L’interculturalisme c’est cela, se nourrir de différents apports en demeurant identifiable.

Quand je vois la multiplicité des cultures à Montréal, je trouve cela extraordinaire, pourtant, elles sont fort différentes, et l’ensemble fait partie de Montréal, du Québec. Chacun vit sa coutume, sa religion, et tout cela, en harmonie avec l’idée de vivre ensemble et de contribuer à créer l’identité québécoise, enrichie de multiples apports. Chacune de ces communautés culturelles arrive à s’intégrer à sa façon. Il ne s’agit pas d’une intégration obligée. Elles arrivent à trouver leur place dans le Québec d’aujourd’hui.

Il y a place à l’amélioration et elle viendra, à mon avis, avec la jeunesse, avec l’éducation. Par exemple, le rôle de l’Office franco-québécois pour la jeunesse contribue à créer une harmonie, une solidarité à l’intérieur de la francophonie qui est, par sa nature, multiple. Je trouve important que les gens, quelles que soient leurs origines, arrivent à comprendre ce qu’est la francophonie. Les jeunes participent à des échanges avec d’autres pays à l’intérieur de la francophonie. Ce parcours interculturel, cette idée d’inviter l’autre et de séjourner chez l’autre, c’est là-dessus qu’il faut mettre l’accent. Le gouvernement et les institutions d’enseignement doivent soutenir des programmes qui visent la compréhension des autres par le biais d’échanges, de programmes de coopération et de solidarité internationale.

Michel Leduc



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